Rentrée 2018 : le bateau de l’Éducation nationale n’en finit pas de couler

Le nouveau plan Blanquer ne donnera rien parce qu’ils ne s’attaquent pas aux causes de la crise des vocations chez les enseignants dans l’éducation nationale.

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Rentrée 2018 : le bateau de l’Éducation nationale n’en finit pas de couler

Publié le 3 septembre 2018
- A +

Par un enseignant en colère

Le bateau n’en finit pas de couler, et les ministres ne savent plus que faire pour colmater les brèches. Depuis bientôt dix ans, le cancer qui ronge l’Éducation nationale est connu de tous et égrené au fil des différents rapports : il y a de moins en moins de monde pour y travailler.

Au concours : moins de candidats que de postes à pourvoir. Dans les ESPE, des démissions qui ont été multipliées par deux entre 2014 et 2018. Au long d’une carrière : accroissement des démissions des professeurs, sans que le chiffre ne soit rendu public. À cela s’ajoutent les départs à la retraite, et en pré-retraite. Chacun l’aura compris : si les personnes qui partent ne sont pas compensées par des arrivants, il y aura de plus en plus de classes sans professeurs.

Empilement des réformes, sans succès

Depuis 2008, les ministres cherchent donc à renforcer l’attractivité du métier. Ils ont tout essayé : prime pour enseigner dans les écoles difficiles, rénovation de la formation des enseignants (Vincent Peillon avait remplacé les IUFM par les ESPE), promesses d’aides, de suivi, de préceptorat pour les jeunes professeurs. Rien n’y a fait. François Hollande n’a jamais réussi à recruter les milliers de personnels qu’il avait promis, faute de candidats.

Le 2 août, Jean-Michel Blanquer a annoncé son nouveau plan pour lutter contre cette désertion : revoir la formation des enseignants. Encore un plan, diront les intéressés, qui ne croient plus en rien et de moins en moins à l’école de la République.

Tutorat des futurs enseignants, aide à la reconversion professionnelle pour permettre à ceux qui sont en entreprise de devenir enseignants, favoriser la formation continue, primes pour les enseignants des établissements difficiles, pré-recrutement des enseignants en licence pour les former sur deux ans jusqu’au master. Des vieilles recettes qui ne résoudront rien, car cela s’attaque aux conséquences, mais pas aux causes.

Un plan Blanquer inutile

Le nouveau plan Blanquer ne donnera rien parce qu’il ne s’attaque pas aux causes de cette désertion : rien contre la violence à l’école et contre les enseignants, rien pour favoriser la liberté pédagogique des professeurs. Ceux-ci sont donc résignés. Ceux qui le peuvent partent. Ceux qui sont trop âgés ou trop usés pour partir attendent la retraite. Ils sont tellement désabusés qu’ils n’ont même plus l’ardeur de manifester, ce qui n’est pas forcément bon signe.

Ainsi, les académies recrutent de plus en plus de contractuels. En 2017, ceux-ci ont représenté 20 % des professeurs et assistants d’éducation. Et même eux viennent à manquer. Des étudiants qui ont raté le CAPES en juillet dernier se sont vu proposer quelques jours plus tard d’intégrer des établissements publics comme contractuels. Dans ce cas-là à quoi bon maintenir encore un concours ? Autant donner la possibilité aux établissements de recruter directement leurs professeurs en fonction de leurs besoins.

Pourquoi cette difficulté à recruter ? Cela paraît évident : des élèves de plus en plus violents, une administration stalinienne qui traque les déviants idéologiques, l’élimination de tous ceux qui ne pensent pas comme l’Éducation nationale. Traditionnellement, c’étaient les enfants de professeurs qui devenaient à leur tour professeur. Or ceux-ci dissuadent leur progéniture de faire le même métier qu’eux. Il n’y a donc plus personne, et cela va s’amplifier.

Éducation nationale : choses vues

Le lecteur qui ne fréquente pas le milieu de l’Éducation nationale ne peut pas imaginer le niveau de coercition que cette administration a atteint. Chefaillons tatillons, jalousie, esprits bornés et petits qui cherchent à étendre au maximum leur pouvoir minuscule. Les professeurs qui veulent faire leur travail honnêtement souffrent de cet état d’esprit. Les meilleurs partent ou ne viennent pas. Seuls restent ceux qui ont l’esprit assez malléable pour se conformer au moule, ce qui n’augure rien de bon pour les années à venir. Quelques anecdotes, bien réelles, de mésaventures arrivées à de bons professeurs, pour aider à comprendre ce qu’est devenu ce ministère :

— Dans un bon lycée public de province, un professeur de mathématiques de TS très apprécié de ses élèves : 55 ans, donc beaucoup d’expérience et de savoir-faire. Un professeur très demandé, car préparant bien ses élèves aux classes préparatoires. Inspection de celui-ci. Avis négatif des inspecteurs. Motif : les cours ne sont pas assez ludiques.

— Dans un collège privé d’une grande ville de l’Ouest : inspection en décembre d’un professeur de français en troisième. L’inspecteur demande au professeur combien de livres ont lu les élèves et combien ils doivent en lire au cours de l’année. Réponse du professeur : trois livres depuis septembre et trois autres sont prévus jusqu’à juin. Réponse de l’inspecteur : je vous interdis de faire lire des livres à vos élèves. Il y a des collèges où les élèves ne lisent pas. Si vous faites lire vos élèves, vous créez une inégalité entre eux et les autres. Je reviendrai vous inspecter en mai. Si vous avez fait lire vos élèves, je vous mettrais un avis négatif. L’inspecteur est effectivement revenu en mai.

— Dans un lycée public parisien : un professeur qui débute une thèse à la Sorbonne est envoyé l’année de son début de thèse dans un lycée au fond de l’Essonne pour qu’il ait beaucoup de transports et qu’il ne puisse pas faire sa thèse. L’Inspection déteste les jeunes professeurs qui font des thèses et qui ont des velléités de travailler ensuite à l’université. Leurs notations pédagogiques sont systématiquement mauvaises, voire négatives, afin de les casser et de briser leurs ambitions. De nombreux autres exemples appuient cela.

— Un professeur d’histoire dans un lycée public du sud de la France : pour avoir répondu aux questions d’un journaliste dans la PQR et avoir dit que les programmes d’histoire étaient plus vides aujourd’hui qu’il y a dix ans, il subit une inspection trois jours après la parution de l’entretien. Note très défavorable de l’inspecteur avec ce commentaire : je reviendrai vous inspecter dans un an. Si pendant un an vous n’avez rien publié, je vous mettrais une bonne note pour compenser celle-ci. Sinon, vous aurez une mauvaise note.

On pourrait multiplier les exemples. Les bons professeurs sont régulièrement envoyés dans des collèges difficiles pour les briser. Ceux qui, durant la formation en ESPE, émettent des doutes ou des réserves sur les méthodes pédagogiques enseignées sont notés de façon négative, voire voient leur année non validée et doivent donc refaire une nouvelle année d’ESPE. Cela finit par se savoir, notamment dans le monde étudiant. On comprend alors que de moins en moins de personnes envisagent de suivre cette carrière. Et donc que le plan de Jean-Michel Blanquer ne servira pas à grand-chose.

 

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  • j’ai failli pleurer quand vous indiquez qu’ils n’ont plus la force d’aller manifester..

  • Bonjour,
    Le plus gros pb de recrutement, c’est que quand on est prof il faut travailler 18h semaine devant des gamins, tandis que fonctionnaire dans les collectivités par exemple, on travaille 1h par jour le reste du temps passe au café. Quant aux vacances avec les RTT on a 10 semaines vs 15.
    Donc on est plus tranquille dans les mairies (quand on vient) qu’alors qu’avec les gamins on est coincé.

  • Article tout à fait exact.. on peut ajouter aussi que le prof en conflit avec la hiérarchie, l’élève ou le parent d’élève a systématiquement tort..

  • Un article qui résume bien les choses. Un point peu abordé: sachant le manque de candidats, il est impensable de suspendre un professeur, et en fait l’inspecteur n’a aucun pouvoir sur votre salaire, et très peu pour l’affectation (totalement bloqué par un système ultra rigide aux mains des syndicats). Ses notes/appréciations n’ont aucun impact sur le salaire (réforme récente pour supprimer les grades accélérés qu’ils pouvaient fournir). Son seul pouvoir est de venir vous emmerder (ils sont cependant très doués pour ça!). En fait on se demande à quoi ils servent, il était question de les supprimer…

    • @ titi
      Eh bien qu’on le fasse, les supprimer si c’est la solution!
      Si je comprends bien, en France, les fonctionnaires du ministère sont en opposition avec les fonctionnaires de l’enseignement, le syndicat restant, je suppose, responsable de rien?
      Donc grèves à la rentrée! (une fois de plus!)

      • Les inspecteurs sont très serviles vis à vis du ministère, comment croyez vous qu’ils aient obtenus cette place. Ils sont capables de débiter les anneries du ministère d’une façon stoïque incroyable. Ils sont invirables, même si leur corps était supprimé ils seraient recasés (et pas comme prof!). La situation, c’est que le système actuel tourne encore grâce à la désobéissance des profs aux consignes. Quand j’y repense, c’est vraiment comme l’URSS où chacun fait un rapport mensonger pour plaire à son supérieur, et à la tête tout le monde pense que ça marche bien et donne des ordres que personne n’écoute en bas…

  • à titre info ,36 000 vacataires dans l’éducation nationale !! les profs sont à l’image de leurs chefs .le mot d’ordre ,Pas de vague…
    lorsque le service national à été dissout, ce fut une énorme connerie.A ) détecter ceux qui ne savent ni lire ,écrire et compter… B) de donner une formation ,obtenir le permis poids lourds ,conducteurs d’engins ,niveleuse ect..
    les entreprises les recruter à la fin du service national… ceux qui permettre de vivre ensemble malgré nos différences…pour ma part ce fut une belle époque, les mauvais oublié, je n’ai garder que les bons souvenirs !!

    • je sais pas a quelle epoque vous avez fait l armee. Mais vers la fin (annees 80-90) c etait plus comme ca.
      Ca permettait en effet de detecter les illettres (enfin sur moins 50 % d une classe d age puisqu on testait que les garcon francais) mais pour le reste c etait surtout une ecole pour apprendre a rien faire pendant 1 an.
      Aucune personne que je connaissais n a eut de formation ou passe un permis de conduire quelconque (ce qui est d ailleurs logique le but de l armee c est pas de faire de la formation ou du social)

      • En 1981, j’ai encadré 80 appelés. C’était l’époque ou il était possible de redonner confiance et aider des jeunes en difficultés. (Voir aujourd’hui l’état avancé de pourriture de l’éducation nationale)
        D’aider certains cas sociaux (par exemple : jeune adulte battu par ses parents).
        De leur apprendre/faire prendre conscience pas mal de choses au travers d’exercices aussi « cons » que la marche au pas. Ou basiques comme se laver tous les jours.
        De leur donner la fierté de contribuer à la mission de l’armée dont ils portaient l’uniforme (les fonctions support sont essentielles). D’être tous fiers de nous préparer, professionnels et appelés, à défendre notre pays et nos valeurs.
        Depuis 40 ans l’armée et l’idéal républicain ont été trahis par la majorité des politiques au pouvoir. Si les français acceptent çà ….

      • Si, c’était vrai, mais dans les années 60-début70. L’armée formait réellement

      • ça dépend des cas..en 92 on passait permis poids lourds et super lourds voir le permis moto si affecté à la reconnaissance et nombre d’appelés passaient leur permis voiture…et puis tout n’était pas à jeter non plus on apprenait le vivre ensemble, l’hygiène et la discipline.

  • L ecuation nationale est en effet en train de sombrer. Il faut etre fou pour vouloir faire prof de nos jours:

    1) salaire minable

    2) etre envoye pendant des annees loin de votre region d origine et dans des coins paumés (le fin fond de la creuse c est sympa quelque jours mais ca doit vite lasser) ou pourris (nos banlieues)

    3) des eleves et parents desagreables + aucun support de votre hierarchie au contraire si on en croit l article

    Ce pays est foutu comme dirait H16

  • L’auteur oublie de signaler que certains problèmes rencontrés par les enseignants sont liés à leur soumission à l’autorité, ainsi qu’à leur dépendance du champ.
    Comme évoqué précédemment, les sanctions réellement disponibles sont faibles, sauf si l’on est carriériste, et les inspecteurs sont justement des carriéristes, qui avancent donc à quatre pattes et à reculons…comme toute leur hiérarchie.
    Le seul bémol est ce pouvoir de nuisance offert en tout début de carrière : on frémit à l’idée qu’ils en abusent, avec tous ces candidats qui se bousculent au portillon !

  • J’aimerais avoir les sources des annecdotes racontées dans cet article.
    Loins de moi l’idée de défendre l’éducation nationale, c’est une immonde usine à gauchiste dont le seul but est de ré-éduquer les jeunes pour qu’ils votent ensuite socialo-communiste.

    Mais quand même du mal à croire certaines histoire racontées dans l’article. En particulier celle sur la lecture qui créée de l’inégalité.

    Si l’auteur est vraiment un enseignant, il est affecté a une région. Comment a-t-il connaissance de ces histoires qui se passent dans toute la france ? Si c’est de la rumeur entendu dans la salle des profs, quelle crédibilité y apporter ?

    Moi aussi je peux pondre un article en me prétendant d’une profession et inventer des histoire pour attiser la vindicte populaire, sans citer aucune source.

    • Il importe peu que ces anecdotes soient exactes, le problème est qu’elles sont devenues crédibles.

    • Justement ! Il s’agit sans doute de l’anedocte la plus crédible avec celle des cours ludiques ! Comment les professeurs le savent ? Les inspecteurs de français diffusent les mêmes méthodes pédagauchistes nauséabondes dans toutes les académies ! Les professeurs connaissent tous des professeurs de français qui se sont fait inspecter et à qui on a pu tenir ce genre de propos …

  • Si tout cela est vrai, on se demande pourquoi il n’y a pas une révolte générale.
    A moins que ce pays ait complètement perdu son âme et ses c…les.

  • à Gérald555 ,une bonne partie de gens sont dans la précarité financière, peur du lendemain.sous Giscard dans les années 74 76 pour résorber le chômage, l’armée recrutant, certains s’en sont bien sortie ,avec un métier et avec détermination obtenue de l’expérience avec une réussite professionnelle ..déjà à cette époque, détection des gens illettré, dans l’ensemble ce fut positif pour ceux qui vouler s’en sortir ..
    dans la difficulté ,la solidarité était de mise, et ces jeunes viver ensemble ,manger coucous,paella.la religion passé inaperçu. la camaraderie avait un sens …dans la société actuelle ,chacun pour sa gueule..la violence est gratuite ,les faits sont journalier …aux parents l’éducation, les profs c’est d’instruire .
    être prof,c’est une vocation ,comme être infirmière…les gens oublient vite, dans les village ,il y avait 3 personnes importantes
    le Maire ,l’institeur :il avait le savoir,le Curé il tissait un réseau social…maintenant la com ,l’esbrouffe!!!

  • je suis surpris ,les parents ne mettent plus leurs enfants à l’école nationale ..ils envoient leurs enfants dans le privé quelques soient leur niveau social..!!!

  • Certaines des anecdotes données à la fin de l’article sont très douteuses. En particulier le coup de l’inspecteur interdisant de lire. J’ai vu une IPR encourager la lecture de gare, sous prétexte que ce serait plus adapté aux élèves d’aujourd’hui, mais interdire??? En plus, c’est complètement illégal. Les programmes indiquent explicitement un minimum de livres par an (le nombre indiqué dans votre anecdote).

    Pour ce genre d’affirmations, il faudrait des sources et des circonstances précises.

  • Les candidats à l’enseignement qui ont la vocation sont rapidement évincés par les opportunistes qui ne sont là que pour les vacances et un bon salaire. C’est le cas de toutes les professions aujourd’hui en France. Etre opportuniste et avoir une grande gueule est gage de réussite de nos jours, mais cela ne fait pas avancer l’économie.

  • J’ai été contractuel en Histoire-Géographie (merci Jules César au passage) en 2002-2003. J’ai été saqué pour avoir dit que Lénine avait instauré un régime totalitaire.

    Quand on pense que certains formateurs d’ESPE n’ont jamais enseigné, ça en dit long sur l’état de décomposition très avancée de l’institution.

  • Les commentaires sont fermés.

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