Non, le moteur de l’économie n’est pas l’argent, c’est l’échange

Handshake by Julia Taylor(CC BY-NC-ND 2.0)

L’argent serait une finalité de l’économie ? Et s’il n’en était qu’un élément, tandis que le plus important serait l’échange ?

Par Eddie Willers.

Lorsque nous évoquons les sujets économiques, nous avons régulièrement l’impression que le sous-jacent final de la discussion est l’argent. Au final, il semblerait que l’économie ne soit qu’une question de flux financiers. C’est d’ailleurs une finalité que nous retrouvons régulièrement dans les raisonnements socialistes : augmenter le SMIC (argent), partager les profits (argent), encadrer les loyers (argent) …

Pourtant l’argent n’est qu’un élément de l’économie mais le réacteur de cette dernière est bien autre, c’est l’échange. Voyons pourquoi.

Nous autres, individus, cherchons à être heureux. Plus quelque chose nous rend heureux et plus elle nous est utile. Pour autant, nous n’avons pas tous la même définition du bonheur : un match de foot et des bières suffisent au mien, pas sûr que ce soit le cas pour certains de mes collègues. Nous n’accordons donc pas la même utilité à certains biens et produits.

Nous n’avons également pas tous les mêmes talents : certains sont doués pour la musique, d’autres pour écrire, d’autres pour compter etc. Imaginons le cas d’un pêcheur. Tous les jours, il part en mer et ramène des bars délicieux. Le bûcheron, lui, adore le bar, il accorde donc à ce produit une forte utilité. Le pêcheur, lui, a besoin de bois pour construire ses bateaux et aller pêcher, il accorde donc une forte utilité au bois.

Le pêcheur et le bûcheron ont donc un intérêt naturel à échanger du bois contre des bars. Le bûcheron propose au pêcheur d’échanger un tronc contre cent bars. Le pêcheur n’est pas satisfait de cette proposition : en effet, pêcher cent bars lui demande énormément d’efforts et il sait qu’avec cent bars il sera en mesure de nourrir sa famille pendant plusieurs jours. Donc le surcroît d’utilité de posséder un tronc ne compenserait pas l’utilité qu’il retire actuellement de ses cent bars.

Finalement, ils décident de s’entendre sur dix bars contre un tronc, l’échange se fait, chacun en ressort donc plus heureux qu’avant puisque chacun a accru son utilité (bonheur) personnelle. C’est le système du troc qui a prévalu jusqu’à l’instauration de la monnaie.

Néanmoins, nous nous rendons évidemment compte des problèmes liés au troc : il est plus difficile de trouver une parité entre les produits ; clémentines et blé ne s’échangent pas au même moment de l’année, donc certains échanges sont exclus du système de troc…

Il faut dès lors un outil qui mette de l’huile dans les rouages, et cet outil, c’est la monnaie. Je ne vais plus échanger un bien ou un service directement contre un autre bien ou service qui accroît mon utilité mais contre un bien tiers. Ce bien tiers devra avoir une valeur pérenne dans le temps et être reconnu et accepté de tous. Les métaux précieux  se sont donc imposés naturellement comme monnaie car ils ne s’altéraient pas au fil du temps, on ne pouvait pas en trouver ou en créer de façon régulière et ils avaient une utilité naturelle, notamment en joaillerie du fait de leur éclat.

Il est alors bon de rappeler l’exemple des mines d’argent de Potosi. Lors de leur conquête de l’Amérique du Sud, les Espagnols découvrent des mines d’argent dans cette ville de l’actuelle Bolivie. L’exploitation de ces mines crée alors un afflux énorme d’argent en Europe tant et si bien que cela y crée de l’inflation. Comme il y a davantage d’argent-métal en circulation, il perd en utilité, il est devenu une commodité, et les individus demandent donc davantage de pièces en échange de bars ou de troncs d’arbres.

Lorsque nos banquiers centraux impriment de la monnaie ils font exactement la même chose qu’à Potosi. Et l’être humain qui répond à des incentives, demande plus de monnaie pour un bien : c’est l’inflation. Augmenter la quantité de monnaie ne génère pas de bienfaits pour l’économie car elle est un facilitateur d’échange. Ce qui compte c’est ce que vous pouvez obtenir comme biens et services avec une monnaie.

Essayez de payer votre baguette de pain avec des dollars zimbabwéens : même en en proposant des milliards, le boulanger n’en voudra pas car il sait qu’ils ne seront potentiellement pas acceptés chez le fermier pour acheter du lait.

Dès lors, pour augmenter le bonheur de chacun il faut que nous ayons accès le plus facilement possible aux biens et services produits par d’autres personnes et que nous puissions compter sur un intermédiaire d’échanges fiable, dont la valeur ne change pas en quelques mois. Il faut également faire en sorte que nous puissions produire plus efficacement, c’est-à-dire en utilisant moins de ressources, ces biens et services.

Et historiquement, la seule recette qui a été capable de concilier tous ces ingrédients portait un nom : la liberté.

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