Électricité : produire « local », est-ce conforme à l’intérêt général ?

Certains Français expriment la volonté de produire et de consommer localement leur électricité. Pourquoi pas ? Mais est-ce compatible avec l’intérêt général ?

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Panneaux solaires by ludovic(CC BY-SA 2.0)

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Électricité : produire « local », est-ce conforme à l’intérêt général ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 16 avril 2018
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Par Michel Gay et Jean Fluchère.

La volonté de produire et consommer localement l’électricité semble sous-tendue par une idéologie individualiste qui tend à rejeter le « centralisé » et à survaloriser le « local » en y attachant une valeur morale.

Or, ceux qui ont les moyens d’auto-consommer feront porter les surcoûts sur la collectivité, et notamment sur les autres ménages, car cette nouvelle « mode » repose sur une vision erronée de la production d’électricité.

Exaltation de l’individualisme VS prix de l’électricité

En effet, le système de production actuel est centralisé, mais c’est avant tout un système de partage des moyens et aussi de secours mutuel grâce aux réseaux d’électricité. Le foisonnement des consommations permet de diviser par cinq environ la puissance nécessaire pour alimenter en permanence la totalité des consommateurs car ils n’appellent pas tous au même instant la puissance maximale dont ils sont équipés.

Or le prix de l’électricité résulte principalement de l’amortissement des moyens de production.

La centralisation de la production, associée aux réseaux de distribution, permet donc une économie considérable d’argent en optimisant les moyens et les investissements dans l’intérêt général.

Le « consommer local » apparaît comme une exaltation de l’individualisme au détriment de l’intérêt général et ne répond qu’à l’intérêt personnel de l’autoconsommateur avide de subventions.

Une fausse autonomie en électricité coûteuse pour les autres

Sous nos latitudes, le solaire photovoltaïque produit quatre fois moins en hiver (lorsque le besoin est le plus grand) qu’en été. Et le stockage de l’électricité par des batteries (au plomb ?) pour assurer une autonomie complète n’a aucun sens physique et économique. Les autoconsommateurs auront donc toujours besoin du secours ponctuel du réseau public, soit pour y soutirer de l’électricité, soit pour y déverser ponctuellement leur production surabondante.

La mode de l’autoconsommation conduit à investir collectivement deux fois :

  • une première fois dans les installations locales d’autoconsommation,
  • une deuxième fois dans les réseaux publics. Ceux-ci devront être capables de fournir la même puissance maximale aux autoconsommateurs. Or, c’est un paramètre dimensionnant pour les investissements.

Mais comme le réseau public de distribution transportera moins d’électricité, le coût du transport par kilowattheure livré va augmenter et pénaliser l’ensemble des consommateurs, y compris les plus défavorisés.

De plus, injecter les surplus estivaux de production de solaire photovoltaïque dans le réseau public entraine des montées locales de tension (destructrices pour les appareils électriques) et des refoulements d’électricité vers le réseau. Ce qui nécessite des investissements supplémentaires et augmente encore les coûts.

Qui paye ?

Qui paiera ? Ceux qui en sont responsables ou l’ensemble des consommateurs ?

Et qui va assurer le réglage de fréquence de ce réseau alors que ni le photovoltaïque, ni l’éolien ne peuvent le faire ?

Les autoconsommateurs vont-ils payer le juste prix de l’usage qu’ils font des réseaux ?

Plus de 80% des coûts des réseaux de distribution sont des coûts fixes (investissement, personnel,…) et dépendent peu de la quantité d’énergie qui y transite. Ils devraient donc également payer  80% des charges du réseau, quelle que soit l’énergie qu’ils en soutirent.

Les autoconsommateurs vont-ils contribuer équitablement au paiement des diverses taxes ?

Le montant de ces taxes est actuellement proportionnel à l’électricité consommée, et non à la puissance souscrite. Si rien ne change, ils y échapperont donc en partie puisqu’ils soutireront moins d’énergie au réseau que les autres consommateurs.

Or, l’impact de ces taxes (CSPE, taxes locales, CTA et TVA) représente un gros tiers d’une facture d’électricité domestique.

Est-il équitable d’exonérer les autoconsommateurs (en général aisés…) du paiement d’une grande partie de ces taxes ? Seront-elles reportées sur les factures des autres consommateurs (en moyenne moins aisés…) ?

Intérêt personnel et intérêt général

L’intérêt personnel de l’autoconsommateur pourrait coïncider avec l’intérêt général à deux conditions :

1) assurer une totale équité dans le paiement des charges (coût réel des réseaux et participation aux taxes) entre tous.

2) assumer le coût de leur installation inhérent au double investissement dans les réseaux et les panneaux photovoltaïques (achetés à l’étranger).

Sous nos latitudes tempérées et dans les pays ayant des réseaux publics performants, l’autoconsommation n’apparait pas porteuse d’intérêt général.

Dans ces conditions :

1) Pourquoi est-elle subventionnée pour les puissances inférieures à 3 kilowatts ?

2) Pourquoi ses excédents (souvent injectés en perturbant le réseau en été quand nul n’en a besoin) sont-ils rémunérés au tarif élevé de 10 c€/kWh alors que le prix du marché est d’environ 4 c€/kWh ?

Au final, pourquoi ne pas laisser les autoconsommateurs assumer seuls leur désir d’autonomie selon le principe « perturbateur – payeur » analogue à celui de « pollueur – payeur » ?

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  • Article très éclairant, si je puis dire, et vraiment très utile. Merci.

  • Vous m’avez fait changer d’avis ! Je serais personnellement heureux de pouvoir produire ma propre énergie mais je comprends maintenant que cela ne peut m’exonérer de la plus grosse partie de ma facture d’électricité

  • D’accord avec l’analyse économique, sauf que le responsable n’est pas le bénéficiaire des subventions mais celui qui les distribue en prenant dans les poches des uns, non consentants, pour donner aux autres (c.à.d. l’Etat). D’ailleurs les subventions sont perverses dans leur ensemble.
    Ce ne sont que des béquilles économiques qui faussent les lois du marché et créent des déséquilibres.
    Les coûts cumulés sont exorbitants et dans la plupart des cas certainement supérieurs aux bénéfices attendus.

  • Article intéressant sur le « parasitage » du réseau par les très petits producteurs d’électricité.
    C’est bien simple, quand on vous parle d’un réseau électrique intelligent, ce n’est pas lié à l’efficacité ou l’efficience générale du tout, mais aux solutions absolument complexes et superflues (=complications) pour résoudre les problèmes apportés par les EnR !

    Par contre, le titre est trompeur. L’article cible plus particulièrement l’auto consommation, la nouveauté par rapport à la simple production locale.
    https://www.edfenr.com/autoconsommation/
    Je me demande si cette solution d’auto consommer sa production n’est tout simplement pas une proposition idéologique, de marketing écologique (une flatterie de la vertu), acceptable car concernant un très faible cas de mise en oeuvre ?

    E.On a proposé une solution plus radicale : le « stockage virtuel ».
    – vous n’auto consommez rien
    – tout est mis au réseau et vous créditez votre compte
    – quand vous consommez, vous débitez votre compte en premier lieu.
    Ainsi, le particulier local est un consommateur réel comme un autre. Le réseau économise une perturbation supplémentaire, et la subvention d’achat n’existe plus.

    • Ca devrait pourtant être simple : quand vous injectez du courant sur le réseau, on vous le paie au prix spot moins les frais, quand vous tirez de l’énergie sur le réseau, on vous la facture au prix spot plus les frais. Bien que les frais légitimes soient parfois un peu difficiles à évaluer, ça se rapproche suffisamment de la loi du marché pour amener chacun à des choix responsables vis à vis de son auto-production et de son auto-consommation.

      • Sauf que dans ces conditions vous n’avez plus aucun intérêt à investir pour produire votre électricité car vous ne n’amortirez jamais votre investissement.

        • Ben, oui, justement, il n’y a aucun intérêt à investir dans des moyens de production d’énergie inefficaces, si ce n’est les subventions. Donc c’est bien faire payer par tous les délires de quelques uns

  • Voilà un article qui, ayant touché le fond de l’absurdité collectiviste, entreprend de creuser. Ce condensé de mauvaise foi étatiste coche joyeusement toutes les cases du raisonnement spécieux : confusion des termes (autoconsommation vs autoproduction), prétexte égalitariste, méchants riches égoïstes, gentils pauvres maltraités, dénonciation de l’individualisme, appel vibrant à l’intérêt général, tautologie voire toto-logie… et finalement, évidemment, proposition de taxe. Le doute n’est plus permis, nous sommes bien en France.

    Ainsi, on apprend que les économes sont des criminels s’opposant à l’intérêt général. Vils ladres égoïstes ! Malheur aux pingres : ils doivent payer, coûte que coûte ! Ou comment justifier de taxer ceux qui consomment peu d’électricité, sont économes en eau, roulent peu, ne vont pas au cinéma, ne prennent pas l’avion, ne mangent pas de viande ou de poisson, ne boivent pas de vin ni de Coca (Pepsi), etc, etc, etc. Plus aucune limite au domaine de la taxe ! Faites vous-même l’exercice de remplacer l’électricité par n’importe quel bien de consommation. Sans surprise, les mêmes arguties s’appliquent à la virgule près.

    Ah, merveilleux intérêt général, lui qui permet les idées les plus farfelues, libère l’inventivité fiscale la plus débridée, justifie toutes les interventions pour s’immiscer chaque fois plus loin dans la vie privée d’autrui (qu’il convient de dénoncer puisqu’elle est par définition contraire à l’intérêt général).

    • Donc vous trouvez normal qu’on paye 10c alors que le prix est de 4, que les autres consommateurs financent et qui n’ont pas été consultés! Puisqu’ils veulent auto consommer et bien qu’ils assument tout seuls! Les citoyens n’ont pas à payer pour quelques privilégiés qui veulent faire bande à part et vivre en autarcie!

  • Beaucoup de biens communs nécessaires au fonctionnement de notre type de société (électricité, santé, sécurité, autoroutes, assurances, finance, etc. etc.) sont des pompes à fric pour une multitude d’acteurs, dont l’Etat. Les façades vertueuses cachent souvent des pratiques douteuses voire mafieuses. Cet article a le mérite de nous éclairer sur les dessous d’une certaine conception fondamentaliste de l’écologie. Mais évitons les guerres de religions !

  • Les commentaires sont fermés.

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