Afrique du Sud : l’interventionnisme de l’État, socle de la pauvreté

La pauvreté persiste en Afrique du Sud pour les mêmes raisons qu’elle a été exacerbée pendant l’apartheid : un État hyper interventionniste sans respect pour la primauté du droit ni pour le fonctionnement des marchés.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Afrique du Sud : l’interventionnisme de l’État, socle de la pauvreté

Publié le 26 juin 2018
- A +

Par Martin van Staden.
Un article de Libre Afrique

De nombreuses voix s’élèvent pour critiquer «l’inadéquation» et l’échec de la transition politique de l’Afrique du Sud en 1994, qui a conduit à la Constitution de 1996. Les détracteurs affirment qu’elle n’aurait apporté qu’une liberté politique dépourvue de liberté économique, car la majorité des Sud-Africains restent pauvres aujourd’hui.

Le plein pouvoir des parlementaires socle de l’apartheid

Avant 1993, l’Afrique du Sud était régie par un système de souveraineté parlementaire. Cela signifiait que le parlement pouvait faire tout ce qu’il voulait. Il n’y avait pas d’état de droit, mais seulement des règles édictées par 178 parlementaires. Ce système a naturellement débouché sur l’apartheid. Ce qui était totalement contraire à la tradition juridique romano-néerlandaise de l’Afrique du Sud, qui reconnaît les droits inhérents de tous les peuples – noirs et blancs – à être libres et à posséder des biens.

L’apartheid niait à la majorité noire la liberté et l’accès aux droits de propriété. Cela n’a été possible que parce que le parlement était souverain. Ceci est directement lié à l’économie politique de l’Afrique du Sud : celle du socialisme racial. Le gouvernement de l’apartheid possédait de larges pans de l’économie par l’intermédiaire du contrôle direct d’entreprises étatiques et, indirectement, par des réglementations interventionnistes.

Le gouvernement ne possédait pas directement les maisons des Blancs, comme ce fut le cas pour les Noirs (situation qui perdure encore aujourd’hui), mais opérait des restriction de leur droit de propriété via des lois telles que la « Loi sur les zones réservées » (Group Areas Act) leur interdisant de vendre leurs maisons à qui ils voulaient ; ou encore la « loi sur les terres indigènes » (Native Land Act) interdisaient aux fermiers blancs d’échanger leurs terres avec des Noirs, ce qui arrivait souvent à la fin du XIXe siècle. Le droit de propriété était donc limité et soumis au dictat de l’État.

Le système économique de l’apartheid reposait essentiellement sur deux piliers : un État interventionniste et des droits de propriété très précaires. Qu’est-ce qui a changé lorsqu’a été promulguée d’abord la constitution provisoire, et plus tard celle de 1996 ? Théoriquement, la domination de l’homme blanc était finie. L’article 1c de la Constitution dispose que l’Afrique du Sud est fondée sur la suprématie de la Constitution et sur la primauté du droit. Le Parlement ne peut plus faire ce qu’il veut et est désormais contraint par la loi. Malheureusement, la classe politique actuelle ne respecte pas ce principe. La primauté du droit, la liberté et la prospérité du peuple sont souvent placées au second plan des considérations politiques de l’élite dirigeante. Les ministres et les régulateurs sont habilités à gouverner par décret et ont tendance à en abuser.

Essor de la liberté économique après 96

La démocratie constitutionnelle signifiait aussi que le socialisme racial était (supposé) terminé. Presque immédiatement après la fin de l’apartheid et jusqu’à l’an 2000, l’Afrique du Sud a amélioré son classement de l’indice de liberté économique publié par l’Institut Fraser. Les Noirs ont été autorisés à posséder des biens. Les institutions de contrôle des prix ont été démantelées. Il serait donc malhonnête de dire que la Constitution et les réformes politiques de l’Afrique du Sud ont été sans impact sur l’économie.

Rappelons que le régime politique d’avant 1993 encourageait l’ingérence incessante de l’État dans la sphère économique, ce qui a conduit à la pauvreté que nous voyons encore aujourd’hui. Ainsi, dire que la Constitution ne nous a donné que la «liberté politique» mais pas la «liberté économique» est faux, car cette dernière est la conséquence de la première.

L’amélioration des conditions de vie des Sud-Africains a toujours été liée à un retour de la loi à sa mission originelle : la justice, et la protection de la liberté et de la propriété. Lorsque la loi est instrumentalisée, comme durant l’apartheid, il s’ensuit une chute du niveau de vie et de la liberté. Certes, la Constitution n’a pas relégué le gouvernement à un rôle totalement non interventionniste dans la société mais elle a su encadrer ses missions dans une sphère qui respecte le fonctionnement de l’économie.

La démocratie progressera avec la liberté !

Il n’y a pas besoin de « démocratisation » de l’économie. Si on laisse faire, le marché est le phénomène le plus démocratique imaginable. En effet, nous votons avec notre temps, notre argent et notre travail chaque seconde de chaque jour, et chaque vote a un effet d’entraînement dans toute l’économie qui mène au succès de certaines entreprises, à l’échec des autres et au changement social généralisé.

La pauvreté persiste en Afrique du Sud pour les mêmes raisons qu’elle a été exacerbée pendant l’apartheid : un État hyper interventionniste sans respect pour la primauté du droit ni pour le fonctionnement des marchés. Chaque fois que nous avons essayé la liberté, cela a fonctionné, mais l’interventionnisme étatique a toujours produit la misère. À l’échelle mondiale, l’exemple de l’Occident prospère et libre qui a dépassé l’Est pauvre et socialiste pendant la Guerre froide doit nous interpeller et nous inspirer.

Souvenons nous de l’essor spectaculaire de l’Afrique du Sud, lorsque la démocratie constitutionnelle a triomphé de l’apartheid ! Alors, sauvegardons la liberté, et évitons toute idée de refondre notre ordre constitutionnel en faveur d’un contrôle plus paternaliste et asphyxiant. Il serait dommage de ne pas tirer des leçons du passé proche.

Sur le web

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Samuel Gregg.

Si l’on veut être cohérent dans notre lutte contre la pauvreté, nos préoccupations ne peuvent pas être enracinées dans des récits émotionnels ou relativistes sur ce que sont les êtres humains. Elles doivent être fondées sur la reconnaissance de la liberté, de la rationalité et de la dignité de chaque personne.

En 2012, le financier George Soros et Fazle Hasan Abed, qui est à la tête de l’une des plus importantes ONG anti-pauvreté, remarquaient dans le Financial Times que malgré la Grande Récession, le nombre de... Poursuivre la lecture

1
Sauvegarder cet article

Pour comprendre pourquoi les hommes politiques font fausse route face à la crise, il est bon de se rappeler les thèses défendues par Friedrich Hayek. Voici 10 idées-clés de l'auteur autrichien. Par David Azerrad. Un article de l'Institut Coppet.

Inspiré d’un essai de Bruce Caldwell, éditeur de The Collected Works of F. A. Hayek, dans lequel ce dernier identifie les 10 thèmes clés de la pensée de Hayek.

1.  Les récessions sont inévitables

Des alternances de périodes de croissance économique et de périodes de stagnation ou... Poursuivre la lecture

Chères lectrices, chers lecteurs, à la suite de mes quelques lectures des livres de l'économiste Thomas Sowell, m'est venue l'envie de vous faire un petit résumé de ces quelques clichés de gauche que nous avons l'habitude d'entendre un peu partout dans nos médias, et que Sowell aborde abondamment dans ces différents ouvrages.

 

Il faut se dépêcher d’agir

C’est probablement un slogan très à la mode depuis deux ans, souvent associé avec celui consistant à ajouter « si cela peut sauver ne serait-ce qu'une seule vie. »

L... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles