Recherche d’informations : vous êtes pistés !

Consulter des ouvrages en bibliothèque était hier une opération dont les bibliothécaires défendaient ardemment le caractère confidentiel. Aujourd’hui toutes nos recherches d’informations nous pistent.

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Culture by Nicola Albertini(CC BY-NC-ND 2.0)

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Recherche d’informations : vous êtes pistés !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 13 mai 2018
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Par Rick Falkvinge.

Pour nos parents du monde analogique, la recherche d’informations avait lieu dans les bibliothèques, et il s’agissait d’un lieu dont l’intimité était jalousement gardée. À l’inverse, lorsque nos enfants du monde numérique recherchent des informations, leurs pensées les plus intimes sont toutes collectées pour faire du marketing. Comment en est-on arrivé là ?

S’il existe une profession du monde analogique pour laquelle la vie privée des usagers était une véritable obsession, c’est bien celle de bibliothécaire. Les bibliothèques étaient des lieux où l’on pouvait faire ses recherches les plus inavouables, qu’il s’agisse de littérature ou de sciences, de faire un achat ou de n’importe quoi d’autre. La confidentialité des bibliothèques était purement et simplement légendaire.

Lorsque les recettes de fabrication de bombes ont commencé à circuler sur le proto-internet des années 80 – sur ce que l’on appelait les BBS – et que les politiciens ont essayé de jouer sur la parano sécuritaire, beaucoup ont rapidement eu le bon sens de signaler que ces « fichiers textes contenant des recettes de bombes » n’étaient pas différents de ce qu’il était possible de trouver dans la section chimie d’une bibliothèque ordinaire – et les bibliothèques étaient sacrées. L’exploitation de la peur n’avait plus d’objet, dès lors que l’on faisait remarquer que ce type de documents était déjà disponible dans toutes les bibliothèques publiques et que chacun pouvait y accéder de manière anonyme.

De fait, les bibliothèques étaient tellement discrètes que, lorsque le FBI a commencé à leur demander les registres indiquant qui empruntait quel livre, les bibliothécaires se sont indignés en masse et c’est ainsi que les tristement célèbres warrant canaries1 ont été inventés, eh oui, par un bibliothécaire, pour protéger les usagers de la bibliothèque. Les bibliothécaires ont toujours été les professionnels qui ont le plus farouchement défendu la vie privée, dans le monde analogique comme dans le monde numérique.

Dans le monde analogique de nos parents, la liberté d’information était sacrée : c’était une soif profonde d’apprentissage, de connaissance et de compréhension. Dans le monde numérique de nos enfants, leurs pensées équivalentes les plus secrètes sont au contraire collectées massivement et bradées pour leur refiler de la camelote au hasard.

Ce n’est pas seulement ce que nos enfants ont recherché avec succès qui est à vendre. Dans le contexte analogique de nos parents, on dirait que c’est toutes leurs bonnes raisons d’aller à la bibliothèque. C’est même tout ce pourquoi ils ont seulement envisagé d’aller à la bibliothèque. Dans le monde numérique de nos enfants, tout ce qu’ils recherchent est enregistré, et tout ce qu’ils envisagent de rechercher même sans le faire.

Pensez-y un instant : une chose tellement sacrée pour nos parents que des secteurs professionnels entiers se mettraient en grève pour la préserver, est maintenant utilisée sans complexes pour un marketing de masse dans le monde de nos enfants.

Combinez à cela l’article précédent sur la façon dont tout ce que vous faites, dites et pensez est enregistré pour être utilisé contre vous plus tard, et il devient urgent pour nous de changer radicalement notre façon de voir les choses.

Il n’y a aucune raison pour que nos enfants soient moins libres de s’informer, au seul motif qu’ils vivent dans un environnement numérique, et non dans l’environnement analogique de nos parents. Il n’y a aucune raison pour que nos enfants ne puissent jouir de droits à la vie privée équivalents à ceux du monde analogique.

Bien sûr, on pourra mettre en avant le fait que les moteurs de recherche sont des services privés, qu’ils sont donc libres d’offrir les services qu’ils souhaitent, selon les termes qu’ils souhaitent. Mais il y avait également des bibliothèques privées dans le monde analogique de nos parents. Nous reviendrons un peu plus tard dans cette série sur l’idée que « si c’est privé, tu n’as pas ton mot à dire ».

La vie privée demeure de votre responsabilité.

Traduction Framalang.

Pour poursuivre la réflexion : une autre traduction récente au sujet du rôle des bibliothèques aux U.S.A.

Sur le web

  1.  Les canaris ou les pinsons étaient autrefois utilisés au fond des mines de charbon pour donner l’alarme quand les émanations de monoxyde de carbone se faisaient menaçantes. Si les oiseaux montraient des signes de défaillance ou mouraient, les mineurs étaient avertis du danger de gaz toxique avant de le percevoir eux-mêmes.

    Aujourd’hui il s’agit d’une méthode « par laquelle un fournisseur de services de communications vise à informer ses utilisateurs que le fournisseur a reçu une assignation secrète du gouvernement malgré l’interdiction légale de révéler l’existence de l’assignation. Le warrant canary informe généralement les utilisateurs qu’il n’y a PAS eu d’assignation secrète à comparaître à une date donnée » (source).

Voir les commentaires (3)

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Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • Il est totalement inepte de prétendre que l’on va chercher à leur « refiler de la camelote au hasard ».
    Les principes qui gouvernent le Display et ses variantes sont basés sur l’efficacité, dans une perspective gagnant-gagnant, de plus, chacun est libre de contracter ou non sur le net.
    L’auteur est probablement d’une autre génération tenant du XXè siècle révolu…

    • Je ne comprends pas tres bien la relation entre ce commentaire et l’article de reference. Cela etant, peut-etre du fait que je suis un homme du XXe siecle (ne en 1941), je suis en plein accord avec les preccupations de l’auteur, ayant une « inquietude » vague depuis que j’ai telecharge dans ma bibliotheque numerique le Coran et « Mein Kampf' », n’ayant que fort peu confiance dans les commentaires que l’ on peut en trouver a droite et a gauche. J’espere seulement que leur voisinage avec les oeuvres completes de Tocqueville et de Bastiat pourront eventuellement servir pour ma defense.

  • Les commentaires sont fermés.

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