Jean-Luc Mélenchon, gladiateur des temps modernes

Et si les électeurs aimaient Jean-Luc Mélenchon seulement pour son agressivité et son insolence ?

Par Natasa Jevtovic.

Depuis la nuit des temps, les hommes aiment assister à des combats de gladiateurs et hurlent de plaisir lorsque l’empereur lève son pouce, en attendant le verdict de vie ou de mort ; l’issue finale des combats étant toujours cette dernière, à laquelle les participants étaient préparés. Ils saluaient d’ailleurs les empereurs par ces mots : Ave imperator, morituri te salutant !  (ceux qui vont mourir te saluent).

De nos jours, dans les pays qui autorisent la peine de mort, les exécutions sont publiques, car elles permettent aux victimes d’obtenir la réparation et assouvir leur désir de vengeance. Ce droit des victimes est consacré par les lois et assuré par la société.

Canaliser la violence autrement

Aujourd’hui, cette violence inhérente à l’homme est canalisée autrement : les sports de combat, les corridas, les jeux vidéo, la lecture de polars, les séries télévisées retraçant des enquêtes criminelles, les chants nationalistes lors des matches de football, les peplums glorifiant les exploits des gladiateurs.

Elle est la seule explication à la montée fulgurante de François Bayrou dans les sondages à l’occasion de l’élection présidentielle en 2002, après qu’il ait giflé un enfant lui ayant fait les poches devant les caméras. C’est également cette soif de violence qui explique le récent succès de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, au détriment de deux autres partis légitimes de l’extrême gauche aux candidats fort sympathiques.

Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent

Un proverbe oriental dit que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. Les électeurs voteront donc pour le candidat qui leur ressemble.

C’était très éloquent dans le cas de Nicolas Sarkozy, le symbole par excellence de la culture des masses : au vin il préfère le Coca-Cola ; plutôt que la musique classique, il apprécie Chimène Badi, Calogero ou encore l’émission The Voice ; cinéphile, il éprouve sans doute une préférence pour les films en 3D,  au lieu de se rendre au musée.

La mondialisation a contribué à la démocratisation de la culture, où la culture des masses prend sa revanche sur celle des élites. Ainsi, le livre de Dan Brown, Da Vinci Code, est truffé d’erreurs historiques et semble être une version quasi contrefaite du célèbre roman du sémiologue italien Umberto Eco, Le nom de la rose.

Ressembler à ses électeurs

Et pourtant, cet ouvrage n’est lu que dans les cercles intellectuels, alors que le film, reprenant uniquement l’enquête criminelle, a eu un important public. Le livre, lui, a été un best-seller mondial, son auteur a utilisé des phrases courtes, sans jeux de mots, faciles à comprendre pour le plus grand nombre. Tout le monde ne peut pas être sémiologue et saisir la subtilité.

Pour être élu, le candidat idéal doit donc ressembler à ses électeurs, être un « homme du peuple » et apporter la réponse à leurs aspirations les plus profondes.

Et si les électeurs aimaient Jean-Luc Mélenchon seulement pour son agressivité et son insolence ?

Agressivité et insolence

Quelle différence existe-t-il entre les phrases « Casse-toi pauvre con » et « Dégage, dehors ! » ? La première, prononcée par Nicolas Sarkozy lors du Salon de l’agriculture, a fait couler beaucoup d’encre, car il était alors le chef de l’État ; la deuxième, prononcée par Jean-Luc Mélenchon lors d’une conférence de presse en 2012 et adressée à un militant lui posant la question de savoir pourquoi Marine Le Pen ne s’était pas exprimée à la Fête de l’Humanité, n’a pas fait beaucoup de bruit ; il n’était alors qu’un simple candidat à la présidentielle. Les deux phrases sont pourtant très similaires.

Le sigle de La France Insoumise, la lettre φ (phi) issue de l’alphabet grec, évoque la philosophie et l’érudition de son fondateur, aimant citer Shakespeare lors de ses discours. « Je suis le bruit et la fureur », martèle-t-il, assumant son « goût pour le conflit » et voulant réformer la France à sa manière… en oubliant que ces célèbres mots de Macbeth se terminent par « … qui ne signifient rien ». La France a-t-elle besoin d’un président philosophe, lorsqu’il vaut mieux embaucher un expert-comptable pour redresser ses comptes publics ?

Le programme de la France insoumise

Quid du programme de La France Insoumise ? Il repose sur le protectionnisme économique, la nationalisation de « biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie » ainsi qu’une copie du Glass Steagall Act datant de 1932 pour contrôler la finance ; des mesures testées par le passé dans les pays autoritaires qui ont fait faillite derrière le Rideau de fer. Seul le droit de révoquer un élu semble être une avancée démocratique, et mériterait le soutien des Français.

Beaucoup d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne voteront pas pour lui parce qu’ils sont convaincus par ses idées. Ils le feront pour le simple plaisir de le voir dans l’arène moderne de l’hémicycle ou du parlement européen, tel un gladiateur, insulter les Eurodéputés et les chefs d’États étrangers pour montrer enfin au monde entier que la France est toujours, n’est-ce pas, une grande puissance.