Plaidoyer libéral pour Emmanuel Macron

Notre collaborateur le Dr Richard Guédon nous explique pourquoi, selon lui, les libéraux doivent défendre aujourd’hui Emmanuel Macron. Une défense pragmatique du réformisme présidentiel.

Par Richard Guédon.

Voici un an Emmanuel Macron était élu, cassant au passage tous les usages électoraux présidentiels de la 5ème république : le nouveau président avait moins de 40 ans, il était inconnu 3 ans auparavant, ne disposait du soutien d’aucun parti politique existant et obtenait malgré tout une majorité absolue aux législatives suivantes.

Ses prédécesseurs étaient tous plus âgés, entre 48 ans (Giscard d’Estaing), et 72 ans (de Gaulle), lors de leur élection, tous étaient connus, avaient exercé des fonctions politiques éminentes durant de longues années et bénéficiaient du soutien d’un parti politique bien installé et dévoué à leur cause.

L’élection s’est jouée à un cheveu

Tout a été dit sur les circonstances qui ont permis cette élection qui, après les 5 années catastrophiques de la présidence Hollande, semblait promise à la droite, qu’elle s’incarnât en Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou François Fillon.

Je voudrais pour ma part n’en retenir que deux aspects, gommés en un an par la légitimité acquise, au niveau  national et international, par ce jeune président qu’on aurait dit fait pour l’habit présidentiel.

Rappelons-nous d’abord le résultat extrêmement serré du premier tour avec 4 candidats dans un mouchoir de poche : Jean-Luc Mélenchon à 19,58%, François Fillon 20,01%, Marine Le Pen 21,30% et Emmanuel Macron 24,01% des suffrages exprimés, ce qui a pu, dans les derniers jours de la campagne, faire imaginer l’inimaginable, un duel d’extrêmes entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

Des programmes populistes et souverainistes

Rappelons-nous aussi les programmes des quatre candidats :

Ceux de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon étaient clairement étatistes, nationalistes, protectionnistes, anti européens et anti libéraux, n’hésitant pas à flatter les sentiments identitaires de leur électorat respectif au moyen d’un discours anti immigration pour l’une, pro palestinien pour l’autre.

François Fillon, chef de file d’une droite historiquement partagée entre une aile centriste europhile, dite libérale, et un courant souverainiste a été obligé de glisser programmatiquement vers sa droite pour retrouver chez les électeurs de Marine Le Pen un réservoir censé compenser les voix centristes siphonnées par Emmanuel Macron.

S’il y a du libéralisme, c’est chez Macron

Emmanuel Macron était le seul candidat du second tour à porter sans ambiguïté des idées pro européennes, pro business, sensibles aux enjeux de la mondialisation, libre-échangistes, se référant de façon explicite aux Lumières. Rappelons aussi ce détail significatif, sa démission de la fonction publique le jour même de sa candidature.

Emmanuel Macron a été élu et, depuis un an, il met en œuvre son programme, en commençant par les indispensables mais difficiles réformes économiques libérales. Après trente ans d’immobilisme et de pusillanimité, il a enfin réformé le pachydermique code du travail français pour l’alléger et le rendre plus fluide, il affronte ces jours-ci crânement les forces les plus réactionnaires du monde économique français en faisant voter l’abolition du statut des cheminots.

Même si la dette continue de progresser, le déficit public français est repassé au-dessous de 3% en 2017 ce qui n’était pas arrivé depuis dix ans. À l’extérieur, il tente de relancer la dynamique européenne mise à mal par la montée des populismes et par le départ du Royaume Uni, tout en se comportant avec loyauté au sein de l’incontournable bloc stratégique occidental, comme on l’a vu à l’occasion de l’affaire des armes chimiques en Syrie.

Pas de baguette magique

Alors, Emmanuel Macron a-t-il transformé en un an la France en paradis libéral ? Non bien sûr ! Sera-t-il le Lénine du grand soir libéral, le Trotski des lendemains libéraux qui chantent ? Bien sûr que non ! Des siècles de centralisation des pouvoirs politiques et religieux, des décennies d’État providence, de socialisme rampant, de renoncements et de clientélisme ne s’effacent pas en quelques mois.

Nous le savons tous, la tâche est immense, l’État est partout et surtout dans les têtes, et la France ne pourra pas être réformée d’un coup de baguette magique. L’État ne fondra pas comme neige au soleil libéral, et surtout, il faudra du temps pour que nos concitoyens guérissent de leur addiction au tout-État.

Quelle transition pour des libéraux ?

Les libéraux sont d’accord sur leurs objectifs stratégiques, un État réduit à ses fonctions régaliennes, l’impôt au minimum, des contrats plutôt que des lois, la liberté et la responsabilité individuelle comme valeurs premières. Tout cela nous rassemble. Mais une fois ces quelques mots écrits ou prononcés, que fait-on ? Quid de la transition ? Quelle tactique pour passer de la situation actuelle à celle que nous appelons de nos vœux ?

Nous ne disposons pas, comme les marxistes, d’une théorie de la transition, d’un petit purgatoire bien commode, la dictature du prolétariat, pour passer de l’enfer d’aujourd’hui au paradis de demain.

Nous ne disposons pas d’un parti authentiquement libéral significatif autour duquel nous grouper pour porter une réelle transition à court ou moyen terme. Nous professons le respect des formes démocratiques et ne pouvons que convaincre, jamais contraindre.

Soutenir Macron avec lucidité

Alors, dans la situation actuelle de notre pays, au vu de l’orientation libérale des réformes de la  première année du mandat de Macron, au vu de l’offre politique concurrente anti libérale, y compris à droite, les libéraux ne doivent pas se situer dans l’opposition mais soutenir lucidement Emmanuel Macron, en tentant d’infléchir sa politique dans un sens plus libéral.

Dans l’offre politique d’aujourd’hui le seul endroit où l’on trouve, si peu que ce soit, une pratique libérale, c’est du côté du pouvoir, pas dans l’opposition.

Notre soutien est d’autant plus nécessaire que les élections de 2022 pourraient bien voir se dresser des forces anti libérales encore plus puissantes qu’en 2017. Imaginons seulement, face à un Macron affaibli par l’exercice du pouvoir une candidature Marion Maréchal-Le Pen, un tandem Jean-Luc Mélenchon/François Ruffin, un Wauquiez glissant toujours plus vers le populisme anti immigration. Alors nous pourrions voir s’éloigner encore plus notre idéal libéral et voir notre pays sombrer dans l’ornière du populisme, du nationalisme, du protectionnisme.

N’oublions pas à quel point l’élection de 2017 s’est jouée à un cheveu, ne sacrifions pas les avancées libérales concrètes du pouvoir actuel sur l’autel de la pureté d’un libéralisme platonicien car, alors, nous risquerions bien de ne jamais sortir de la caverne.