Pourquoi je ne supporte pas l’enthousiasme collectif autour de la Coupe du Monde !

Si la France comme je l’espère gagne la finale de la Coupe du 15 juillet, je ne serai pas moins heureux avec ma joie discrète et sans affectation que les frénétiques surjouant le bonheur avec leurs hurlements.

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Pourquoi je ne supporte pas l’enthousiasme collectif autour de la Coupe du Monde !

Publié le 12 juillet 2018
- A +

Par  Philippe Bilger.

Une joie n’est-elle authentique et digne d’intérêt que si elle est partagée ? Les joies solitaires sont-elles étriquées et mesquines ?

Dans les grands moments d’exaltation collective – et la Coupe du monde nous en a donné une illustration éclatante dans la soirée du 10 juillet -, je me sens déphasé, décalé, presque importun parce que non seulement j’ai du mal à me fondre dans une allégresse festive et enthousiaste mais que surtout mon bonheur serait d’autant plus intense que je pourrais le savourer égoïstement, dans un dialogue avec moi-même ou à la rigueur avec un autre accordé au même rythme et au même silence. J’aime énormément que rien ne vienne gangrener l’attention principale, je ne suis pas friand des périphéries parasitaires et inutiles par rapport à l’essentiel.

Faut-il véritablement se justifier parce que, dans l’histoire d’un pays et dans les mille séquences de nature si diverse qui la remplissent, on n’est pas capable de se mettre au diapason, à l’unisson d’une ferveur militante ou ludique dont on comprend, en constatant les prétextes dont elle se sert, qu’elle est attendue et espérée par beaucoup ? Je ne crois pas dans la mesure où l’aptitude au collectif ne me semble pas constituer une donnée fondamentale pour bien vivre.

Je sais que dans les registres professionnels, notamment judiciaire, le collectif est ressassé comme une exigence, une sorte d’humanisme technique qui condamnerait ceux qui ne s’y prêtent pas à la médiocrité ou, pire, à l’enfer. Pour ma part, même sur ce plan, j’ai perçu la solitude plus comme une chance que comme un obstacle. N’avoir à s’encombrer que de soi est infiniment plus facile que se fondre dans un pluriel qui ne vous apporte que malaise et souvent perte de temps.

Mais on ne me pardonnerait pas de ne pas aller plus loin. Je dois concéder que ma détestation du collectif tient surtout au fait qu’une timidité se révèle douloureuse et éclatante au sein d’une multitude quand le singulier ou le petit cercle ont pour avantage de la faire disparaître derrière l’expansion tranquille de soi.

J’avoue également, à considérer les dérives des frénésies collectives, qu’il y a de la gêne, presque de l’indécence à être le témoin du surgissement, chez quelqu’un, de quelqu’un d’autre. Sous l’effet de la foule. Une libération de soi qui peut faire peur tant chez certaines personnalités la nuit et le jour se remplacent alors ostensiblement et donnent l’impression d’un inconnu qui est venu détruire ce qui quotidien, familier, nous rassurait.

Comment aussi ne pas percevoir les inévitables et inquiétants glissements qui entraînent trop souvent un collectif de bon aloi, débridé mais sans risque, libre mais prévisible, vers une foule imprévisible, désordonnée voire violente ? Comment ne pas être saisi de crainte face à l’irrésistible irruption du pire dans les groupes même les mieux disposés à l’origine, comme s’il y avait dans le principe du collectif lui-même une incitation perverse à s’égarer, à se dégrader, comme si les limites étaient intolérables et le dérèglement obligatoire ?

Avec le sentiment de plus en vif d’une allégresse artificielle, démesurée, d’où toute sincérité a disparu au profit d’un paradis cherchant à se persuader que le jeu en vaut la chandelle.

En matière politique il y a des ressorts profonds qui vous conduisent vers la passion des rassemblements, des manifestations, des univers où personne n’a à se distinguer pour mieux être absorbé par la houle bienfaisante et créatrice du chiffre. On n’est pas révolutionnaire, on n’a pas été fasciste ou communiste sans une dilection pour le collectif. C’est l’histoire des forces collectives qui a fait l’Histoire.

Reconnaître qu’on ne supporte pas le collectif ne vous fait pas bien voir. Dans cette Coupe du monde, faire bande à part, matchs à part est quasiment le signe d’une absence de fraternité. Il conviendrait de hurler ensemble plutôt que de se réjouir ou de déplorer tout seul.

On n’a même pas le droit de constater que le football est certes ce qui fait lien dans une communauté nationale mais qu’il est dommage que nous n’en ayons pas d’autres plus graves, plus profonds à notre disposition. Que le pouvoir ne soit pas capable de nous offrir d’autres opportunités pour un authentique rassemblement.

Je ne peux pas m’empêcher pourtant de penser, me plaçant sur un terrain historique incomparable avec l’unité fugace qui culminera le 15 juillet, que les collectifs érigés en absolu ont fait beaucoup de mal et que des dictateurs ont maltraité et asservi leur peuple parce qu’ils avaient réussi à faire de citoyens libres et singuliers des collectifs aux ordres.

Si la France comme je l’espère gagne la finale de la Coupe du 15 juillet, je ne serai pas moins heureux avec ma joie discrète et sans affectation que les frénétiques surjouant le bonheur avec leurs hurlements.

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  • Très bel article, merci à vous.
    Je n’ai pas hurler mon plaisir à sa lecture, promis !

  • il préfère le mur des cons !!! a l’abri des regards….

  • vous avez oublié celles et ceux qui font partie du collectif juste par exigence sociale, de peur d’être exclu par la masse ou ne sachant assumer leur part d’indépendance …. collectif sur le foot c’est surtout un prétexte pour aller picoler et lustrer son image de personne dans le coup, parce qu’en soi le foot n’apporte rien..

  • Bel article, bien écrit.
    L’enthousiasme collectif est en fait un mouvement de foules régi par des comportements soudains et grégaires; un peu comme cela se produit dans une troupe d’oies – ou d’élus dociles – que l’on conduirait aux champs.
    Cet enthousiasme passager est généralement vécu comme un éxutoire permettant de faire diversion et d’éluder des problèmes qui fâchent, par exemple: l’immigration illégale en nombres et en couts grandissants et, autre exemple, le paiement d’une grande partie des dépenses de fonctionnement de l’État au moyen d’emprunts…. irremboursables!

  • « Plus de quatre on est
    Une bande de cons
    Bande à part, sacrebleu
    C’est ma règle et j’y tiens »
    G. Brassens

  • Plutôt que de parler de lui, et critiquer la « frénésie », il aurait pu simplement regretter le fait que tous les journaux font leur une à l’identique de l’Équipe, un journal sportif !

  • Moi aussi j’ai partagé ma joie avec la moiteur de mon intimité gastrique..

  • En bon individualiste je ne me sens pas le moins du monde concerné par succès de ces individus qu’ils ne doivent qu’ a leur propres effort. Donc ILS gagneront la coupe du monde ou ILS la perdront et ma petite personne et 99,9999% des français n’auront joué absolument aucun rôle dans l’affaire. que l’on s’enthousiasme pour le beau jeu je peux le comprendre mais cette espèce de double vie par procuration qui permet d’enfiler la peau des vainqueurs par assimilation nationale confine au ridicule.

  • bah..ce qui fait peur est que la foule peut écraser un individu, en abolissant les règles qui protège un individu, c’est certain il est compréhensible qu’elle puisse faire peur MAIS affronter une foule hostile est aussi une façon de s’élever et un des actes les plus nobles qu’on puisse accomplir. Il faut une personne courageuse pour s’opposer au lynchage.
    Je suis beaucoup plus inquiet de l’érosion de certaines valeurs dans la société chez des gens supposés supérieurement policés et éduqués et qui diffament sans aucune honte ..

  • Moi pendant cette CM je suis devenu un vrai gauchiste donc JE N’AIME PAS LES RICHES alors pourquoi aduler 11 milliardaires ????????? !!!!Depuis le début je ne supporte pas la France donc je souhaite que la Croatie gagne. Je redoute beaucoup la récupération politique qu’ il va y avoir si par malheur les bleus gagnent. Comme en 98, on va nous bassiner avec la France qui gagne grâce à la diversité au multiculturalisme et surtout grâce à la solidarité………

    • @Bernard : Réfléchissons deux secondes. Quelle est la réalité ? L’équipe de France est-elle homogène ou hétérogène sur le plan ethnique ? Elle est hétérogène, c’est-à-dire « diverse ». Le problème n’est donc pas de constater la réalité de cette diversité. Le vrai problème, comme vous l’avez évoqué, c’est la « récupération politique », que celle-ci provienne de la gauche ou de la droite.

      Contrairement aux libéraux qui se contentent de vouloir que les Français se focalisent sur ce qui les rassemble sans pour autant nier les divisions qui existent entre-eux, la politique souhaite que les Francais se focalisent sur ce qui les rassemble en niant les divisions qui existent entre-eux, ou se focalisent sur ce qui les divise en niant ce qui les rassemble.

  • L’universalité de l’engoument pour la chose sportive dans ses grands rassemblements (Jeux Olympiques, Coupe du Monde), sa grande ancienneté (Antiquité pour les JO) prouve bien qu’ils touchent quelque chose de profond dans la nature humaine.

    Vous avez parfaitement le droit de ne pas y souscrire et ça nous fait de jolis articles tous les 4 ans donc avec une périodicité moindre que celle des feuilles de marroniers.

    • le souci c’est que ces belles valeurs se sont faites bouffer depuis belle lurette par le pognon et la magouille….quand ça devient pro rien ne reste propre.

  • L’intelligence d’une foule, c’est l’intelligence du plus débile d’entre eux divisée par celle de tous les autres…

    • non…ça ne veut rien dire ..comme la notion de foule…une foule avec un truc indéfinissable assez similaire un vol d’étourneaux..mais ne vous y trompez pas c’est surtout un éclatant exemple de ce qu’est l’être humain un animal social en quête d’approbation?? et oui ça peut conduire au »pire » (de quoi? ) en fait non c’est juste la nature humaine …

  • On est comme on est, et chacun a le droit d’être heureux a sa façon, c’est utile (et courageux)de le rappeler.
    Personnellement a chaque examen que je réussissais( Etudes en travaillant pour nourrir une famille), J’avais besoin d’être seul pour évacuer des grandes tensions, des restes de peur d’échouer etc … d’autres sautant de joie devant la feuille des résultats avaient du mal a comprendre.

  • Enthousiasme collectif, engouement populaire, du pain et des jeux,
    Ok d’accord.

    … mais bon, pourquoi on devrait forcément s’empêcher de profiter du moment et d’être heureux 5 minutes ?

  • Heureux que la France gagne la Coupe du Monde.? Oui bien sur comme tous les Français. Mais je suis certainement plus malheureux de savoir que la France est dépassée par l’Inde en tant que puissance économique et rétrogradée à la 7ème place mondiale.

    • L’Inde nous a dépassé, comme de nombreux autres pays nous dépasseront par la suite.
      Et tous ces Français qui me disaient que tout ne va pas si mal que cela en France, cela me dépasse !

      • sauf que la place de la France dans le classement économique n’est pas une cause valable de se plaindre pour un individu, sinon, un jour on viendra vous voir et on vous dira on va vous foutre en tôle AFIN DE faire remonter la france dans ce classement.
        Typiquement mao un jour a décidé que la chine deviendrait le premier producteur mondial d’acier…

        • un des conséquence du libéralisme empiriquement observée et aussi imaginable est la prospérité économique. globale du fait de l’accomplissement des individus les plus performants mais à contrario la prospérité économique globale ne veut pas dire grand chose et peut tous justifier… et les socialistes justifient toujours leur actions en raison de l’intérêt collectif …

          • au niveau individuel ne faites pas justement ce choix personnel et individuel d(arriver à un niveau de prospérité suffisant pour être heureux, ne préférez vous pas passer une heure avec votre enfant plutôt que de payer une nounou qui gagne moins que vous?

    • sauf que en fait vous n’en avez rien à foutre de cette donnée macroéconomique.. vouloir être numéro 1 au niveau collectif est un objectif collectiviste…
      on doit de plaindre au niveau microscopique en fait…et justement se plaindre que toutes les mesures prises pour l’intérêt collectif ça fait chier…surtout que le résultat collectif est merdique et que normalement on devrait être vaccinés des tous ces gens aspirants à faire notre bonheur collectif…

  • En quoi la coupe du monde devrait-elle encourager la cohésion nationale ? Qu’apporte-t-elle de positif pour son bon fonctionnement ? Y a-t-il une idéologie nouvelle ou une avancée spectaculaire pour forger une unité « durable » pour le pays ? Personnellement, je m’en fiche totalement de ces balèzes qui court après un ballon pour y donner des coups de pieds ; ainsi que de ces excités qui roulent drapeau français à leur voiture. Si ces fous du ballon s’empressent dans le stade, c’est que leur job et leurs revenus prohibitifs sont en jeu. Il n’a jamais été constaté qu’un chef d’entreprise se dépensant pour la réussite de sa firme soit ainsi encouragé et soutenu par ses concitoyens… bien au contraire, il est fortement critiqué et fustigé.
    Il est consternant et attristant de voir des compatriotes s’enthousiasmer et se démener ainsi pour des futilités voire des niaiseries !
    Si victoire il y a, ce sera (à coup sûr) une récupération politique…

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foot féminin
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Par Philippe Bilger.

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