Cannabis, CBD, THC, coffee shops, drogue : quand l’État s’emmêle…

CBD pills, capsules by Vaping360.com(CC BY-ND 2.0) http://vaping360.com/ — Vaping360.com, CC-BY

Le CBD est une molécule qui commence à faire parler d’elle. Et comme d’habitude, le gouvernement veut légiférer.

Par Phoebe Ann Moses.

L’ouverture d’un nouveau coffee shop à Paris le 5 juin n’aura pas fait long feu : le 11 juin, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « emploi, acquisition, transport, détention, offre et cession de stupéfiants », selon Le Parisien.

Tout avait pourtant bien commencé : un jeune chef d’entreprise, plein d’idées novatrices, avait ouvert son commerce de produits contenant du CBD (ou cannabidiol) à Paris, dans une boutique communément appelée Coffee Shop (bien que l’analogie avec les commerces d’Amsterdam soit erronée puisque dans son cas il s’agit de vendre du cannabis débarrassé de sa substance active, le THC).

Franceinfo relate d’ailleurs les propos du jeune homme :

La législation est telle qu’elle est, je ne fais aucun reproche au gouvernement, pour l’instant vendre des produits en-dessous de 0,2% de THC c’est légal. Nous quand on achète nos produits à des fabricants qui sont sérieux, ils nous fournissent à chaque fois les certificats émanant de laboratoires qui attestent que nos produits sont en-dessous de 0,2% de THC avec aucun effet psychotrope. Pour le reste, je ne suis pas médecin, je ne suis pas pharmacien, nous ne vendons pas notre produit sous un jour favorable, je n’incite personne à fumer ni même à venir acheter mon produit.

Cannabis, CBD : de quoi s’agit-il exactement ?

Les produits à base de CBD sont en vente légale (ce n’est pas de la drogue, il n’y a pas d’effet psychogène dans le CBD) dans toute l’Europe, à de rares exceptions. Généralement il est admis que les produits en vente légale ne contiennent pas plus de 0,2% de THC, soit le taux du chanvre textile. Les joints « traditionnels » sont eux plutôt garnis de chanvre contenant entre 8% et 20% de THC).

Le CBD est vendu tout à fait légalement dans d’autres pays d’Europe, notamment en Suisse, dans des boutiques aussi banales que les stations service ou les supermarchés.

Mais en France, il faut intervenir au plus vite.

Intervention rapide de l’État qui panique

Et c’est là que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, entre en action. Le 17 juin, la ministre de la Santé Agnès Buzyn estime que ces boutiques « auront fermé dans quelques mois » explique Le Parisien.

Dans Challenges, on explique :

Pour elle, ces magasins « se sont ouverts sur une zone grise du droit » et l’ont « détourné en disant que leur cigarette contient moins de 0,2% de THC ». En outre, toute utilisation récréative du cannabis, même lorsque le produit contient moins de 0,2% de THC, est interdite par la loi. La ministre compte bien encadrer ce commerce.

Peut-être aurait-elle dû potasser un peu mieux le dossier et réfléchir avant d’agir (ou du moins avant de donner des interviews) :

Tous ces acronymes, c’est vrai que c’est compliqué à retenir. Si on faisait plutôt un sort global à tout ce gloubi-boulga auquel on ne comprend rien ?

Si bien entendu il est avéré que les produits mis en vente contiennent plus de THC que la loi l’autorise, le gérant de la boutique aura des ennuis.

Mais pourquoi l’État s’inquiète-il soudain de la législation et du contenu des produits vendus dans les coffee shops ?

Une inquiétude bien intéressée

Médicalement, le CBD antagonise les effets du THC : il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat car même un produit dépassant légèrement la dose de THC mais ayant un taux de CBD suffisant n’aura pas les effets psychotropes d’un joint de marijuana traditionnel.

Seulement, le CBD est une substance intéressante à plus d’un titre. Ce type de produit, le CBD, cannabidiol, est dénué d’effet psychotrope et semble même avoir des vertus thérapeutiques : il est à l’étude pour le cancer du rein, il est en essai de phase 2 pour le glioblastome, il est à l’étude pour traiter la dépendance au cannabis, et pour l’épilepsie.

On mesure combien la molécule peut être intéressante pour des laboratoires pharmaceutiques par exemple, qui vendraient alors du CBD officiel dûment accrédité par l’État. Du CBD qui ne pourrait plus être entre les mains des particuliers, à moins d’avoir été prescrit par le corps médical et vendu par un laboratoire. Qui bien entendu est toujours totalement indépendant et ne reçoit aucun subside de l’État (on rappelle que le prix des médicaments est fixé après entente entre le laboratoire et les pouvoirs publics).

C’est une pratique assez courante, ne nous y trompons pas. Un exemple évocateur : l’OMS a interdit les tisanes d’Artémisine, plante banale qui entre dans la composition des médicaments anti-paludisme et qui se boit en tisane dans certains pays d’Afrique. La raison de cette interdiction curieuse ? Les tisanes pourraient entraîner une résistance du parasite. Nous évoquons pourtant ici des populations entières n’ayant pas accès à un médicament contrôlé et avec autorisation de mise sur le marché. Pire : de population ayant accès à des produits parfois issus de la contrefaçon, ou accessibles uniquement au marché noir. Un édifiant article de Slate fait le point de manière assez objective sur cette situation.

Et nous ne parlons pas ici de drogues comme le tabac ou l’alcool, que l’État « régule » sans aller jusqu’à les interdire. Entre les discours lénifiants sur la santé et les taxes qui rentrent, le fil est bien ténu.

Alors, la responsabilité politique est-elle toujours raccord avec l’éthique ? Le discours qui consiste à dire qu’on ne peut pas laisser vendre n’importe quoi par n’importe qui à propos du CBD laisse dubitatif… Quand il y a des possibilités d’encadrer fermement des solutions thérapeutiques, avec fabrication de médicaments à la clef, l’enjeu change soudain de taille…