Non, le moteur de l’économie n’est pas l’argent, c’est l’échange

L’argent serait une finalité de l’économie ? Et s’il n’en était qu’un élément, tandis que le plus important serait l’échange ?

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Non, le moteur de l’économie n’est pas l’argent, c’est l’échange

Publié le 19 février 2018
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Par Eddie Willers.

Lorsque nous évoquons les sujets économiques, nous avons régulièrement l’impression que le sous-jacent final de la discussion est l’argent. Au final, il semblerait que l’économie ne soit qu’une question de flux financiers. C’est d’ailleurs une finalité que nous retrouvons régulièrement dans les raisonnements socialistes : augmenter le SMIC (argent), partager les profits (argent), encadrer les loyers (argent) …

Pourtant l’argent n’est qu’un élément de l’économie mais le réacteur de cette dernière est bien autre, c’est l’échange. Voyons pourquoi.

Nous autres, individus, cherchons à être heureux. Plus quelque chose nous rend heureux et plus elle nous est utile. Pour autant, nous n’avons pas tous la même définition du bonheur : un match de foot et des bières suffisent au mien, pas sûr que ce soit le cas pour certains de mes collègues. Nous n’accordons donc pas la même utilité à certains biens et produits.

Nous n’avons également pas tous les mêmes talents : certains sont doués pour la musique, d’autres pour écrire, d’autres pour compter etc. Imaginons le cas d’un pêcheur. Tous les jours, il part en mer et ramène des bars délicieux. Le bûcheron, lui, adore le bar, il accorde donc à ce produit une forte utilité. Le pêcheur, lui, a besoin de bois pour construire ses bateaux et aller pêcher, il accorde donc une forte utilité au bois.

Le pêcheur et le bûcheron ont donc un intérêt naturel à échanger du bois contre des bars. Le bûcheron propose au pêcheur d’échanger un tronc contre cent bars. Le pêcheur n’est pas satisfait de cette proposition : en effet, pêcher cent bars lui demande énormément d’efforts et il sait qu’avec cent bars il sera en mesure de nourrir sa famille pendant plusieurs jours. Donc le surcroît d’utilité de posséder un tronc ne compenserait pas l’utilité qu’il retire actuellement de ses cent bars.

Finalement, ils décident de s’entendre sur dix bars contre un tronc, l’échange se fait, chacun en ressort donc plus heureux qu’avant puisque chacun a accru son utilité (bonheur) personnelle. C’est le système du troc qui a prévalu jusqu’à l’instauration de la monnaie.

Néanmoins, nous nous rendons évidemment compte des problèmes liés au troc : il est plus difficile de trouver une parité entre les produits ; clémentines et blé ne s’échangent pas au même moment de l’année, donc certains échanges sont exclus du système de troc…

Il faut dès lors un outil qui mette de l’huile dans les rouages, et cet outil, c’est la monnaie. Je ne vais plus échanger un bien ou un service directement contre un autre bien ou service qui accroît mon utilité mais contre un bien tiers. Ce bien tiers devra avoir une valeur pérenne dans le temps et être reconnu et accepté de tous. Les métaux précieux  se sont donc imposés naturellement comme monnaie car ils ne s’altéraient pas au fil du temps, on ne pouvait pas en trouver ou en créer de façon régulière et ils avaient une utilité naturelle, notamment en joaillerie du fait de leur éclat.

Il est alors bon de rappeler l’exemple des mines d’argent de Potosi. Lors de leur conquête de l’Amérique du Sud, les Espagnols découvrent des mines d’argent dans cette ville de l’actuelle Bolivie. L’exploitation de ces mines crée alors un afflux énorme d’argent en Europe tant et si bien que cela y crée de l’inflation. Comme il y a davantage d’argent-métal en circulation, il perd en utilité, il est devenu une commodité, et les individus demandent donc davantage de pièces en échange de bars ou de troncs d’arbres.

Lorsque nos banquiers centraux impriment de la monnaie ils font exactement la même chose qu’à Potosi. Et l’être humain qui répond à des incentives, demande plus de monnaie pour un bien : c’est l’inflation. Augmenter la quantité de monnaie ne génère pas de bienfaits pour l’économie car elle est un facilitateur d’échange. Ce qui compte c’est ce que vous pouvez obtenir comme biens et services avec une monnaie.

Essayez de payer votre baguette de pain avec des dollars zimbabwéens : même en en proposant des milliards, le boulanger n’en voudra pas car il sait qu’ils ne seront potentiellement pas acceptés chez le fermier pour acheter du lait.

Dès lors, pour augmenter le bonheur de chacun il faut que nous ayons accès le plus facilement possible aux biens et services produits par d’autres personnes et que nous puissions compter sur un intermédiaire d’échanges fiable, dont la valeur ne change pas en quelques mois. Il faut également faire en sorte que nous puissions produire plus efficacement, c’est-à-dire en utilisant moins de ressources, ces biens et services.

Et historiquement, la seule recette qui a été capable de concilier tous ces ingrédients portait un nom : la liberté.

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  • Vous avez fait la démonstration que l’argent est le sous-jacent nécessaire aux échanges (sans monnaie, l’échange redevient le troc). Donc c’est bien le moteur de l’économie.?!

    • L’auteur mélange monnaie et argent

      • La monnaie devrait je pense être vue comme une créance sur la production de biens & services d’une économie. Les possesseurs de monnaie peuvent se rendre sur les »marchés et y faire valoir leurs droits sur la production en présentant ces créances ;

        Si vous augmentez arbitrairement la quantité de créances sans augmenter la production (toute choses égales par ailleurs) vous créez du rationnement à court terme et de l’inflation à long terme, mécaniquement.

        Le moteur de l’économie est d’abord la productivité, la question de la monnaie vient ensuite.

        • Ce que vous décrivez est l’argent, la monnaie crédit ou monnaie régalienne : ce sont des « droits » (des créances) définis et garantis par l’Etat.

          Ça n’a rien à voir avec la monnaie qui est juste une reconnaissance de dette et qui ne produit aucune inflation, mais une déflation naturelle.

          Je vous prête 10 kg de blé en échange d’une reconnaissance de dette (monnaie) – dans ce mécanisme, il ne peut y avoir d’inflation car la monnaie est toujours liée à une production.

          • Je ne voulais pas décrire la monnaie régalienne mais bien la monnaie fiduciaire moderne (la monnaie privée).

            La différence est que dans votre exemple la reconnaissance de dette porte sur une quantité donnée de bien (10kg de blé) et donc la valeur réelle du titre ne peut pas varie).

            La monnaie fiduciaire que les entreprises empruntent et émettent elle voit sa valeur négociée sur les marché de biens tout les jours. Une entreprise peut vous payer 1000e de salaire mais la valeur réelle de ces 1000 euros dépendra principalement des prix pratiqués par les autres entreprises sur les marchés.

            De ce fait, plus ont émet de titres (monnaie) arbitrairement, plus on laisse la possibilité aux entreprises d’absorber le surplus de créances en haussant leurs prix nominaux. Certes les profits augmentent alors mais le revenu réel d’une unité monétaire diminue, d’ou l’inflation.

            Les politiques de relance Keynésienne mal calibrée sont décriée pour cette raison. Un déversement de liquidités augmente la masse monétaire et si la productivité ne suit pas ces liquidités seront négociées au rabais sur des marchés de biens et services atones.

            • Non l’inflation ne fonctionne pas de cette façon avec la monnaie fiduciaire ; c’est le prix d’émission (le taux d’intérêt) qui régule la vélocité et donc l’inflation.

              Ce que vous dites est vrai avec une monnaie régalienne indexée sur un ou plusieurs métaux : le volume total de métal de référence étant une constante, la production s’évalue par rapport à cet étalon. Il n’y a pas de prix nominal avec une monnaie fiduciaire, parce qu’il n’y a pas de référence.

              • « Non l’inflation ne fonctionne pas de cette façon avec la monnaie fiduciaire ; c’est le prix d’émission (le taux d’intérêt) qui régule la vélocité et donc l’inflation. »

                Ben les politiques monétaires et le pilotage du taux d’intérêt ont pour objet de jouer sur la liquidité dans l’économie.

                Les politiques monétaires et le pilotage des taux produisent leurs effets en influant sur la liquidité dans l »économie. Pareil pour les opérations de marché des BC;
                La vélocité est une conséquence et non une cause de l’inflation.

                • Bizarre : vous avez vu beaucoup d’inflation depuis les années 70 malgré les relances Keynesiennes à foison? Les faits contredisent totalement ce que vous dites. Les relances keynésiennes ne produisent pas d’inflation : elle créent de la dette souveraine pour zéro résultat.

    • Le carburant, sans doute. Mais vous aurez beau agrandir le réservoir d’essence, votre moteur ne tournera pas plus vite.

    • @leLiberalSolidaire

      L’argent sert à quantifier l’échange, à lui donner une valeur. Il remplace le bien contrepartie du troc. L’échange est plus fluide de cette manière et sa portée plus grande.

      • @DavidJ
        Bonsoir,
         » L’échange est plus fluide de cette manière et sa portée plus grande. »
        Et cela évite de se promener avec un tronc d’arbre sous le bras. 🙂

  • Ça commence très bien : l’avantage comparatif (Ricardo) est bien le moteur de l’économie : c’est la différenciation (l’inégalité) qui permet les gains de productivité (l’économie de moyens)

    Et puis … plouf !

    La monnaie régalienne (les trucs avec la figure d’un souverain gravé dessus : pièces, billets …) ne sont pas nécessaires à l’échange, pas plus que le troc n’est à l’origine de celui-ci : vous pouvez toujours essayer d’échanger des tomates en hiver !

    La monnaie régalienne est une invention récente, un monopole pour s’assurer du pouvoir en régulant les échanges par l’usage obligatoire d’un artefact créé avec un métal sans aucune utilité et rare (l’or). Le but : fabriquer de la monnaie ex-nihilo, contrôler l’économie et mettre en place des taxes et impôts.

    La monnaie dette est bien plus ancienne et est apparue avec l’écriture et les mathématiques c’est le contenu des tablettes babyloniennes à l’écriture cunéiforme (que l’on utilise toujours aujourd’hui sous la forme de IIIII groupés) elle sert à décrire une transaction juste (je te donne 10 boisseaux de blés contre 2 sacs de poissons) et à noter des dettes (tu me devra 2 sacs de poissons) le tout noté par un clerc (scribe, prêtre ;..) qui fait office de témoin.

    Donc l’argent (la monnaie régalienne) ne sert à rien dans l’économie à part renforcer le pouvoir de l’Etat et à lever des taxes. La seule monnaie utile est celle créée en contre partie de dettes parce qu’elle disparaît avec la libération, le remboursement de la dette.

    L’économie s’appuie sur l’échange et sur la dette. Pas la dette souveraine qui n’est qu’un déficit d’impôts, mais la dette commerciale qui est un gage de confiance.

    • @Stéphane Boulots
      Bonsoir,
      « Donc l’argent (la monnaie régalienne) ne sert à rien dans l’économie à part renforcer le pouvoir de l’Etat et à lever des taxes »
      Pour les taxes et les impôts, c’est moins visible quand il y a de l’argent, de la monnaie parce que pour l’dxemple de l’article avec les bars et le tronc d’arbre, l’Etat devrait couper 20% du tronc et 2 bars. Là, il y aurait un os bien visible.

  • En effet, le moteur de l’économie est l’échange, et plus généralement l’action humaine (voir le livre éponyme de Ludwig von Mises), car la production elle-même est une forme d’échange.
    Mais la monnaie n’en est pas le carburant, car contrairement à l’essence elle n’est pas consommée par l’échange, mais ne fait que changer de propriétaire. Si on veut vraiment une analogie mécanique, ce serait plutôt l’huile qui lubrifie le moteur et l’empêche de gripper.

  • L’auteur fait un mélange de termes : moteur et finalité, échange et argent… Tout cela est confus.

    D’abord, je ne crois pas que le troc d’objets « a prévalu jusqu’à la création de la monnaie », mais plutôt celui de service (les bras ou la compétence) ou de prêts (outils ou consommables). Je ne comprends même pas comment l’auteur peut imaginer que le troc d’objets tel qu’il donne un exemple ait pu exister (entre un bucheron et un pêcheur). Soit il y a une entente au préalable et on peut imaginer plutôt un travail de coopération entre individus ayant des compétences assez comparables, soit il s’agit d’un partage mais sans que forcément il ait été prévu de les troquer. L’auteur oublie totalement la charge de stockage, de leur protection, de l’intérêt des biens « troqués » en retour…

    Je crois que l’auteur fait une confusion entre l’activité quotidienne et les marchands ambulants.

    Les marchands ne sont pas des idiots : ils connaissent leurs intérêts et leurs gains, et s’ils ont utilisé une « monnaie », c’est d’abord pour ses qualités matériels propres (faible volume pour la valeur, inerte, imputrescible…).

    Au final, encore un article d’un libéral qui se targue d’avoir le meilleur système (liberté éco,soc,pol…) , mais qui finit par faire l’apologie du système chinois actuel (protectionnisme, favoritisme, interventionnisme, etc…), « parce que j’en ai plus avec mon argent! »

    Je ris et je suis déçu !

    • Le troc est une utopie, celle du bon sauvage qui coopère fraternellement avec les autres.

      Historiquement on a aucune trace de troc avant le néolithique et les tribus paléolithiques ont sans doute très peu utilisé le troc pour la simple raison qu’il est très rare qu’une tribu dispose de choses qu’une autre n’avait pas.

      La spécialisation et donc l’échange vient avec la révolution néolithique et la sédentarisation : il y a des traces de comptabilité (d’inscription de dettes) dès le 6° siècle BC, c’est à dire dès la naissance de l’écriture.

      • et à l’intérieur de la tribu la mémoire collective devait suffire pour que tous se souviennent des services réciproques rendus dans le passé, et sachent qui devait quoi à qui (incidemment et paradoxalement, c’est le principe de Bitcoin et autres cybermonnaies, mais transposé à l’échelle mondiale)

    • je ne vois le rapport ni avec le libéralisme en tant que doctrine, ni avec le système chinois

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Jean-Marc Daniel libéralisme
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Sur un ton constamment paisible et empreint de clarté, non dénué de petites touches d’humour et de bonne humeur, il parvient à nous captiver et à nous expliquer avec un grand sens de la pédagogie de nombreux mécanismes et faits d’actualité touchant à l’économie.

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