Pôle Emploi en grève contre l’efficacité numérique

Grève à Pole emploi : la révolution numérique risque de rendre ses services trop efficaces !

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pole emploi-Champardennaisaxo...(CC BY-ND 2.0)

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Pôle Emploi en grève contre l’efficacité numérique

Publié le 7 mars 2017
- A +

Par H16.

Ce dimanche, j’évoquais la gréviculture et nos syndicats si efficaces pour conserver leur emploi mais pas le travail dans les entreprises où ils sévissent. Aujourd’hui, l’actualité me sert sur un plateau un nouvel épisode rebondissant de leurs actions si délicieusement en phase avec la société et le monde réels.

On apprend en effet que nos gréviculteurs professionnels de chez SNU-FSU, FO, la CGT et Solidaires ont appelé les agents de Pôle Emploi à des débrayages lundi 6 mars. Avouons au passage que faire la grève dans la boutique dont l’objectif est de trouver un emploi permet d’élever le cynisme au rang d’art, d’autant plus lorsqu’on découvre la raison qui anime nos pépiniéristes du piquet de grève : la numérisation avancée de l’ensemble des activités de l’établissement public impose de redéployer 2500 à 3000 conseillers Pôle Emploi vers des activités de suivi et d’accompagnement des chômeurs.

La goutte qui fait déborder le vase

Et ça, c’est la goutte de sueur qui fait déborder le syndivase : cette « dématérialisation à outrance » leur fait redouter la disparition complète de certains postes.

Rendez-vous compte : avec ce numérique qui s’insinue partout, Paul Employ va subitement devenir efficace au point de donner plus de temps aux agents pour s’occuper directement des chômeurs ; 12.000 d’entre eux sont en effet employés à calculer l’indemnisation des chômeurs, alors que les avancées informatiques permettent d’en réduire le nombre. C’est proprement scandaleux, mais ce n’est pas tout : une partie de ces conseillers va devoir modifier sa façon de travailler, ce que redoute par dessus tout Jean-Charles Steyger du syndicat SNU-FSU (à vos souhaits), et ce alors que leur activité existe « depuis plus de 40 ans ».

Pauvre Paul Employ !

Quelle tristesse ! 40 ans de savoir-faire quasi-artisanal, de petits cerfas minutieusement concoctés, de formulaires en triplicatas tendrement assemblés par des attaches-trombones ouvragés de haute main, le tout dans l’ambiance studieuse des Ateliers Nationaux de Fabrication de Chômeurs ! Remettre en cause Paul Employ, c’est mettre en péril ce qui est devenu un véritable savoir-faire, une marque de fierté nationale, l’emblème de tout un pays, et, pire que tout, en introduisant l’informatique, que dis-je, en uberisant l’établissement à coups de simplification numérique, en laissant le chômeur utiliser Le Bon Coin, appeler un ami ou utiliser le 50/50. Quelle horreur !

Ah, vraiment, ce pays est croquignolet : les salariés d’un établissement public destiné à l’emploi se mettent en grève parce que l’évolution technologique menace leur emploi… Difficile de ne pas y voir la synthèse parfaite des problèmes qui minent la France : syndicalisme idiot, grève contre-productive et carrément cynique dans le contexte, refus du changement, combat d’arrière-garde contre le progrès, repli sur soi.

Qui que soit l’élu en mai de cette année, on sent nettement la taille de l’obstacle qu’il (ou elle ?) devra surmonter.


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  • Ce serait encore plus drôle si c’était pas si grave…. Merci pour votre ton léger 🙂

  • « Que dire de Pôle emploi quand la seule évocation du nom suscite courroux et indignation, résignation ou révolte ? en réalité, les plus satisfaits sont ceux qui se trouvent avantageusement derrière les guichets et qui organisent à leur profit ces « cérémonies de disqualification statutaire » (Garfinkel), ces rendezvous humiliants et déshumanisants pendant lesquels le « sans-nom » devenu « usager-usagé mais jamais citoyen » doit entreprendre des démarches dégradantes comme se désigner publiquement sans emploi. Quel gouffre entre l’urgence de celui qui, sans ressources, ressent l’angoisse de la pauvreté, et la lenteur historique d’une bureaucratie kafkaïenne qui bénéficie de traitements généreux, de tickets restaurant et autres menus cadeaux et qui, telle une nomenklatura de sinistre mémoire, participe à des séminaires dans des établissements de luxe (hôtelrestaurant Relais et châteaux). Quelle compétence réelle possèdent les conseillers quand Lynda Lavitry observe qu’ils ne sont là que par défaut, à la suite de parcours précaires dans le secteur privé ou d’échecs à d’autres concours ? De nombreuses catégories de fonctionnaires bénéficient de revenus plus élevés que dans le secteur exposé à l’insécurité en travaillant beaucoup moins alors que ce sont les derniers qui paient les rémunérations des premiers, au prix d’efforts considérables et en prenant de nombreux risques. On marche sur la tête. Cette forme anonyme de détournement de deniers publics, à l’origine d’une très grave fracture sociale, fait naître une société de défiance. Elle produit une violence d’autant plus inacceptable qu’elle s’exerce sournoisement : « Qui croit prendre le méchant en flagrant délit, ne trouve qu’un innocent : à la  place de la mauvaise intention, on ne trouve plus, dans  le  détail,  que  d’excellentes  dispositions :  naturellement le méchant veut toujours notre bonheur ». V Jankélévitch, Le Mal, Philosophie morale, 1998. » Extrait de L’Etat peut nuire gravment à la santé » Editions La Part Commune 2017.

  • Le souci c’est qu’en général dans ce genre de situation de changement important, vous avez :
    – une Direction dans sa tour d’Ivoire technocratique qui perçoit problèmes et solutions au travers du seul prisme de zolis tableaux d’indicateurs et qui impose au marteau-pilon en oubliant / minimisant l’importance de l’accompagnement au changement (élites énarques et autres profils A+ vs. employés petites-gens) ;
    – Ces mêmes Directoires qui bouffent sans sens critique les recos BS de la transformation digitale à tout va de cabinets de conseil par ce que c’est la hype du moment, recommendations qui dans le meilleur des mondes fonctionne peut-être, mais dans l’implémentation réelle, requiert un brin plus de réflexion, et se retrouve souvent mal intégré, peu pérenne, et finalement énième outil technologie à la mode du moment
    – des syndicats /représentants du personnel braqués d’avance, qui arrivent à la table de négo partant du principe que c’est une énième quenelle qu’on essaie de glisser au personnel (compte tenu du mode opératoire bourrin des décideurs, ce scepticisme a du sens)
    – des employés qui finalement n’ont pas trop leur mot à dire, subissent finissent par se ranger derrière un discours de statu-quo radical de syndicaliste

    Une entreprise / organisation humaine n’est pas un lot de pions uniformes et interchangeables sur un échiquier : on ne recase pas en un claquement de doigts quelqu’un qui pratique les calculs d’indemnisation depuis 10-20 ans, potentiellement en fin de carrière, à faire complètement autre chose, style conseiller des chercheurs d’emploi. Ceci est un exemple sans doute extrême, mais même en restant dans un même métier (celui de conseiller par exemple), dans un environnement où la procédure est imposée à la virgule, apprise par coeur et déroulée machinalement par des employés exécutants formatés à cela depuis des lustres (et ne parlons même pas des outils et systèmes informatiques sous-jacents qui doivent encore cajoler windows XP…), changer les pratiques mérite sans doute un peu plus de tact que de débouler avec des gros sabots pour chambouler les pratiques en mode « j’ai 30 piges, chui diplomay en community management snapshit et je vais vous überiser la gueule, quoiii ».

    Dans ce genre de transfo, il est facile d’être d’un bord comme d’un autre d’être catégorique et simplificateur dans l’analyse des frictions, minimiser l’aspect humain et sa plasticité d’esprit cultivée pendant des années, s’étonner des résistances et les clouer sur la place publique au lieu de les résoudre proprement. Cas d’école.

  • Aux dernières nouvelles la grève a été suivie par 1.74% du personnel ?. Un tel succès était prévisible dans la mesure où Popol emploie un grand nombre de contractuels.

  • Paul Employ pourra toujours se consoler auprès de Jacky Socio

  • Les commentaires sont fermés.

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