Les « ressources humaines » vues par Envoyé Spécial

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Capture d'écran de l'émission "Envoyé Spécial" sur YouTube

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Les « ressources humaines » vues par Envoyé Spécial

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 mars 2018
- A +

Par Antoine Lafond, chargé de Communication RH et Marque Employeur.

Début mars, au cours d’un repas de famille, mon père m’a averti qu’un « reportage cinglant sur les ressources humaines » passerait dans l’émission présentée par Élise Lucet, « Envoyé spécial ». À cette annonce, je n’ai pu m’empêcher d’esquisser un sourire narquois.

Pour vous plonger dans le contexte, afin que vous compreniez mieux ma réaction, je suis un ancien journaliste (certainement pas de la trempe de celle des journalistes du programme susmentionné), qui vient d’achever sa reconversion en RH (après une formation de 25 mois). Le traitement médiatique de la fonction m’intéresse, donc, forcément…

J’ai vite compris, en lisant le sommaire de l’émission, que « nous » allions (encore) en prendre pour notre grade (pour rester poli). Le résumé du reportage parle d’un « directeur des ressources humaines » qui a officié dans des « multinationales », et dans divers secteurs. Cet « homme » (toujours pour rester poli), aurait « congédié au total 1 000 personnes », précisant, au passage, que cela représenterait « un salarié tous les sept jours ».

Le court texte parle également du « ranking forcé », ou forced ranking, pour les anglophones. Une pratique « en vogue dans de nombreuses entreprises », selon votre témoin. Et que dire du titre ? Un surnom très évocateur et qui suffit à planter le décor : « l’exécuteur » ! Le sensationnalisme à l’état pur.

Pour Virginie Vilar et Laura Aguirre de Carcer, les « journalistes » (vous savez pourquoi je mets leur profession entre guillemets) qui ont réalisé ce reportage, Didier Bille, le DRH « bourreau », est ce que l’on peut appeler le client parfait : direct, sans filtre, n’hésitant pas à donner des détails croustillants, face à la caméra, et jouant parfaitement le jeu. Par exemple, on ne dit pas « Comment licencier quelqu’un », mais on donne plutôt des « Astuces pour licencier ». Pardonnez mon langage, mais ça fleure l’exagération à plein nez. Que cette tournure vienne du témoin, ou de la rédaction de l’émission, importe peu. Elle est là. Écrite et bien mise en évidence. Informer c’est choisir, et rien dans ce reportage n’est innocent.

A-t-on le point de vue d’autres professionnels des ressources humaines ? Non. A-t-on l’expertise d’un juriste en droit social ? Non. A-t-on des explications sur les procédures de licenciement et notamment sur la mise à pied à titre conservatoire ? Non. Précise-t-on qu’une mise à pied à titre conservatoire ne débouche pas systématiquement sur un licenciement ? Non. Précise-t-on la différence entre un licenciement pour faute et un licenciement pour insuffisance professionnelle ? Non. Voit-on la réalité ? Non. Le spectateur ne voit qu’une réalité.

Oui, licencier des collaborateurs est une des missions des ressources humaines. C’est un fait. Mais la manière de s’en séparer ne dépend pas de la fonction RH, elle dépend de l’homme ou la femme qui incarne la fonction. De sa personnalité. De ses valeurs. De sa déontologie. De son éthique.

Le problème, c’est qu’un RH gentil, ce n’est pas vendeur, que ce soit à la télévision, ou au cinéma. Vous ne savez pas ce que cela fait, vous qui exercez un métier mis en lumière par Les hommes du présidentSpotlight, ou plus récemment Pentagon Papers. « Nous », ce sont des images de chemises déchirées, d’un homme In the air ou d’une femme trop Corporate.

Montrez une autre réalité ! Personne ne vient faire de reportage, lorsqu’un professionnel des ressources humaines recrute son millième candidat. Personne ne vient faire de reportage, lorsqu’un professionnel des ressources humaines sauve, ou tente de sauver des emplois. Personne ne vient faire de reportage, lorsqu’un professionnel des ressources humaines met en place une politique de gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC) gagnante. Personne ne vient faire de reportage dans les écoles de ressources humaines, pour voir ce que l’on y apprend. Pensez-vous que j’y ai appris à être un « exécuteur » ?

Je sais que j’aurai à congédier des collaborateurs, et je sais quelle procédure je devrai appliquer (imposée par le Code du Travail, soit dit en passant). Mais si un jour on me demande d’appliquer les « astuces » de Monsieur Bille, c’est-à-dire « inventer », « exagérer », « scénariser », ou encore pratiquer le forced ranking, alors je passerai mon tour, quitte à être « remercié » par ma hiérarchie. C’est une question d’estime de soi. Les turpitudes de Monsieur Bille n’engagent que lui. Il est particulièrement malvenu de laisser croire que les pratiques détestables de ce personnage seraient banales dans la profession et que la maltraitance envers les salariés serait notre quotidien.

Alors chère Élise Lucet, voici ce que je vous propose, à vous et aux journalistes de l’émission. Venez faire un tour dans les formations RH et discuter avec les étudiants et les intervenants professionnels qui donnent des cours. Venez vivre le quotidien des responsables ressources humaines, qui font leur travail de manière éthique et déontologique. Venez vous rendre compte que les RH ne sont pas des « exécuteurs » aux pratiques condamnables, au moins moralement.

Certes, ce sera moins choc et explosif qu’un prétendu directeur des ressources humaines qui milite pour un management par la peur, ou qui incite à la magouille, mais vous montrerez (enfin) une autre réalité. Celle que l’on ne montre pas assez. Celle qui fait peut-être moins vendre, mais qui m’évite des réflexions à table le dimanche.

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  • @L’auteur de l’article, je suis touché par votre article, car il remet votre métier en perspective. Lorsque’ancien banquier, je voyais des reportages qui stigmatisaient les aspects négatifs de la profession, j’étais choqué également, j’y voyais une caricature trompeuse. Pourtant, il existe des gens biens dans tout les métiers dans le votre, et ce qui fut le mien. Je n’ai pas vu le reportage, je ne crois plus vraiment au journalisme de nos jours. Celui ci a perdu de sa pensée critique, et de son esprit d’analyse tout court. Seuls compte l’audience, et le tirage, ainsi qu’en la capacité critique du spectateur. Aujourd’hui je ne saurais dire, si le spectateur à les journalistes qu’ils méritent, ou l’inverse, Qui est la cause et la conséquence de qui…mais le résultat n’enrichi personne et crée un climat dépressif

  • Que ce soit sur ce sujet , ou sur d’autres traités par cash investigation, Elise Lucet pratique le pire du journalisme . Elle croit que le monde se divise entre les bons et les méchants . Elle se prend pour le chevalier blanc et à ce titre tous les moyens sont bons , même la désinformation et toutes le méthodes les plus éprouvées de la propagande. Dans le numéro de cash consacré aux pesticides , toutes les infos données sont soient fausses, soient biaisées ou partielles.

    • @ Hautefeuille
      Il est vrai que les émissions d’Élise Lucet étaient novatrices dans le ton et la formule, AU DÉBUT!

      Maintenant, je ne regarde plus! Elle n’a pas évité les pièges connus: « faire le buzz », « choquer », le manichéisme: les « bons » (salariés) et les « méchants » (patrons ou capitalisme), la généralisation de méthodes marginales, l’absence de référence à la loi ou à la justice: en bref, provoquer « l’émotion » et le sentiment « d’injustice »!
      Il n’y a plus aucune vraie pédagogie et c’est triste!

  • Cela aurait été un bon film « policier » de soirée, si à la fin le méchant s’était retrouvé assassiné en pleine rue. Hélas le sadique continue sa sale vie et maintenant se vautre devant les caméras. Mais au fait ce monsieur existe-il vraiment ou est-ce un reportage bidon. Car s’il est réel le film va devenir policier avec un mort à l’appui dont nous connaissons déjà le nom. A suivre la suite de ce feuilleton épisode 2 dans un temps proche.

    • Ces pratiques existent, certains y excellent. Vous avez de la chance de ne jamais y avoir été confronté. Le tort de Mrs Lucet consiste à faire penser que tous les rh se comportent ainsi.

  • Au-delà de la caricature d’une profession ces pratiques journalistique rentrent dans le cadre de la pensée unique visant à discréditer le monde de l’entreprise. Même si par une politique volontariste nous arrivions à réduire le taux de charges des entreprises françaises, il n’est pas certain que ce pays retrouve sa compétitivité. Pour redonner confiance aux investisseurs il faudra retrouver le climat apaisé nécessaire à la bonne marche de l’entreprise, en 30 années de pensée unique l’éducation nationale, les médiats et nos hommes politiques socialistes de fait ou rampants ont perverti les esprits en créant une vision manichéenne du XIX em de l’entreprise, les patrons sanguinaires, sexistes, racistes et les pauvres esclaves travailleurs courageux et dévoués, comment s’étonner alors que 60% de nos jeunes souhaitent travailler dans le secteur public, et que les autres sont de plus en plus nombreux à vouloir s’expatrier ?

    • Une des difficultés à laquelle nous sommes confrontés, c’est de réussir à prendre la mesure réelle des problèmes qui se posent dans ce fichu pays.
      Votre commentaire dresse une perspective qui me semble tout à fait pertinente

  • A quand un numéro de cash sur le taux d’absentéisme dans la fonction publique territoriale ????????

    • a quand un N° avec GERARD FILOCHE
      pour faire le compte du nombre d’entreprises qu’il a détruit et le nombre surtout d’employés qu’il a mis sur la paille (au chômage et aprés la descente aux enfers)
      dans le privé Mr FILOCHE n’aurait pas tenu un mois je dirais meme avec son état d’esprit il n’aurait pas pu être embauché.
      et notre très chère administration confie a ce genre de personnage la vie de nos entreprises
      pourquoi tous ces employés qui se retrouvent sur le carreau (chômage) ne déposent pas plainte contre ces fossoyeurs

    • ou sur les entorses graves à la déontologie journalistique dont cette personne est un exemple parfait

  • Elise Lucet est une gauchiste dans une télé de gauche. Il ne faut donc jamais regarder ses émissions dont le contenu est complètement falsifié!

  • Le travail d’Elise Lucet n’appartient pas au journalisme mais au pur militantisme écologiste et anti-capitaliste.

  • Bien sûr ce que fait MrsLucet ne fait pas de journalisme honnête. Elle fait ce que l’on on nomme du journalisme « engagé  » c’est à dire qu elle fait passer « sa » vérité. Une fois dit ça ce qu elle décrit existe bel et bien . Je l ai vu et en bien plus violent que ce qu elle décrit et qui ferait passer Mr Bille pour un amateurs. .. Nous sommes dans une société en perte de vitesse dans bien des secteurs. Le job des rh est souvent de licencier et à moindre coût. Les « bons » ne font pas dans la dentelle . C’est ce qu on veut d eux . Bien sûr comme dit l auteur, libre à chacun de refuser. Une de mes amies en a eu marre de passer ses journées à licencier, elle se est reconvertie mais à du mal à en vivre.

    • Il y a aussi des criminels et des assassins, le travail de journaliste n’est pas de faire passer ceux qui ont une caractéristique commune avec un criminel pour des criminels eux-aussi.

  • Je suis bien d’accord avec Hautefeuille ; pour avoir suivi 2 ou 3 reportages de cette … journaliste, dans des domaines que je connaissais j’ai pu juger de son incompétence et de son parti pris. Sa technique est toujours la même, elle prend les 10% les « pires » du métier (dans tout métier il y a et sur tout sujet, 10% de pires, 10% d’exemplaires et 80% de « normaux). Elle ne prend QUE ce 10% et tend à faire croire qu’ils représentent 100% du métier. Incompétence ou parti pris ? Je ne sais pas mais sa technique est tout sauf de l’investigation.

  • Ce reportage, comme la plupart de ceux émanant du ministère de la propagande à la solde de l’empire du Bien, relève, sans aucune ambiguïté, des fake news.
    Pourrait-il tomber sous le coup de la loi (liberticide) en préparation ?
    Il faudrait être bien naïf pour l’espérer.
    L’empire du Bien a des définitions qui ne fonctionnent qu’à sens unique (comme le racisme pour prendre un seul autre exemple…)

  • les journalistes des médias publics n’ont aucun problème éthique a simplement parler des services publics..ça ne semble pas leur venir à l’esprit qu’ils puissent avoir un biais.

  • il est vrai que les médias actuels sont plus proches d’un travail propagandiste qu’un véritable travail de journalisme impartial (si ça existe) …de là à dire que tout est faux et biaisé j’y mettrais un bémol..pour avoir travaillé dans l’industrie, avoir été licencié économiquement et avoir cotoyé des RH je n’en ai pas forcément une bonne opinion..idem pour ma recherche d’emploi par la suite,entre entretiens  » psy » et tests dégradants les Rh sont sans cesse en recherche d’innovations scabreuses pour recruter du personnel pas forcément compétent mais qui ont passé leurs critères douteux et alambiqués.

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