Quand Hidalgo coince ses bulles

Les pouvoirs publics sont incapables de prendre en charge les personnes en situation de précarité.

Par Serge Federbusch.

Tout à son agitation pré-pré-électorale et à ses tentatives pour faire oublier la crasse dans les rues parisiennes et la multiplication du nombre de sans-abris dans une ville censément parmi les plus riches du monde et en tout cas les plus chères à vivre, Hidalgo a eu une idée de génie : on va installer ces pauvres hères dans une centaine de bulles XXL.

Il faut espérer que les conditions d’hygiène, d’asepsie et la promiscuité ne seront pas propices à toutes les contaminations et violences que la concentration de populations précaires dans des espaces réduits et des structures légères produit généralement.
La bulle Hidalgo plus forte que la tente Decathlon : cette mairie est gonflée ! Pourquoi pas une Clochlib’, à emprunter sur un cintre, à monter vite fait et à remettre en place une fois le jour venu ?

Le premier problème est que les populations concernées sont largement composées de réfractaires à toute forme de regroupement plus ou moins forcé. La question des sans-abris est de plus en plus liée à celle des clandestins. La fragmentation en groupes linguistiques, nationaux, ethniques et religieux est un comportement spontané. On voit comment Afghans et Africains cohabitent à Calais ou sous le métro aérien de Barbès pour comprendre que leur coexistence n’a souvent rien de pacifique.

Aussi faudra-t-il bientôt ouvrir des bulles Hidalgo par religion et nationalité. Pour le sexe, ou plutôt le genre comme ils disent, le pas est déjà pris : un « bain-douche sera réservé aux femmes » par la mairie. Pour plus de quiétude, elles sont priées de venir voilées ?

Surtout, tout cela est cautère gonflable sur jambe de bois. Il suffit de se promener dans la plupart des grandes villes et capitales européennes pour constater que les SDF y sont nettement moins nombreux qu’à Paris, voire qu’ils y sont absents. C’est l’incapacité des pouvoirs publics à insérer les personnes en situation de précarité dans des parcours où ils retrouveront un travail et un logement qui est la cause profonde de cette situation. L’appareil social français, boursouflé et ruineux, nécessite pour son entretien des charges et cotisations qui rendent les petits boulots non rentables et envoient chaque année des dizaines de milliers d’individus dans la grande précarité. Une sorte de tonneau des Danaïdes de la misère.

Autre observation politiquement incorrecte : les surprotections dont bénéficient les locataires se retournent en fait contre eux car très nombreux sont les propriétaires qui ne veulent plus louer, surtout des petites surfaces à des individus ayant des revenus faibles ou précaires. La crainte de ne plus être payé et de ne pas pouvoir expulser conduit au refus de signer un bail.

Ce ne sont donc pas des bulles Hidalgo à forte dimension de communication politique qui règleront cette affaire. Elles risquent tôt ou tard d’apparaître comme de nouvelles pustules dans un paysage parisien déjà dégradé par la gestion municipale.

Quant aux observations faites par la Cour des comptes en 2011 :

De nombreuses mises à la rue pourraient être évitées par une politique de prévention plus efficace ; la politique de l’hébergement des personnes sans domicile a été élaborée par l’État sans que celui-ci se soit donné les moyens d’une meilleure connaissance des personnes concernées ; les acteurs demeurent trop nombreux et insuffisamment coordonnés, et les relations entre l’État et ses partenaires associatifs restent encore très largement perfectibles

elles n’ont malheureusement pas pris une ride.