Témoignage : futur chômeur, tu vas morfler… Et tout le monde s’en fiche

Un témoignage sur la difficile relation entre des entreprises qui luttent pour leur survie et des pouvoirs publics pas trop pressés de lutter contre le chômage.

Par François Lainée.

Éviter la mort des entreprises, c’est lutter contre le chômage au moins aussi efficacement qu’en en créant de nouvelles. Les pouvoirs publics y travaillent, avec des méthodes immuables depuis des décennies.

Mais quand des méthodes nouvelles et bien plus efficaces, issues du Big Data, sont à portée de main, c’est la débandade. Tous les prétextes sont bons pour ne pas être celui par qui le mieux arrive, ou est juste essayé. Futur chômeur, ne rêve pas d’un miracle pour garder ton emploi, Pôle emploi va s’occuper de toi.

Préserver l’existant : une priorité négligée, avec application

La sagesse des affaires, en matière de clients, c’est de donner une priorité absolue à soigner les clients existants. Il est en effet bien plus difficile de convaincre un nouveau client que de conserver un client déjà acquis, pour qu’il fasse à nouveau appel à vous.

Cette règle, pratiquée par tous les chefs d’entreprise, s’applique aussi au développement des entreprises, et notamment des PME (pour nous, entreprises de plus de 50 personnes). Il est infiniment plus facile de faire des efforts pour éviter à une PME de disparaître que d’en créer une nouvelle.

Et pourtant, cette règle de bon sens est obstinément ignorée des pouvoirs publics, qui abritent pourtant tant d’agents et de services impliqués dans le « développement économique ». Obstinément car, même lorsque des idées simples sont apportées pour faire mieux avec moins, tous les acteurs potentiels trouvent une bonne raison de ne surtout rien faire.

Voyons comment, voyons pourquoi…  Récit de l’itinéraire d’un citoyen consultant au pays des faux-semblants.

Le Big Data au service de la survie des entreprises : une arme anti chômage exceptionnelle

Tout d’abord, comment les pouvoirs publics travaillent-ils aujourd’hui à préserver les entreprises ?

Ils y œuvrent, c’est certain, avec des ressources et méthodes en place de longue date. Localement, dans les régions, des fonctionnaires, au sein de divers services (la préfecture, la direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement, la Banque de France, les Douanes…) veillent au tissu local. Sous l’impulsion des Commissaires au Redressement Productif (CRP), une fonction créée par Arnaud Montebourg, et qui a survécu à l’arrivée d’En Marche, ces veilleurs se réunissent régulièrement pour recenser les nouveaux cas difficiles, évoquer les actions possibles, faire le suivi des plans arrêtés précédemment, prendre acte des sauvetages et des décès.

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En général, les régions ont aussi des budgets pour financer des interventions de consultants spécialisés auprès d’entreprises identifiées comme en difficulté et « stratégiques ». Expérience personnelle de ces interventions : elles peuvent être étrangement mal ciblées, et trop tardives.

Ainsi, dans les appels d’offre que j’ai vu passer dans une région qui m’avait sélectionné comme consultant, il était question d’intervenir pour aider un club hippique employant une petite dizaine de personnes. Pourquoi pas ? Mais des entreprises de 7 personnes, il y en a beaucoup, beaucoup plus que des PME de 50 personnes ou plus, et le montage d’un dossier de présentation, la mission de diagnostic, ont à peu près la même complexité et le même coût. Il vaudrait mieux cibler les plus grosses entreprises, s’il y en a en difficulté. Or, même si les pouvoirs publics l’ignorent, c’est toujours le cas.

Une autre fois, avec une collègue consultante, nous avons été appelés pour aider une entreprise de 60 personnes, dans le secteur des tissus techniques, plombée par une hausse dramatique du prix des matières premières fournies par une entreprise dont un des principaux actionnaires était… un grand acteur public du financement des entreprises. Le temps que nous prenions contact avec le dirigeant, il avait déposé le bilan, et la société était passée aux mains d’un liquidateur. Nous avons eu un mal fou à rencontrer cet intervenant, et n’avons eu aucune chance même de chercher un repreneur pour la société. Et soixante chômeurs de plus… Et de l’argent public gaspillé sans aucun retour sur investissement.

Et pourtant… Il y a un moyen malin de faire bien mieux que cela. Un moyen numérique, utilisant intelligemment le fameux Big Data. Ce moyen c’est… le scoring de risque de défaillance. Cette solution a été développée par Altares, une entreprise française qui utilise une source de données très astucieuse ; grâce à un panel de fournisseurs de produits que toutes les entreprises achètent, les délais de règlements de facture de toutes les entreprises françaises sont ainsi suivis, en continu. Certaines entreprises règlent à temps, d’autres en retard de façon chronique.

En régime normal, ce délai est surtout un marqueur de la culture de l’entreprise, de la personnalité de son dirigeant, de ses processus de recouvrement. Mais, quand l’entreprise commence à connaître ou simplement à anticiper des difficultés, les délais de paiement, sous l’impulsion du dirigeant, s’allongent par rapport à ‘la normale’ de l’entreprise. Cette anticipation par le dirigeant est la clé de la puissance de cet indicateur. Il permet de détecter les difficultés potentielles de l’entreprise très tôt, (presque) aussi tôt que le dirigeant de l’entreprise

Ainsi, en suivant l’évolution dans le temps, en continu, des délais de paiement des entreprises, Altares peut identifier les entreprises à risque, dès l’apparition des difficultés potentielles. Pour simplifier la lecture de cette situation, Altares a élaboré un score de risque, de 0 à 10. Plus le score est bas et plus l’entreprise est en danger ; il se corrèle en particulier avec le taux de disparition des entreprises à moyen terme, 6 à 9 mois après l’entrée dans les niveaux de score à risque. Ce délai est capital ; il permet d’organiser les actions de soutien (paiement accéléré des factures publiques, apport de financement, recherche de partenariats…) en bénéficiant de temps, ce qui est majeur pour leur donner la meilleure chance de succès.

Ces arguments, bien sûr, ressemblent à un plaidoyer commercial pour la solution que propose Altares : un abonnement aux données de délai de paiement et de risque des entreprises. Mais cette efficacité n’est pas que théorique. J’ai eu l’occasion de participer à deux séances d’une cellule de veille régionale, ces réunions animées par les CRP, pour partager avec les participants les analyses des données sur les entreprises locales à risque, telles que connues par la cellule et telles que vues par la solution Big Data.

Et le verdict est sans appel :

  • Une anticipation assurée : l’analyse des scores des entreprises recensées par la cellule de veille montre qu’elles étaient effectivement dans les zones de risque, faible ou fort, au moment de leur entrée dans le radar de la cellule. Mais elle montre aussi qu’elles l’étaient déjà depuis plusieurs mois. L’emploi de ces données aurait donc permis d’engager une veille, adaptée au niveau de risque, bien plus tôt, augmentant encore le délai possible pour intervenir.
  • Une bien meilleure couverture : l’examen des scores de toutes les PME de la région montre que la cellule avait identifié à peu près 50% des entreprises à fort risque, et 20% des entreprises à risque. Une couverture très partielle, résultat naturel d’un dispositif humain basé sur les interactions, nécessairement pointillistes, des membres de la cellule avec le tissu économique. Résultat d’autant plus naturel que, le plus souvent, la cellule n’apprend les difficultés de l’entreprise que par l’aveu ou l’indiscrétion d’un « sachant », dirigeant, employé ou syndicaliste. Alors que le Big Data scrute et révèle toutes les entreprises en permanence.

Bien sûr le score n’est pas déterministe. Toutes les entreprises qui ont à un moment une note de 6 ne vont pas disparaître dans l’année qui suit. Mais certaines vont le faire, et une PME de 500 à 2000 personnes, outre les emplois, génère de la richesse pour la collectivité via les innombrables taxes et impôts auxquels elle est soumise. En moyenne plus d’un million d’euros par an (notamment par les charges sociales). Et chaque région compte plusieurs centaines de ces PME. Alors, si l’abonnement aux données coûte quelques dizaines de milliers d’euros par an, il suffit que ce dispositif allonge la vie d’une seule PME un mois pour être plus que remboursé. Le retour sur investissement semble faramineux, sans même y inclure le bonheur des chômeurs évités et de leurs familles préservées.

Au moins, cela paraît mériter un test, en vraie grandeur, sur une année ou deux. Et pourtant…

Belle idée mais… allez donc voir à côté

Aucun acteur public, parmi tous ceux qui pourraient mettre en œuvre cette solution, ne veut s’en emparer. Un tour systématique auprès de ces fonctionnaires du développement économique le révèle : partout on préfère ronronner, partout on se moque en fait de faire mieux face au chômage, et partout on habille cette fuite sous des arguments politiquement corrects et bien commodes pour les consciences endormies. Petite visite guidée de ces abandonnistes :

  • Les équipes de veille économique des régions

Quelques mails à des fonctionnaires du développement économique des régions ont été le premier pas. Logique a priori, le développement économique est une compétence primaire des régions. Comme toujours dans ces démarches, très faible écho ; tout le monde est débordé et, sauf à être recommandé…

Exception toutefois pour une région, où le Commissaire au Redressement me renvoie un signe d’intérêt. Un rendez-vous s’organise, et je rencontre cet homme et le responsable du sujet à la région. Le CRP, un ancien militaire qui semble mener ses opérations avec beaucoup de motivation et d’organisation, mène la discussion. Le régional, plus effacé, écoute sans questions jusqu’à ce qu’arrive un moment où, devant l’envie d’essayer du CRP, il doit prendre position. En effet, comprends-je alors, c’est lui qui tient les budgets, le Commissaire est (presque) sans le sou, et de toute façon l’initiative n’a pas de sens s’il s’y engage tout seul ; les deux hommes sont supposés marcher main dans la main.

Alors, mon régional remue sur sa chaise, dodeline de la tête, et finit par déclarer que c’est certainement très intéressant mais… cela ne serait-il pas bien plus efficace si l’initiative était conduite de Paris. Surpris, parce que les régions, comme toutes les collectivités territoriales, sont tellement vocales au sujet de leur indépendance, contre le jacobinisme centralisateur. Pour être bien certain de comprendre ce qui le bloque, je lui demande de préciser ce qu’il attend, plutôt que de s’aider lui-même, ainsi que les futurs chômeurs de sa région. La réponse embrouillée fait penser au capitaine Haddock tentant de se débarrasser du sparadrap collé à son costume… En gros, au nom d’une supposée efficacité liée cette fois-ci à la force du centre, « laissez moi roupiller ».

Mais le CRP ne l’entend pas (encore) de cette oreille. Après avoir laissé le régional retourner à sa sieste, il m’explique qu’il n’a pas le budget pour le fonctionnement de ce système en production, il peut éventuellement financer un pilote, mais il faudra bien sûr trouver un porteur pour la suite, sinon le pilote n’a pas de sens.

Pragmatique, énergique, ce Commissaire est la première (et la seule) bonne surprise de ma recherche. Il est donc convenu que je participe, en avant pilote, à deux réunions de la cellule de veille pour exposer le dispositif à l’ensemble des veilleurs locaux, et pour comparer les performances de la veille traditionnelle et de la veille Big Data. Deux séances qui seront pour le CRP aussi l’occasion de réveiller les veilleurs, notamment la Banque de France qui tout à coup expose qu’elle dispose elle aussi de scores, ce qu’elle n’avait pas mis dans le panier jusque là (bonjour la coopération des pouvoirs publics au service des citoyens), et de mesurer les couvertures de veille relatives de la version tradition et de la moderne.

In fine, le CRP, grande classe, me défraiera des dépenses engagées pour ce très court échange, et devra bien admettre que personne ne le suit dans son envie d’essayer de faire mieux

  • Les élus des régions

Je passerai ici sur les présidents de région qui, comme leurs équipes, n’ont jamais répondu à mon courriel, adressé à chacun. Je passerai aussi, c’est presque la même chose, sur les deux qui m’ont répondu par courrier par « très intéressant, nous notons au cas où un jour, nous ouvririons ce chantier ».

Arrêtons-nous plutôt sur le cas plus riche d’un vice-président au développement économique, conseiller de ministre en même temps, que mes réseaux me donnaient de connaître. Il m’invite rapidement à venir le rencontrer dans son fief, m’écoute, et semble vraiment comprendre le potentiel de ce dispositif. Un espoir me vient, je pense que le personnage a une certaine puissance de décision, surtout dans son domaine. Mais il conclut par un « merci, c’était très bien. Je vais en parler au président », qui me laisse un peu pantois. Je ne croyais pas que la région était une telle dictature.

L’été passe, et rien. Curieux de le relancer, je fais quelques recherches sur Internet et découvre que les mois passés ont bouleversé l’échiquier. Après une démission inattendue du despote précédent, le président, maintenant, c’est lui. Je le félicite en reprenant contact, pour lui demander comment mettre en œuvre ce chantier dont l’idée lui plaisait tant. Et là, mauvaise surprise, il m’invite à rencontrer une de ses collaboratrices, dont le titre ne laisse rien présager de bon en termes d’autonomie et de décision, sauf s’il a lui-même donné des instructions très claires, ce qui n’est pas évident.

Second voyage, et réunion dans une vaste salle tristounette, mais moins que la discussion elle-même. Soucieuse de ne pas décevoir le président dont elle a reçu une mission d’accueil, la dame m’écoute, acquiesce à la sagesse du président qui a repéré la bonne idée, puis explique que les forces régionales sont en pleine réorganisation, avec en particulier une discussion sensible sur un projet commun avec la Banque de France. Tout cela est humain, donc évidemment compliqué, mais l’enjeu est majeur, et l’aboutissement positif est certain, seul le délai ne l’est pas. En attendant, fais-je remarquer, les entreprises décèdent, et le chômage monte. Les chiffres des trois années précédents le montrent sans aucun doute. « C’est vrai, c’est terrible », concède la brave femme, mais rien à faire, la vraie priorité c’est l’organisation de ces relations inter-administrations. Bravo monsieur le président, dont le camp sera balayé aux élections suivantes, comme le sera sans doute son successeur, s’il est fait du même bois.

  • Le ministère de l’Industrie et son service stratégie :

Les acteurs locaux n’étant pas capables de s’automotiver, j’ai eu l’occasion d’évoquer l’idée à des camarades d’école au ministère de l’Industrie, à la DGCIS (Direction Générale de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services). C’est l’endroit du ministère où on a le temps, et la mission de concevoir la politique industrielle du pays. Apparemment idéal pour faire émerger de nouvelles problématiques, de nouvelles approches.

Effectivement, mon contact comprend très vite, voit bien le bénéfice potentiel, et conclut avec une évidence : « Ton idée est très bonne, mais nous ne sommes pas des opérateurs. Il ne nous appartient pas de mettre en place un service qui est clairement du ressort des régions ». Je confirme et nuance : « Dans un monde idéal, tu as raison bien sûr, mais les régions… font l’impasse. Alors il faut un coup de main d’ailleurs, et pourquoi pas du centre, avec une intelligence et des incitations. » Mais ce n’est pas le dogme, et les penseurs ne sont pas des agissants. La piste est une impasse. Tant pis pour les chômeurs en gestation.

  • La BPI et un de ses grands directeurs

Dans la galaxie des astres publics du champ économique, il y a un nouveau soleil : la Banque Publique d’Investissement. Toutes les ressources publiques d’appui au développement, à l’innovation, et en plus une banque avec des missions de facilitation des financements en limite du marché. Et un concentré d’énarques. Des gens intelligents, et qui parfois se mettent en marche.

Je prends contact avec un directeur que je connais personnellement, de vies professionnelles antérieures. « Belle idée », me répond-il rapidement par courriel, « j’en parle à l’équipe autour de moi. » Pas mal, mais incertain. Soit ce grand chef a envie, et il va chercher à convaincre, soit il lance une bouteille à l’eau, et elle va couler.

La réponse vient bientôt : coulé ! « L’idée est vraiment très intéressante. Et (donc) nous n’allons pas la mettre en œuvre. D’une part parce que nous ne voulons pas prendre la place d’autres acteurs qui pourraient vouloir s’en emparer. Et puis parce que cela pourrait être en conflit d’intérêt avec notre activité bancaire. » Là, franchement, j’ai l’impression qu’un faux-cul me prend pour une bille. Mais nous sommes en terrain d’intelligence et de politiquement correct. J’accepte avec humilité, je ne suis pas au niveau pour comprendre cette robuste logique. Mais je retiens surtout. Chômeur en devenir, ne compte pas sur nous.

  • La Banque de France

La liste des acteurs potentiels commence à se réduire. Mais, surprise, dans un pince-fesses public, je croise des anciens de mes réseaux, qui travaillent dans des services pertinents de la Banque de France. Incorrigible optimiste, je leur fais part de mes idées et observations, et évoque l’emploi plus fluide qui pourrait être fait des connaissances économiques de la Banque, et en particulier des scores dont elle dispose.

Mais on m’explique le dogme : ces scores ne sont pas faits pour cela, et ne peuvent pas être diffusés aussi simplement. Il faudra donc une révolution philosophique au sein de la Banque de France pour songer aux chômeurs. Il est vrai que les banquiers ne sont guère concernés directement. Souhaitons leur de bons séminaires, pour découvrir un jour les terrae incognitae du service public.

  • Les ministres et leurs conseillers

C’est le dernier espoir, le lieu où on imagine que tout devient possible, juste si on le veut. Qui plus est, j’ai la chance de pouvoir proposer l’idée à un rouage En Marche, au sein de ce nouveau pouvoir qui se veut différent, et orienté vers l’action. Aussi l’idée a-t-elle été transmise, comme un exemple d’action simple et évidemment bénéfique que pourrait annoncer le gouvernement, à l’occasion d’une des nombreuses réformes en cours.

Mais au sommet des montagnes les vents tournent souvent à l’ouragan. Et il en est de même aux sommets de l’État. Des bourrasques ont dû emporter l’idée vers les zones du néant. Trop simple sans doute, pas assez de marqueurs En Marche, juste pas le bon moment, le bon endroit. N’oublions pas que le travail d’un conseiller ministériel c’est (de la bouche même de l’un de mes amis qui était chef de cabinet), 90% du temps, de parer les missiles qui peuvent atteindre le ministre, et 10% des idées qui peuvent le faire briller dans les médias. Allez, tant pis, En Marche ou À l’Arrêt, les chômeurs attendront, que leur entreprise meure.

En vérité : le confort avant tout – le chômage, on ne connaît pas

Et voilà, vous avez compris. Nous sommes chez Guignol, au théâtre public de marionnettes dont vous êtes invités à être de dociles financeurs et spectateurs. Aucun acteur public, parmi tous ceux qui pourraient légitimement mettre en œuvre cette solution, ne souhaite s’en emparer. Et pendant ce temps-là, les entreprises meurent, tandis que les secours publics roupillent tranquillement.

Vous croyiez encore un peu au slogan merveilleux des « Paroles et des Actes » ? Eh bien non, ces fonctionnaires sont juste des humains, totalement téléguidés par ce qu’ils comprennent être leurs objectifs, rétifs au changement, et absolument sans courage pour initier un mouvement collectif.

Or, parmi leurs objectifs, hormis pour le CRP, la sauvegarde des entreprises est noyée parmi d’autres, et aucune promotion ne viendra du sauvetage d’une entreprise ou deux.

Et, il est vrai, l’emploi de ces solutions demande de modifier des habitudes ancrées. Aujourd’hui les cellules de veille s’autorégulent par le volume de dossiers qu’elles peuvent traiter. Le constat d’une couverture de 20 à 50% des entreprises pertinentes incite à penser qu’il faudrait multiplier les effectifs par trois ou quatre, pour assurer le même suivi. Évidemment impossible par temps de restriction budgétaire. Mais l’argument est faux ; à ressources constantes, une meilleure connaissance des entreprises à risque permettrait de cibler les efforts sur les plus gros enjeux et, hélas, de choisir en conscience les entreprises qu’on abandonne à leur sort sans appui public. Une nouvelle méthode, qui peut se mettre en place en quelques séances avec un appui méthodologique externe. Mais apprendre collectivement une nouvelle façon de penser, choisir en pleine conscience ceux que l’on n’aide pas, c’est au-dessus des forces des décideurs publics, sur ce domaine précis.

Et puis enfin il y a l’argument de défausse : je suis prêt à suivre, si quelqu’un s’empare de l’idée. Pour éviter que cela se produise, très intelligemment, il a été décidé de ne donner aucune équipe, presque aucun budget, et bien sûr aucun pouvoir au CRP, le seul dont l’existence n’est justifiée que par le sauvetage d’entreprises.

Ainsi (ne) marche (pas) notre pays, sur la tête et dans un brouillard de com. Au pays du développement économique public, on cherche vainement des hommes courageux. Mais voyons le verre à moitié plein : c’est le signe qu’au moins là, l’égalité hommes-femmes est déjà pleinement atteinte.

François Lainée est président de CetaData.

 

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