Début de débâcle pour la dette des marchés émergents

Le dollar, les politiques mercantiles et les taux de change fixes de l’euro créent des déséquilibres sans possibilité d’autocorrection. Premières victimes : les pays émergents.

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Début de débâcle pour la dette des marchés émergents

Publié le 26 mai 2018
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Par Nick Hubble.

Les politiciens et les banquiers centraux adorent déprécier leur monnaie. C’est une politique vieille comme le monde – c’est leur côté mercantile.

Une monnaie meilleur marché rend vos exportations plus compétitives à l’international et vos importations plus chères, ce qui est censé encourager la consommation de biens locaux. Cette politique favorise le producteur plutôt que le consommateur, parce que les importations coûtent plus cher.

Pour une étrange raison, favoriser ainsi les producteurs plutôt que les consommateurs vous fait gagner des électeurs. Du moins en ce moment. Les gens se soucient de l’emploi, même si on les appauvrit. Sauf en Suède, où la chute de la monnaie est devenue impopulaire car le pays importe beaucoup de biens de consommation.

Débattre pour savoir ce qui est le plus important – de la production ou de la consommation – c’est comme débattre de l’œuf ou de la poule, lequel est apparu le premier. La différence, du moins à mon avis, est que la consommation est un besoin humain de base et que par conséquent, elle est la clé. La production vise simplement à servir la consommation.

Si vous êtes d’accord avec moi, alors une monnaie forte est une bonne chose. Elle permet d’acheter plus avec moins d’argent et moins d’effort. Autrefois on pensait comme ça, une monnaie forte était signe de réussite. L’Europe jalousait le deutschemark allemand.

Larry Kudlow, l’un des nouveaux décideurs économiques clés du président Donald Trump, s’est lui aussi déclaré en faveur d’un dollar américain fort. Malheureusement, c’est une très mauvaise chose pour le reste du monde. J’y reviendrai un peu plus loin.

Débattre de la valeur de la monnaie en tant qu’outil politique, c’est poser le problème à l’envers. Dans une véritable économie de marché, la monnaie ne serait pas une décision politique mais un mécanisme d’ajustement. Elle rééquilibrerait constamment l’économie en tendant vers un niveau qui équilibre le commerce.

Mais personne ne vit dans une économie de marché. À la place, nous avons un système bizarre. Une monnaie de réserve en dollars américains tandis que les autres pays mettent en place un ensemble disparate de politiques mercantilistes. En Europe, nous avons une monnaie commune, ce qui grosso modo signifie des taux de change fixes.

La monnaie de réserve en dollar, les politiques mercantiles et les taux de change fixes de l’euro créent des déséquilibres sans possibilité d’autocorrection. Ces éléments introduisent plutôt des déséquilibres prévisibles comme le déficit commercial américain et la lente destruction économique en Europe du sud.

Le problème des déséquilibres non corrigés est qu’ils se finissent en crise. C’est exactement ce qui arrive en ce moment.

L’Argentine première victime collatérale du dollar

L’Argentine est la première victime. La semaine dernière, elle a appelé à l’aide le Fonds monétaire international. Les taux d’intérêt en Argentine ont atteint 40%. La monnaie a reculé de 4% en une sénace.

La Turquie semble être le prochain pays sur la liste. Sa monnaie chute depuis plus d’une semaine sans répit. Le réal brésilien semble lui aussi bien chancelant.

Que se passe-t-il ?

La monnaie de réserve mondiale, le dollar, a le vent en poupe. L’indice du dollar US, appelé Dixie du fait de son code mnémonique DXY, a grimpé en flèche ces derniers mois.

La situation n’est donc pas bonne pour les pays qui ont besoin d’un dollar stable – en particulier ceux qui importent des matières premières (dont le prix est établi en dollars), les pays qui ont emprunté de la dette libellée en dollars US, et les pays qui commercent en dollars US.

Il n’y a pas que les taux de change qui contrarient les marchés émergents. Les taux d’intérêt américains augmentent, ce qui augmente les taux sur l’ensemble du marché du dollar.

Si l’on ajoute la perspective de resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis, et donc de la fin de l’approvisionnement en dollars, on obtient une triple malédiction du resserrement monétaire sur le commerce.

Le président de la Réserve fédérale Jerome Powell a déclaré n’avoir cure de la douleur causée aux marchés émergents par sa monnaie :

Il y a une bonne raison de penser que la normalisation de la politique monétaire dans les économies avancées devrait continuer à être gérable pour les marchés émergents, […] les marchés ne devraient pas être surpris par nos actions si l’économie évolue conformément à nos attentes. »

Cette indifférence de la part du gestionnaire du dollar américain a conduit au basculement de l’Argentine. Il ne faut pas oublier que les grandes crises financières commencent souvent par la feinte indifférence des présidents de la Fed vis à vis d’un krach en formation et par la poursuite de la hausse des taux d’intérêt.

Cette fois-ci ne fera pas exception. Le krach aura lieu.

La politisation des subventions européennes

Il n’y a pas que les États-Unis qui resserrent leur politique monétaire. En Europe, le nouveau budget de l’Allemagne réduit le financement de beaucoup de domaines pour augmenter l’excédent budgétaire.

Même le budget de l’UE est sur le point d’être revu à la baisse. Mais qu’en est-il de l’écart entre l’Europe du nord et celle du sud ? L’UE essaie d’ajuster ses dépenses pour cibler les pays qui respectent ses « valeurs. »

C’est toujours très amusant de voir des politiciens essayer de mettre en œuvre des systèmes via des incitations. Dans ce cas précis, l’Europe du sud sera avantagée aux dépens de l’Europe orientale, accusée de populisme d’extrême-droite. Bonne chance pour expliquer aux Hongrois qu’ils devront être plus socialistes s’ils veulent l’argent de l’UE.

Cette politique ne fera qu’empirer la situation. Elle conduira les pays de l’est à se compromettre avec la Russie.

La mèche est allumée

L’Argentine, la Turquie et d’autres marchés émergents sont importants, en particulier lorsque vous les ajoutez les uns aux autres. Si l’on jette le trouble au sein de l’UE, c’est encore pire.

Un pays est plus exposé que les autres, plus lié que les autres, incapable de se sauver et incapable d’échapper à sa dette et au piège de sa monnaie. L’Italie.

Sa seule issue sera politique : laisser tomber la dette et les règles qui restreignent les solutions. Autrement dit, faire défaut et sortir de l’euro.

Ce serait le plus important défaut jamais enregistré.

Déjà, le marché chute et les taux d’intérêt augmentent. L’indice boursier du pays a reculé de 2,4% lorsque les responsables politiques ont rejeté un compromis pour le choix du premier ministre il y a quelques jours. Le rendement des obligations à 10 ans a gagné 10 points de base – ce qui est non négligeable lorsqu’on part de 1,76%.

 

Rendement de l’obligation à 10 ans de l’Italie

Mais ce qui rend la crise qui vient plus remarquable est le niveau auquel elle débute. L’Italie, qui se déclarera sans doute en faillite en 2018, a récemment payé le niveau d’intérêts le plus bas jamais enregistré par rapport à l’Allemagne – qui est le point de comparaison en Europe – et bien moins que le gouvernement américain, le taux mondial réputé sans risque.

Il se passe des choses étranges et le président de la Réserve fédérale ne fait rien pour remédier à cela. Nous nous dirigeons vers un krach.

 

Pour plus d’informations, c’est ici

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  • Article remarquable par le nombre d’erreurs idéologiques et factuelles successives dont il regorge. Il est surprenant de voir à quel point le milieu financier est prêt à manipuler sans honte les prolégomènes des thèses collectivistes, sous réserve que sa propre liberté n’en soit pas affectée bien sûr. Le collectivisme pour la vulgaire populace, la liberté et la propriété privée pour l’élite financière.

  • Le problème en Turquie est surtout en grande partie dû à la mauvaise gestion turque. Un peu facile d’accuser la FED d’être responsable de la situation alors que le premier responsable c’est Erdogan et sa politique économique démagogue.
    Je suis d’accord pour dire que la situation en Italie est explosive mais c’est n’importe quoi de dire que ce pays fera faillite en 2018.
    Même si ce pays a d’énormes problèmes (dettes, démographie,…), personne ne sait si ce pays fera faillite et encore moins quand.
    Surtout que 2018 c’est cette année. Je vois mal ce pays faire faillite cette année sauf si vraiment le nouveau gouvernement fait n’importe quoi. Mais cela me parait très improbable (même si c’est possible).
    Il faut arrêter de tomber dans le catastrophisme comme le font certains libertariens. Ce n’est pas parce qu’ils détestent le système financier actuel (qui a de nombreux défauts je ne le nie pas) que celui ci va s’effondrer

    • L’Etat obèse italien ne peut pas faire faillite mais il peut faire défaut. La différence entre faillite et défaut, c’est que le second est un choix politique volontaire.

      Sinon, le spectacle de ces financiers priant à genoux, le front dans la poussière, pénitents flagellés suppliant en larmes que les injections monétaires et les taux bas ne s’arrêtent surtout pas, que ces politiques de répression de masse (sauf pour eux qui bénéficient directement des injections) durent encore et encore, est pathétique.

  • C’est exactement ce qu’annonçait Maurice Allais en 1992 !

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