Pendant ce temps, les cryptomonnaies innovent

bitcoin (Crédits Antanacoins, licence Creative Commons)

Bien que la France ait fermement décidé d’être le centre du monde, et en attendant que la note de service correspondante parvienne à tous les autres pays, les palpitantes aventures des cryptomonnaies continuent. Et même si la France s’en fiche quelque peu, elle qui a choisi presque consciemment de rater ce train d’innovations là, cela n’empêche pas la communauté des développeurs et utilisateurs de ces nouvelles monnaies de faire preuve de beaucoup d’imagination.

Les derniers mois ont été riches en rebondissements.

Et ici, je ne parle pas seulement des variations de cours au jour le jour, tant ces derniers fluctuent sauvagement d’une semaine à l’autre. Presqu’indépendamment de ces hausses et de ces baisses soudaines, de nouvelles initiatives voient le jour qui s’appuient soit sur l’aspect monétaire de ces cryptomonnaies, soit sur les autres caractéristiques saillantes offertes par la blockchain, à commencer par son immutabilité et sa répartition planétaire.

Depuis le mois de décembre 2017, on ne peut que noter les développements rapides de ces différents domaines. Je prendrai quelques exemples pour illustrer mon propos et montrer la vivacité du milieu qui laisse envisager l’avenir avec sinon sérénité, au moins l’assurance que ceux qui participent à ces communautés ne se tournent pas les pouces.

Réseaux Sociaux

Ainsi, différents projets se sont notoirement développés dans le domaine des réseaux sociaux.

On pourra citer memo.cash ou blockpress dont le principe consiste à copier Twitter, la plateforme de « micro-blogging » qui permet d’échanger rapidement avec le reste du monde (ou personne le plus souvent), avec quelques modifications majeures : chaque message entraîne une inscription sur la blockchain, ce qui entraîne deux choses.

D’une part, cela impose que celui qui produit le message (que ce soit un nouveau message ou une réponse à un message déjà existant) doit le faire en payant cette transaction, éliminant dans une certaine mesure la présence normalement indépassable de trolls : quand on paye pour communiquer, on réduit sa communication à l’essentiel. Notons cependant que les frais de transactions étant minimaux (on parle de quelques fractions de centimes au plus), la désincitation reste modérée.

D’autre part, l’écriture de ces messages dans la blockchain les rend de fait ineffaçables. Dans ce contexte, fini les tweets gênants qui disparaissent opportunément. Cela impose une certaine discipline avant de poster un message qui sera inscrit sans péremption et sans droit à l’oubli… Le protocole étant ouvert et facile à implémenter, n’importe quelle plateforme (comme memo.cash ou blockpress) peut offrir cette messagerie à tout utilisateur. On comprend dès lors qu’elle devient impossible à censurer. Au contraire de Twitter qui bannit régulièrement des utilisateurs soit à la demande d’autres utilisateurs, soit d’autorités étatiques ou d’associations plus ou moins légitimes, le système proposé donne réellement une chance de disposer d’une plateforme de libre-expression…

On pourra aussi évoquer la plateforme de blogging Yours qui permet d’écrire des billets et de les publier tout en laissant la possibilité aux commentateurs et aux internautes inscrits sur cette plateforme de rémunérer directement l’auteur. On se rapproche ici des usages traditionnels puisque les blogueurs offrent généralement la possibilité à leur lectorat de s’abonner, éventuellement moyennant finances, ou de participer à leurs frais via rémunération ou dons. Cependant, Yours monétise aussi la partie commentaire et permet aussi à ceux qui ont rémunéré un commentaire de qualité de toucher une petite partie des rémunérations subséquentes. Au final, toute la plateforme permet des centaines de microtransactions pour des montants très faibles (quelques centimes à chaque fois) en touchant un public de plus en plus large, offrant une réelle alternative aux systèmes de paiements actuels basés sur les monnaies fiat et des frais de transaction comparativement bien plus élevés.

Utilisation des cryptomonnaies

Au-delà de ces usages périphériques à la cryptomonnaie elle-même, d’autres projets se sont eux concentrés sur l’amélioration de l’expérience utilisateur lors de l’usage direct de ces cryptomonnaies.

On pourra noter en particulier une version équivalente à AirBnB entièrement basée sur les cryptomonnaies les plus prisées du moment, sur
Cryptocribs. Le principe est simple : en tant que loueur, vous pouvez placer votre bien en location à la journée sur le site, et vous pouvez vous faire payer en cryptos pour cette location. En tant que locataire, vous pouvez chercher une place à louer pour la durée de votre choix, et payer dans la crypto de votre choix parmi celles disponibles sur le site (BTC, BCH, LTC, ETH).

Au passage, même s’il est évidemment fortement recommandé de bien remplir les obligations fiscales liées à ces locations, on se demande comment, si le principe remporte du succès, l’État va bien pouvoir contrôler tout ceci tant les transactions basées sur les cryptomonnaies peuvent se faire évasives.

Et de la même façon que Cryptocribs copie le concept d’AirBnB dans le monde des cryptomonnaies, Coinfundr reproduit celui d’Indiegogo ou de Kickstarter, consacrés au financement participatif ou crowdfunding. L’intérêt de passer par des cryptomonnaies est rapidement évident : là où les intermédiaires de paiement et la plateforme peuvent traditionnellement représenter 8 à 10% de frais sur les levées de fonds effectuées, Coinfundr se contente de 3% (et reste même gratuit pour les opérations charitables). En outre, une fois les fonds récoltés, ils sont mis à disposition des porteurs de projet dans les minutes qui suivent au lieu des quelques semaines traditionnellement nécessaires aux plateformes habituelles pour faire les transferts.

Enfin, difficile de terminer ce petit passage en revue de quelques solutions innovantes développées récemment sur les cryptomonnaies sans mentionner Cointext. Véritable révolution pratique qui permet de toucher tous les utilisateurs équipés d’un simple téléphone portable (et pas uniquement un smartphone), Cointext permet de faire transiter des fonds (en Bitcoin Cash) d’un bout à l’autre de la planète sans plus passer par un tiers de confiance ou sans utiliser une banque ou des officines de transfert (comme Western Union par exemple). L’ensemble des transactions se réalise par de simples SMS (ce qui ne nécessite même pas internet).

Inutile de développer plus avant l’impact que ce genre de système peut avoir tant il autorise les transferts de sommes modestes depuis des pays riches vers les pays pauvres où Internet et les smartphones constituent encore l’exception plutôt que la règle, mais où les téléphones et le système SMS fonctionnent correctement. On parle ici d’une réelle opportunité pour tout une classe de population, jusqu’à présent complètement tenue à l’écart du monde bancaire, d’échanger des sommes d’argent de pair à pair, d’un bout à l’autre du globe. Les perspectives et opportunités ouvertes par ce genre d’application sont gigantesques.

Je pourrais citer encore un paquet d’autres innovations (comme Joystream par exemple, qui permet le partage de fichier à la BitTorrent avec rémunération des sources, ou OpenBazaar qui offre un équivalent d’eBay en version décentralisée et basées sur les cryptomonnaies, …) mais un billet n’y suffirait pas : même si les prix se sont tassés, même si la presse semble s’être quelque peu détournée des cryptomonnaies à mesure que les cours s’assagissaient, le domaine est en réalité en pleine effervescence.

Les cryptomonnaies sont là, et la révolution qu’elles amènent ne fait que commencer.
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