La généralisation de la collecte de données

La collecte de données n’a jamais été aussi large, leur accumulation est sans précédent bien que leur équivalent analogique paraisse impensable…

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data by CyberHades(CC BY-NC 2.0)

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La généralisation de la collecte de données

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 juillet 2018
- A +

Par Rick Falkvinge.

Dans le monde analogique de nos parents, il était absolument inimaginable que le gouvernement veuille connaître chaque déplacement que vous ayez fait, chaque appel téléphonique que vous ayez donné et chaque message que vous ayez écrit ; tel était le fonctionnement normal.

Pour nos enfants, à l’ère du numérique, les représentants du gouvernement insistent pourtant sur la nécessité de collecter ces informations, comme si c’était parfaitement raisonnable, en évoquant le terrorisme et aussi, le fait que nos enfants écouteraient de la musique ou regarderaient la télévision ensemble, de la manière dont ils aiment le faire, ce qui est illégal à cause d’une législation commandée par Hollywood. Et pour empirer les choses, la surveillance est rétroactive, tout est noté, enregistré et gardé jusqu’à ce que quelqu’un réclame le tout.

Il y a dix ans, un de mes collègues a quitté l’Europe pour la Chine. Il a remarqué, parmi de nombreuses autres différences, que le service postal était beaucoup plus étroitement surveillé car chaque courrier envoyé était consigné à la main dans un journal de bord, tenu par le responsable de chaque bureau de poste. Lettre de qui, à qui, et la date.

À l’époque, trois choses m’ont frappé : premièrement, à quel point ceci paraissait naturel pour la population chinoise, qui ne connaissait pas d’autres pratiques ; deuxièmement, à quel point nos parents analogiques auraient été horrifiés et auraient dénoncé cette pratique ; troisièmement, que malgré tout, c’est exactement ce que nos parents analogiques devenus maintenant législateurs proposent pour tous nos enfants du numérique.

Ou du moins, ce qu’ils essaient de faire ; les tribunaux se défendent âprement.

Bien sûr, je parle du stockage d’informations liées aux communications électroniques.

Il y a un dicton qui reflète bien le sentiment chinois de normalité à ce sujet : « Les conneries que cette génération supporte comme une nuisance temporaire de politiciens dérangés sembleront parfaitement ordinaires à la génération suivante ».

Chaque composante de surveillance dans ces séquences enregistrées est amplifiée de plusieurs ordres de grandeur par le fait que vous n’êtes pas seulement observés, mais que tout ce que vous faites est enregistré pour une éventuelle utilisation ultérieure contre vous.

C’est un concept si dangereux que même le roman 1984 ne l’avait pas imaginé : si l’écran de Winston ne l’avait pas vu faire quelque chose que le régime ne voulait pas qu’il fasse, Winston aurait été en sécurité, parce qu’il n’y avait pas d’enregistrement ; la surveillance s’exerçait uniquement à un instant donné.

Si Winston Smith avait été sous le régime de surveillance proposé aujourd’hui, avec l’enregistrement et la conservation des données, le régime aurait pu et n’aurait pas manqué de revenir en arrière pour réexaminer chaque action antérieure et y trouver ce qu’il aurait pu manquer.

Cette horreur devient une réalité aujourd’hui, et elle s’applique à chaque article de cette série. Nos enfants du numérique ne sont pas seulement privés de vie privée à chaque instant, mais aussi rétroactivement privés de leur vie privée passée.

(Bon, cette horreur est une réalité qui hésite encore, car les législateurs et les tribunaux sont en lutte acharnée. Dans l’Union européenne, la conservation des données a été prescrite en 2005 par le Parlement européen, a été rejetée en 2014 par la Cour de justice européenne et a été interdite en 2016 par la même Cour. D’autres juridictions jouent à des jeux similaires ; un tribunal britannique vient de porter un coup à la conservation des données, par exemple).

La vie privée reste sous votre propre responsabilité.

Sur le web

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  • Parti Pirate sur Wikipedia :

    « À l’origine du mouvement, le programme se base sur la défense des libertés et droits fondamentaux et s’articule, comme les autres partis pirates sur la protection de la vie privée, la réforme du droit d’auteur et la lutte contre les monopoles privés. »
    Privés seulement ? Suspect …

    « Le parti ne fait pas d’appel au vote pour le second tour et se contente de rappeler que le programme des Verts est proche de celui du PP »
    Proches des Verts ? Suspect …

    • Faut pas faire une fixette sur EELV. Outre le fait qu ils ne representent pas grand chose electoralement (5 % ?) leurs anciens dirgeants (Duflot, Place Mamere) les ont plombe pour un bon moment

      Apres il faut bien reconnaitre que sur les questions d internet et de vie privee, les autres partis sont au mieux largués ou au pire pour la surveillance generalisee afin de satisfaire les moines copistes du DVD

      C est pas pour rien que la France est a la pointe dans l UE sur la nouvelle directive de censure automatique d internet

  • OK personne n’aime l’Etat big brother mais de là à tout lui mettre sur le dos en occultant les complaisances de d’une grande partie de la société civile et des individus. Je pense que la majorité des gens sont prêts, pour une vie plus facile ou plus attractive, à sacrifier quelques unes de leurs libertés dont celles concernant pour partie leur vie privée.

    • Il faut quand même se demander si c’est un choix informé et conscient. Et j’ai bien l’impression que non. Et pour ceux qui consciemment veulent conserver une vie réellement privée, ça devient le parcours du combattant, limite hérétique.

  • C’est bien beau de dénoncer, mais le résultat qui devrait être de faire apparaître des alternatives n’est en fait que de rendre plus complexes, voire impossibles, l’utilisation et le développement des services internet. Encore une sorte de prélèvement à la source…

    • @ MichelO
      O.K. Mais il est quand même naïf de croire au GRATUIT! (« Ce qui est gratuit, c’est ce qui coûte le plus cher! »). Prélèvement à la source, non! La consommation n’est pas obligatoire. Non, ça s’appelle « fidélisation »!

    • @MichelO
      Internet a fonctionné pendant 10-15 ans sans l espionnage generalisé de Facebook, Google et de nos Etats.
      Il n y a aucune necessite technique par exemple d enregistrer toutes les donnees de connections (les fournisseurs d acces etaient d ailleurs contre car pour eux c est des couts supplementaires).

  • Les commentaires sont fermés.

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