Venezuela : et si les sanctions n’étaient pas la solution ?

Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Par Pablo Rosado.

Alors que le Venezuela est sous le coup de nouvelles sanctions de la part des États-Unis, il y a peu de chance que celles-ci remplissent leurs objectifs. Souvent inefficaces et contre-productives, les sanctions internationales devraient être abandonnées au profit d’une plus grande libéralisation.

De nouvelles sanctions, mais pour quoi faire ? Jugeant illégitime la réélection de Nicolas Maduro, le président américain, Donald Trump, vient d’annoncer une nouvelle série de sanctions unilatérales à l’encontre du Venezuela. Le décret interdit aux citoyens américains d’acquérir de la dette vénézuélienne, et réduit donc la capacité du régime de Caracas à vendre ses actifs. Ce nouveau train de sanctions américaines s’ajoute à celles déjà décidées l’été dernier, interdisant l’achat d’obligations émises par le gouvernement du Venezuela, ce qui restreint l’accès du régime aux capitaux étrangers, dont il a un besoin crucial.

Des sanctions inefficaces et contre-productives

Les États-Unis ont pris l’habitude de manier les sanctions internationales afin de faire pression sur les États qu’ils considèrent dévier du droit chemin libéral. Depuis 1966, 26 régimes différents de sanctions ont été votés par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Cuba est sous le coup d’un embargo américain depuis 1962, régulièrement allégé depuis les années 2000. L’Iran fait l’objet de sanctions depuis 2006, année depuis laquelle la Corée du Nord subit également des sanctions de la part de l’ONU, à la suite de son premier essai nucléaire.

Pourtant, les sanctions internationales sont rarement couronnées de succès. Que ce soit en Corée du Nord, en Iran ou en Russie, les sanctions américaines n’ont en rien infléchi les régimes en place ; au contraire. Elles offrent le plus souvent un prétexte aux gouvernements sanctionnés pour persévérer dans la même direction politique et pointer du doigt l’ingérence de l’ogre américain dans leurs affaires internes.

En Russie, les sanctions américaines décidées à la suite de l’annexion de la Crimée ont eu pour effet d’alimenter encore davantage la corruption, la prédation économique et la reprise en main des grandes entreprises nationales par quelques oligarques proches du pouvoir. Freinant la modernisation du pays, elles ont également participé au maintien du régime qu’elles étaient censées affaiblir et ralenti l’émergence d’une opposition digne de ce nom.

Les sanctions internationales ont surtout été utilisées par le Kremlin pour se dédouaner du ralentissement économique et alimenter la rhétorique d’un complot ourdi par l’étranger. Non seulement la population russe ne s’est pas retournée contre Vladimir Poutine pour qu’il prenne des décisions menant à lever les sanctions, mais les sanctions ont alimenté un nationalisme revanchard. Et n’ont en rien empêché le Kremlin d’agir en Ukraine ou de s’imposer comme un acteur incontournable du conflit syrien.

Pour le spécialiste des relations internationales Bertrand Badie,

l’efficacité des sanctions est quasiment nulle face à la Corée du Nord, à l’Iran ou à ce que l’on appelle les États voyous.

Même son de cloche chez Pierre Grosser, professeur à Science Po :

contre des pays autoritaires, les sanctions frappent plutôt les populations (que les dignitaires du régime visé).

Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe explique :

le problème avec les sanctions, c’est que l’on assiste à une déconnexion entre leur mise en œuvre et les objectifs politiques qui leur sont liés […] Si l’objectif était d’infléchir la politique de Vladimir Poutine, alors elles ont échoué.

La libéralisation est la solution

Les États-Unis réussiront-ils au Venezuela là où ils ont échoué en Russie ? Rien n’est moins sûr. Si l’Oncle Sam entend favoriser un changement de régime à Caracas, il faudrait, au lieu de le sanctionner, l’entraîner vers une libéralisation progressive, et non l’encourager à s’enfermer encore davantage. Dans une situation où le Venezuela cherche avidement des capitaux pour éponger sa dette abyssale, lui tendre une main économique est plus efficace que de l’enfoncer.

Il existe en effet une corrélation évidente entre le niveau d’ouverture d’un pays, son degré de libéralisme et le respect des droits individuels, d’une part, et sa prospérité économique, de l’autre. La situation de l’Amérique du Nord ou de l’Europe parle d’elle-même. Plutôt que de cibler des dirigeants qui n’ont aucune intention de changer de méthode ni de politique, encourager l’ouverture d’un pays conduira sa population à goûter d’elle-même les bénéfices d’une société et d’une économie plus libérales. Aucun pays converti au libéralisme n’est jamais retourné à un système communiste ou autoritaire de lui-même. Si Donald Trump souhaite que le Venezuela change de direction, il faut qu’il l’amène à s’ouvrir au monde. Dit autrement, entre le bâton économique et la carotte libérale, c’est souvent la seconde qui passe le mieux…