Coupe du monde : les arènes et gladiateurs du XXIème siècle

Fisht Olympic Stadium in Sochi, Russia by IIP Photo Archive(CC BY-SA 2.0)

Du pain et des jeux dans les arènes contemporaines de la Coupe du monde de foot.

Par Patrick Aulnas.

Les constantes du gouvernement des hommes traversent les civilisations et les millénaires. On le sait, mais cela reste malgré tout un sujet d’étonnement. Le peuple de France tout entier se mobilise autour de la finale de la Coupe du  monde de football. Le pouvoir politique ne peut se dispenser d’adhérer à cet enthousiasme. Macron sera présent dans la tribune du stade de Saint-Pétersbourg comme César dans sa tribune des arènes de Rome. L’impopularité des politiciens peut-elle être atténuée par la popularité des stars du foot ? Provisoirement sans doute. Mais dans quelques mois, l’engouement aura disparu et les dures réalités du pouvoir subsisteront.

Les Pogba, Griezmann et Mbappe font rêver le peuple d’aujourd’hui comme les gladiateurs faisaient rêver celui de la Rome antique. Le peuple ne se formalise pas du montant démesuré de leurs salaires comme il le fait pour celui des dirigeants des grandes entreprises. Le patron est-il moins légitime pour le grand public que l’artiste du ballon rond ? Il serait hasardeux de le prétendre. Mais le patron impose des contraintes, licencie, fixe les règles du jeu. Bref, il possède le pouvoir. Le joueur de foot, tout aussi riche, offre un spectacle. L’un donne et fait rêver, l’autre impose.

Les empereurs romains du bas empire offraient au peuple « du pain et des jeux » pour gouverner en paix. Les dirigeants de l’occident contemporain lui offrent de la consommation et des spectacles. Le sport et les émissions du prime time télévisé constituent l’essentiel des spectacles. Pour ce qui est de la consommation, l’État en est arrivé en quelques décennies à distribuer ce qu’il emprunte, sous forme de salaires de fonctionnaires ou de prestations sociales. Nous sommes encore en république mais avec une douloureuse impression de bas-empire.

Malgré ces quelques remarques déclinistes, soyez tranquilles ! Je ne manquerai pas le spectacle de cet après-midi.