Faut-il avoir peur des objets connectés ?

Nos conversations dans la bulle privée de l’intimité familiale ne semblent plus vraiment à l’abri de l’espionnage par les objets dont nous acceptons de nous entourer.

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Faut-il avoir peur des objets connectés ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 juillet 2018
- A +

Par Rick Falkvinge.

Avant l’arrivée du numérique, nos parents avaient des conversations privées

Nos parents, au moins dans le monde occidental, avaient le droit d’avoir des conversations privées en personne, que ce soit dans la bulle privée de leur maison ou en public. Cette liberté a disparu pour nos enfants.

Il n’y a pas si longtemps, c’est dans les livres et les films d’horreur que la surveillance généralisée de vos paroles dans votre propre maison apparaissait. Pour nos parents, il s’agissait d’histoires terrifiantes dignes d’Halloween, qui provoquaient des réactions où se mêlaient l’horreur et la plus grande incrédulité.

Il n’existait bien sûr aucun moyen de savoir si on était surveillé à un moment donné. On pouvait uniquement deviner à quelle fréquence et sur quel système la Police de la pensée espionnait tout individu. Il était même plausible qu’elle écoutait tout le monde, tout le temps. De toutes façons, elle pouvait vous écouter lorsqu’elle le voulait. On devait vivre – on vivait, l’habitude étant devenue un instinct – en partant du principe que chaque son que l’on émettait était entendu. George Orwell, « 1984″

Dans le monde occidental, nous nous vantions de ne pas être comme l’Est communiste qui considérait ses propres citoyens comme des suspects, des suspects qui devaient être purifiés des mauvaises pensées et conversations, au point que les conversations banales dans les maisons ordinaires étaient sur écoute.

Des microphones étaient placés sous chaque table de café et dans chaque maison. Et même s’il n’y en avait pas vraiment partout, mais juste quelques-uns par-ci, par-là, ils étaient potentiellement partout et on devait donc vivre avec (on vivait avec, l’habitude étant devenue un instinct) en partant du principe que chaque son que l’on émettait était entendu.

« Veuillez parler fort et clairement face au pot de fleurs » disait une blague pas drôle courante dans les sociétés communistes pendant le guerre froide.

Tirons un trait sur les appels téléphoniques et les autres moyens de conversation à distance pour le moment, puisque nous savons déjà que la plupart des principales plateformes sont mises sur écoute. Intéressons-nous aux conversations à la maison.

Nous avons maintenant des Google Echo et Alexa d’Amazon. Bien que ces objets aient pu être conçus pour garder nos conversations secrètes et hors de portée des autorités, il s’avère qu’Amazon a déjà livré aux autorités des enregistrements effectués dans des salles à manger. Dans le cas en question, la permission est devenue une question controversée puisque le suspect l’avait déjà donnée. La prochaine fois, peut-être que les choses se feront même si l’intéressé ne donne pas sa permission…

Les téléphones mobiles nous écoutent d’ores et déjà en permanence. Nous le savons car lorsque nous disons « OK Google » à un téléphone Android, il sort de veille et se met à écouter plus attentivement. Cela signifie qu’au minimum, le téléphone reste toujours à l’écoute des mots « OK Google » . Les iPhone ont un mécanisme similaire avec « Hey Siri » . Même s’il est théoriquement possible de désactiver ces options, c’est une de ces choses dont n’est jamais vraiment sûr. Et nous transportons ces appareils de surveillance gouvernementale dans nos poches partout où nous allons.

Si les documents révélés par Snowden nous ont appris quelque chose, c’est que si une forme de surveillance est techniquement possible, elle est déjà mise en application quelque part.

Et même si Google et Apple ne nous mettent pas eux-mêmes sur écoute, c’est la police allemande qui s’autorise à pénétrer dans les téléphones et y installer Bundestrojaner, l’équivalent du pot de fleurs pour cacher un micro. On pourrait penser que l’Allemagne en particulier se souvient de son histoire récente et se rend compte qu’il s’agit là d’une mauvaise idée. Mais elle le fait sans doute, en toute logique, parce que les forces de police d’autres pays utilisent déjà ce type d’outils.

Pour nos parents, le concept de conversation privée était aussi naturel que l’oxygène dans l’air. Nos enfants, à l’ère du numérique, pourraient ne jamais connaître ce sentiment.

Et c’est ainsi que nous vivons aujourd’hui, ce qui était au début une habitude est devenue instinctif au fil du temps, et nous acceptons l’idée que chaque son que nous émettons est entendu par les autorités.

La vie privée demeure de votre responsabilité.

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  • montres , chaussures , lunettes , machines à laver etc ……je n’ai aucun de ces objets chez moi ; mon ordi à 10 ans , mon téléphone est des plus simple , ma bagnoles n’est pas récentes , bref , ça peut paraître un peu ringard de vivre ainsi mais perso je m’en porte très bien …..et je suis sure que mon QI aussi ;

    • idem…que quelqu’un me démontre l’intérêt réel de ce genre de truc …j’y vois juste des objets tendance pour tenter de valoriser des technologies à la mode qui font marcher le commerce mais sans grand intérêt pour l’homme (de là à dire que c’est futile et superficiel, un peu comme les gens actuels en fait)

  • et ma santé également…..

  • Bjr Vera , je ne comprends pas : vous n’avez ni chaussures , ni lunettes ni machine à laver ? Vous lavez votre linge à la rivière comme en 1600 et êtes pieds-nus ?

    • Je suppose qu’il faut ajouter « connecté » derrière chacun de ces mots plutôt que de renvoyer véra au Moyen Age, selon le principe du rasoir d’Ockham.
      Techniquement, je me demande s’il est possible d’écouter tout le monde en même temps ? Ce Big Brother via les objets connectés est-il vraiment possible ou est-ce un conte pour faire peur aux naïfs ? Parce que, tout de même, ça fait un sacré paquet de données à analyser en continu. Une surveillance ciblée je veux bien, et c’est déjà assez effrayant mais une surveillance généralisée ?

      • Les données peuvent être simplement stockées et analysées plus tard en fonction des besoins.

        Ce qui, au final, est encore plus effrayant: si l’Etat vous en veut, il pourra aller piocher dans les données historiques et il y a de forte chance qu’il trouvera un quelconque motif pour vous incriminer.

        • @ Tamraf
          Oui, cela vaut sans doute pour la France où la liberté se réduit à peau de chagrin, mais pas forcément dans les autres démocraties européennes où la liberté du citoyen se voit mieux respectée!
          Il y a des choses dont on ne discute pas par téléphone ou via internet! Surtout dans un pays où la « loi d’exception » est entrée partiellement dans la loi ordinaire: pas démocratique en avant pour le moins discutable!
          Il ne faut pas croire que l’enregistrement possible actuel, par des machines, soit un problème, non, ce sont ceux (des administratifs) qui, dénonçant un abus de droit, choisiront les victimes à poursuivre! Ce que j’exprime à travers le poids de l’arbitraire de non-élus (les administratifs), majoritaires dans le système de pouvoir français est trop facilement écarté: les politiques passent, les administratifs restent, quel que soit le résultat des élections!

          • L’enregistrement de toutes ces données EST un problème. C’est donner une arme a des gens irresponsables. Si ça ne se passe pas encore trop mal pour le moment, qui peut garantir comment seront utilisées ces données dans 10 ans, dans 30 ans?

            Les données collectées ne seront jamais effacées. Y compris dans des sociétés qui, pour le moment, semblent mieux respecter les libertés.

            Petit exemple imaginaire, mais tout-à-fait réaliste avec les technologies actuelles:
            Lorqu’un lecteur de contrepoints, qui a 20 ans maintenant, se présentera à la présidentielle de 2058, il y aura bien l’un ou l’autre fonctionnaire qui décidera de faire un background check, verra de nombreuses connections avant que le site ne soit classé subversif en 2048, et la presse (voire la justice) en fera ses choux gras.

      • Oui, le facteur humain semble limiter l’omnipotence du système.
        Malgré cela, les données peuvent être stockées bien longtemps: ainsi, si vous attirez l’attention de Big Mother pour une raison quelconque, elle peut analyser rétroactivement toutes vos activités sur les derniers mois, années etc.
        Aussi, la capacité de cartographier en temps réel les interactions sociales (réseaux sociaux+ reco vocale et faciale + géolocalisation) de chacun me semble assez déplaisante; à tous le moins elle permet de constituer facilement des suspects par association.

      • Il n’y a pas de surveillance généralisée, ce n’est pas vrai. Techniquement, c’est beaucoup trop compliqué à faire car la masse d’informations à intercepter et surtout à stocker est tout simplement gigantesque. Rien que pour surveiller un réseau comme Free par exemple, il faudrait construire un autre Free à côté, alors tout l’Internet Français, je n’y crois pas un seul instant. J’ajoute aussi que la surveillance généralisée ne fonctionne pas, car elle contient trop de faux positifs. Une surveillance ciblée est beaucoup plus efficace.

        Et une chose encore: le gouvernement Valls avait prévu d’installer ces fameuses « boîtes noires » un peu partout sur l’Internet Français, et cela n’a jamais été fait. Tout au plus, il parait qu’un seul exemplaire de ce dispositif existerait « quelque part ». Quand on sait ce que cela représente en matière de déploiement, cela me fait doucement rigoler. Mais un bon effet d’annonce suffit généralement à entretenir la peur.

        Je dirais qu’il n’existe pas réellement de Big Brother, mais simplement un Little Brother bien ciblé sur quelques individus.

        • Techniquement, c’est beaucoup trop compliqué à faire car la masse d’informations à intercepter et surtout à stocker est tout simplement gigantesque.

          Les volumes sont effectivement gigantesques, mais ce n’est qu’une question de moyens. Par exemple: http://www.bnf.fr/fr/professionnels/archivage_web_bnf.html

          L’interception de communications privées demande des moyens un peu différents, mais c’est out autant possible. Le moindre service de messagerie peut archiver tout ce qui transite par ses serveurs (même si c’est crypté, cela pourra être décrypté plus tard). Les services vocaux comme Siri, Echo ou Alexa enregistrent tout, ne serait-ce que pour pouvoir améliorer la qualité de leurs services. Et ainsi de suite…

        • @waren
          IL est pour l instant impossible de surveiller tout le monde tout le temps. Par contre, on peut deja stocker ce que tout le monde fait (le stockage ne coute pas grand chose) et le traiter plus tard.
          traitement humain si la personne devient une cible interessante (ex ce qui est aujourd hui un ado botenneux devient dans 30 ans un detenteur de secret sur lequel on voudrait faire pression ou ruiner sa carriere)

          Traitement automatisee si car les oridnateurs auront fait de sacre porgres et ce qui est pour nous complexe sera enfantin en 2050 (rappel, un smartphone est plus puissant que les ordinateurs embarques dans les fusees apollo)

          Le traitement a posteriori des donnees enregistrees n est pas neuf. Les USA dans les annees 50 ont demasques des espions sovietiques en reussisant a decoder les messages qu ils envoyaient pendant la seconde guerre mondiale. a l epoque, impossible a Decoder mais ils avaient ete stockes

  • Pour corroborer mes propos à propos de la surveillance généralisée, un très bon article d’un confrère: https://www.nbs-system.com/blog/projet-loi-renseignement-irrealiste-techniquement/

  • Certainement qu’il faut avoir peur de la stupidité des objets connectés comme du tout numérique d’ailleurs ensemble de choses qui nous prive de notre liberté. Peur, beaucoup plus encore de monstres tel que Amazon dont l’objectif n’est autre que d’asservir les populations. Peur aussi des hommes politiques et gouvernements qui se laissent attraper par la mode alors qu’ils sont élus pour maintenir une société existante et la faire évoluer à long terme. Or de nos jours c’est l’inverse qui se passe, observez nos politiques de tous poils asservis à la mode, aux médias et aux associations extrémistes

  • Une autre raison d’avoir peur des objet connectés est qu’il ne sont pas securisés, dans 80% des cas. En effet, ils utilisent des réseaux sans fils pour envoyer les données à un boitier (gateway) qui le collecte et les renvoie a des systèmes qui les traites. Mais n’importe qui, avec un peu de connaissances techniques, peut trafiquer les données qui arrvient au gateway… Par exemple, un pacemaker utilise bluetooth pour envoyer les données qui sont ensuite envoyes au medecin…qui prend des décisions en fonction des données qu’il voit… Je vous laisse imaginer…! Beaucoup de fabricants de plateformes disent qu’ils sont entièrement securisés… Mais leur plateforme va seulement jusqu’au Gateway, mais pas jusqu’à l’objet. Ce lien entre le Gataway et l’objet est le vrai point faible dont personne ne parle, une véritable bombe a retardement…

  • Les commentaires sont fermés.

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