Afrique du Sud : l’interventionnisme de l’État, socle de la pauvreté

La pauvreté persiste en Afrique du Sud pour les mêmes raisons qu’elle a été exacerbée pendant l’apartheid : un État hyper interventionniste sans respect pour la primauté du droit ni pour le fonctionnement des marchés.

Par Martin van Staden.
Un article de Libre Afrique

De nombreuses voix s’élèvent pour critiquer «l’inadéquation» et l’échec de la transition politique de l’Afrique du Sud en 1994, qui a conduit à la Constitution de 1996. Les détracteurs affirment qu’elle n’aurait apporté qu’une liberté politique dépourvue de liberté économique, car la majorité des Sud-Africains restent pauvres aujourd’hui.

Le plein pouvoir des parlementaires socle de l’apartheid

Avant 1993, l’Afrique du Sud était régie par un système de souveraineté parlementaire. Cela signifiait que le parlement pouvait faire tout ce qu’il voulait. Il n’y avait pas d’état de droit, mais seulement des règles édictées par 178 parlementaires. Ce système a naturellement débouché sur l’apartheid. Ce qui était totalement contraire à la tradition juridique romano-néerlandaise de l’Afrique du Sud, qui reconnaît les droits inhérents de tous les peuples – noirs et blancs – à être libres et à posséder des biens.

L’apartheid niait à la majorité noire la liberté et l’accès aux droits de propriété. Cela n’a été possible que parce que le parlement était souverain. Ceci est directement lié à l’économie politique de l’Afrique du Sud : celle du socialisme racial. Le gouvernement de l’apartheid possédait de larges pans de l’économie par l’intermédiaire du contrôle direct d’entreprises étatiques et, indirectement, par des réglementations interventionnistes.

Le gouvernement ne possédait pas directement les maisons des Blancs, comme ce fut le cas pour les Noirs (situation qui perdure encore aujourd’hui), mais opérait des restriction de leur droit de propriété via des lois telles que la « Loi sur les zones réservées » (Group Areas Act) leur interdisant de vendre leurs maisons à qui ils voulaient ; ou encore la « loi sur les terres indigènes » (Native Land Act) interdisaient aux fermiers blancs d’échanger leurs terres avec des Noirs, ce qui arrivait souvent à la fin du XIXe siècle. Le droit de propriété était donc limité et soumis au dictat de l’État.

Le système économique de l’apartheid reposait essentiellement sur deux piliers : un État interventionniste et des droits de propriété très précaires. Qu’est-ce qui a changé lorsqu’a été promulguée d’abord la constitution provisoire, et plus tard celle de 1996 ? Théoriquement, la domination de l’homme blanc était finie. L’article 1c de la Constitution dispose que l’Afrique du Sud est fondée sur la suprématie de la Constitution et sur la primauté du droit. Le Parlement ne peut plus faire ce qu’il veut et est désormais contraint par la loi. Malheureusement, la classe politique actuelle ne respecte pas ce principe. La primauté du droit, la liberté et la prospérité du peuple sont souvent placées au second plan des considérations politiques de l’élite dirigeante. Les ministres et les régulateurs sont habilités à gouverner par décret et ont tendance à en abuser.

Essor de la liberté économique après 96

La démocratie constitutionnelle signifiait aussi que le socialisme racial était (supposé) terminé. Presque immédiatement après la fin de l’apartheid et jusqu’à l’an 2000, l’Afrique du Sud a amélioré son classement de l’indice de liberté économique publié par l’Institut Fraser. Les Noirs ont été autorisés à posséder des biens. Les institutions de contrôle des prix ont été démantelées. Il serait donc malhonnête de dire que la Constitution et les réformes politiques de l’Afrique du Sud ont été sans impact sur l’économie.

Rappelons que le régime politique d’avant 1993 encourageait l’ingérence incessante de l’État dans la sphère économique, ce qui a conduit à la pauvreté que nous voyons encore aujourd’hui. Ainsi, dire que la Constitution ne nous a donné que la «liberté politique» mais pas la «liberté économique» est faux, car cette dernière est la conséquence de la première.

L’amélioration des conditions de vie des Sud-Africains a toujours été liée à un retour de la loi à sa mission originelle : la justice, et la protection de la liberté et de la propriété. Lorsque la loi est instrumentalisée, comme durant l’apartheid, il s’ensuit une chute du niveau de vie et de la liberté. Certes, la Constitution n’a pas relégué le gouvernement à un rôle totalement non interventionniste dans la société mais elle a su encadrer ses missions dans une sphère qui respecte le fonctionnement de l’économie.

La démocratie progressera avec la liberté !

Il n’y a pas besoin de « démocratisation » de l’économie. Si on laisse faire, le marché est le phénomène le plus démocratique imaginable. En effet, nous votons avec notre temps, notre argent et notre travail chaque seconde de chaque jour, et chaque vote a un effet d’entraînement dans toute l’économie qui mène au succès de certaines entreprises, à l’échec des autres et au changement social généralisé.

La pauvreté persiste en Afrique du Sud pour les mêmes raisons qu’elle a été exacerbée pendant l’apartheid : un État hyper interventionniste sans respect pour la primauté du droit ni pour le fonctionnement des marchés. Chaque fois que nous avons essayé la liberté, cela a fonctionné, mais l’interventionnisme étatique a toujours produit la misère. À l’échelle mondiale, l’exemple de l’Occident prospère et libre qui a dépassé l’Est pauvre et socialiste pendant la Guerre froide doit nous interpeller et nous inspirer.

Souvenons nous de l’essor spectaculaire de l’Afrique du Sud, lorsque la démocratie constitutionnelle a triomphé de l’apartheid ! Alors, sauvegardons la liberté, et évitons toute idée de refondre notre ordre constitutionnel en faveur d’un contrôle plus paternaliste et asphyxiant. Il serait dommage de ne pas tirer des leçons du passé proche.

Sur le web