Affaire Benalla : république inaltérable, mais état de droit indispensable !

Emmanuel Macron by GUE-NGL(CC BY-NC-ND 2.0) — GUE-NGL, CC-BY

Une vidéo montre un collaborateur du président frappant un manifestant. Comment représenter l’état de droit après ce débordement de violence toléré au sommet de l’État ?

Par Frédéric Mas.

Un collaborateur du directeur de cabinet du président de la République se retrouve depuis quelques heures sur tous les réseaux sociaux. On a reconnu son visage sur une vidéo dans laquelle il s’en prenait violemment à des manifestants du premier mai. Plus étrange encore, c’est visiblement avec la complicité des CRS que l’incident est survenu. Alexandre Benalla, chargé de mission auprès de la présidence de la République, s’est fait pincer à Paris, place de la Contrescarpe, coiffé d’un casque de policier, à malmener et frapper un homme à terre. La grande classe.

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La réaction de l’Élysée a évolué en fonction de l’opinion, avec le plus grand mépris pour les règles de droit les plus élémentaires. Avant que l’affaire ne s’ébruite, Benalla est mis à pied pendant 15 jours. Sanction ridicule, dérisoire face à ces agressions caractérisées, le tout avec la bienveillance de la police. La nouvelle commence à se répandre.

Le porte-parole de l’Élysée, Bruno Roger-petit, se fend alors d’un communiqué digne des heures les plus lumineuses de l’URSS triomphante : la vidéo est enregistrée et envoyée aux rédactions. Pour être sûr de ne pas avoir à répondre aux questions des journalistes sur les mauvaises fréquentations du président, on verrouille la communication.

Les éléments de langage communiqués à l’équipe Macron sont les mêmes, à la fois dérisoires et loufoques : Benalla a reçu la sanction la plus grave possible. Dans quel monde vivent ces gens-là ? Depuis quand la violence et l’usurpation des pouvoirs de police méritent une « mise à pied » de 15 jours ? La France est-elle devenue la république de San Theodoros du général Tapioca ?

Enfin, le président lui-même, en déplacement en Dordogne, a préféré ignorer la question.

Bien entendu, les commentateurs se sont indignés, et à raison : comment peut-on tolérer ce genre de comportement à la tête de l’exécutif ? Ces éléments du service d’ordre parallèle du président avaient-ils l’autorisation d’agir de la sorte ? Selon eux, oui, selon Nicole Belloubet, non. Il serait temps que la justice se saisisse du dossier, l’état de droit doit s’appliquer exactement de la même manière du sommet à la base de l’ordre social. C’est sur ce genre de complaisance coupable que prospèrent populismes et incivilités.