Brassens. Mais où sont les mots d’antan ?, de Jean-Louis Garitte

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Brassens. Mais où sont les mots d’antan ?, de Jean-Louis Garitte

Publié le 6 juillet 2018
- A +

Par Francis Richard.

Les amoureux de la langue française et de ses mots ont pour amis fidèles les dictionnaires, dont les plus connus sont le Littré, le Larousse et le Robert.

Moins connu le Dictionnaire des mots rares et précieux, édité il y a plus de cinquante ans par Seghers, puis réédité il y a quelque vingt ans par 10/18, est un petit joyau.

Jean-Louis Garitte, un passionné de Georges Brassens (1921-1981) – qui ne le serait pas s’il aime la langue française ? – a eu l’idée, apparemment saugrenue, apparemment seulement, de faire un dictionnaire des mots et des expressions employés par le poète sétois dans ses chansons :

Près de deux cents chansons ont été prises en compte, y compris celles que le chanteur n’a pas interprétées, comme entre autres celles qui ont été écrites peu avant 1981, ainsi que quelques inédites.

Georges Brassens était un grand lecteur de poésie, deux ou trois bouquins par jour quand il était vingtenaire…

Langue soutenue, langue populaire

Comme chez tous les grands auteurs qui tiennent leur langue – je pense à la langue anglaise de William Shakespeare – il y a chez lui la coexistence d’une langue soutenue, au vocabulaire recherché et aux tours soignés, et d’une langue populaire, volontiers argotique.

Brassens emploie des archaïsmes, parce qu’il aime ça (Alexandre Soljenitsyne en emploie, dit-on, dans sa langue russe) :

J’ai le goût des choses un peu antiques, disait-il, je ne suis pas le seul, d’ailleurs : il y a bien des gens qui achètent des vieilles lanternes et qui me reprochent de parler le français dans mes chansons.

Brassens emploie aussi un nombre incroyable d’expressions communes ou moins connues [qui] enrichissent considérablement la chanson et soulignent la beauté de la langue française.

Brassens emploie ce que Jean-Louis Garitte appelle des phrases défigées ou remaniées : Il s’agit d’expressions, de locutions, bien connues dans une forme fixe et qui sont ensuite légèrement transformées, réanimées pour trouver une allure originale.

Brassens emploie beaucoup de noms propres qui relèvent souvent la valeur du texte par la référence proposée et fait beaucoup d’allusions à des œuvres littéraires ou artistiques, ou encore à des faits historiques.

En deux mots, richesse et qualité, se résume la langue de Brassens, qu’il met au service de qualités humaines véritables, les siennes, telles que la défense de la liberté, la modestie, la fidélité en amitié, la sollicitude envers les démunis, l’indépendance d’esprit et le rejet des modes, l’aptitude à l’humour et la grande tolérance, l’attachement au passé et la générosité…

Ce gros dictionnaire est donc lui aussi un joyau, qui peut être non seulement un usuel pour retrouver Brassens disparu, mais un usuel pour retrouver le sens

– d’un mot : Anarchie : sens positif (rare) : Système suivant lequel l’individu doit être émancipé de toute tutelle étatique…

– d’une expression : Ce que c’est que de nous : C’est-à-dire voyez quelle est la chétive condition de l’humanité

– d’une phrase défigée : Il n’y aura pas de pleurs ni de grincements de fesses : Sur le modèle d’Il y aura des pleurs et des grincements de dents : allusion biblique décrivant les malheurs dans les ténèbres, l’enfer. Ici, pas de regrets.

ou l’origine d’une allusion : Mon prince, on a les dames du temps jadis qu’on peut : […] allusion à la Ballade des dames du temps jadis de Villon…

Et si, comme Saint Thomas, vous doutez d’une occurrence, l’auteur donne la référence du texte où elle apparaît…

Faites comme moi : mettez en parallèle ce dictionnaire, dont le titre est à la fois une phrase défigée et une allusion littéraire, et les textes imprimés qui chantent d’eux-mêmes :

Je décalque la musique sur le texte, je suis le rythme du vers, confessait le chanteur-poète…

Jean-Louis Garitte, Brassens – Mais où sont les mots d’antan ?, 762 pages, Atlande

Sur le web

Voir les commentaires (9)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (9)
  • Ces mots sont comme la voiture et la sécurité hors limites imposé par la féminisation de la société Française et bien entretenu par quelques brailleuses bien extrémistes et qui hélas ont l’audience des intello parisiens et des médias.

  • le nouveau vocabulaire n’est pas parti prenante de la langue français, mais dérive de l’ecriture phonique , les messages des portables etc ; et d’une fange de pseudo intellectuels de gauche écrivant des livres a ne meme pas utiliser dans des wc , ou participants a des emissions TV exhibant a loisir leur médiocrité.
    dans quelques années la langue Francaise sera remplacée par un patois indescriptible dont toute sa richesse aura disparu.
    mais peut être sera elle encore parlée ou écrite de manière correcte par des intellectuels etrangers certainement pas par des Hanouna !

    • Ce patois indescriptible, comme vous le nommez, a existé et s’appelait le ‘Sabir’ (rappelez vous le Bourgeois Gentilhomme), langue commune aux marins et aux marchands des différents pays autour de la méditerranée qui permettait de faire des affaires dans chaque port; une sorte de version latine du ‘pidgin’ des comptoirs anglais.
      Je ne sais si elle était riche, mais elle véhiculait des richesses venues des 4 coins du monde…
      Ma langue maternelle ayant été quasi éradiquée en quelques décennies de monoculture étatique, je ne verserai pas une larme sur l’altération du Français, d’autant plus que la lecture des auteurs du passé me permettront (et me permettent déjà) de mesurer l’avancée du désert culturel, sorte de « bench marking » comme dirait Micron…

      • si notre culture ne vous plait pas alors allez voir ailleurs !quand vous parlez de desert culturel vous devez être de des gens de gauche adorant patauger dans la m.. et fumant dieu seul sait quoi !
        des personnes telles que vous détruisent notre pays et quand il ne restera rien , vous ne serez vous meme plus rien un pays est fort grace a son histoire et sa culture , il n’y a que les ânes de gauche et le macronien pour dire le contraire.

        • Vous savez peut être écrire, mais pas lire !

          Et les gauchiasses et Micronistes, ce sont les fruits de la belle culture françaèèse monsieur, pas de la mienne…

          Je vis sur la terre de mes ancêtres et si quelqu’un doit aller voir ailleurs, ce n’est pas moi.

          • apprenez donc a être poli , et a écrire correctement ce sera un bon debut ! effectivement ce manque d’éducation fait la chute de notre pays . lamentable !!!!

  • erreur de manip
    je n’avis pas fini.
    je voulais dire qu’il faut la connaitre parfaitement pour savoir utiliser les mots au bon endroit, au bon moment et surtout qu’ils aient un sens, les Brassens, Aznavour, Brel, et tant d’autres on su le faire , maintenant musique synthèse , Electronique (du bruit) , des chansons sans aucune organisation ni forme grammaticale. c’est notre nouvelle culture .il parai qu’en rendant les gens incultes on leur ôte toute capacité d’analyse on peut ainsi mieux les maîtriser .

    • Maintenant Fatals Picards, Aldebert pour ce qu’il y a dans ma voiture, Grand Corps Malade pour la poésie des textes, et il y en a bien d’autres en se donnant juste un peu la peine de chercher, et très certainement dans tous les styles. Mais il est beaucoup plus valorisant de pleurer sur un soi-disant « âge d’or » révolu (je pense que quand Brassens était actif on pleurait sur la baisse de qualité de la chanson française imposée par tous ces yéyés américanisés qui font de la sous-musique sauvage – que voulez-vous, c’était quand-même mieux avant).

      • quoi qu’il en soit la langue francais e n’est pas celle du present ou du passé mais la base meme d’une écriture , et d’un language , qui ne vous en déplaise n’est nullement a l’ordre du jour . quand a la poésie de « grand corps malade » le seul nom évoque la puissance de ses écrits, oseriez vous le comparer a J D’Ormesson? quand on pense que des éleves en prèpa au grandes écoles ne connaissent pas la conjugaison ni la grammaire, de maniére correcte !alors de grace ne me parlez pas de » c’était mieux avant « quand on analyse des choses immuables comme une langue écrite ou parlé qui a ses racines , profondément encrée dans le temps elle a des régles dont les bases ne s’adaptent pas au temps qu’il fait !
        votre culture est étonnante , mélanger les yéyé et le français je ne vois pas trop le rapport si toute fois il y en a un !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Natsuko D'Aprile. Un article de The Conversation

La notoriété culturelle de la France a toujours été ancrée dans l’esprit des audiences étrangères. Qui n’a jamais entendu parler des Misérables, n’a pas souhaité s’aventurer dans les galeries du Château de Versailles ou ne s’est pas émerveillé devant les pâtisseries de Pierre Hermé ?

C’est de cela que traite le concept de soft power. Conceptualisé par Joseph Nye dans les années 1990, le soft power (littéralement « pouvoir doux »), désigne la capacité d’un État à séduire et à a... Poursuivre la lecture

Par Adnan Valibhay.

... D’où l’importance de l’école au cœur du régime républicain. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence  des républicains pour faire la République. République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. C’est bie... Poursuivre la lecture

Par Francis Richard.

Dans une déclaration liminaire à Français langue morte, Richard Millet explique que les notes qui suivent prennent acte d'une agonie, celle de la langue française.

Richard Millet se résigne d'autant moins à cette agonie que la langue, plus qu'en aucun autre pays, a "contribué à la constitution de la France et à [son]esprit" :

"Une langue qu'on parle mal est un miroir où l'on s'efforce de ne pas voir les progrès de la mort sur sa propre figure".

Il observe, en passant, que "l'écriture 'inclusive... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles