Augmentation du travail détaché : nos coûteuses charges sociales en cause ?

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Travailleur by SFEPbancourt(CC BY-NC 2.0)

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Augmentation du travail détaché : nos coûteuses charges sociales en cause ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 février 2018
- A +

Par Eric Verhaeghe.

Au-delà des déclarations complaisantes sur les victoires que Macron enregistrerait sur le travail détaché au niveau européen, l’analyse factuelle du dossier montre que le nouveau Président est en train de se prendre un immense râteau. Au point qu’il doit multiplier les gesticulations en droit national pour dissimuler son magistral échec.

La presse évite soigneusement de rappeler les déclarations ronflantes d’Emmanuel Macron à peine élu sur le travail détaché : initialement, le Président avait annoncé que les règles auraient changé pour le 15 juin. Puis, l’Élysée avait expliqué que la réforme européenne interviendrait à l’automne, « pour que nous puissions construire une vraie refondation de cette directive européenne du travail détaché ».

Dans la pratique, l’accord de l’automne n’a débouché que sur un compromis minimal, avec une réduction modeste de la durée de détachement, qui n’intégrait pas le transport (grand pourvoyeur de travailleurs détachés). Pour Macron, ce dossier n’est qu’une Berezina européenne parmi d’autres. Dans la pratique, rien ne change vraiment.

Des annonces fumeuses sur le travail détaché

Donc, Muriel Pénicaud a repris le dossier en main, avec une mission officielle : cacher la poussière sous le tapis. Elle s’est livrée hier à des annonces en ce sens, prononcées avec d’autant plus de roulements de mécanique qu’elles sont vides de contenu.

Ainsi, la ministre a dégainé l’arme du shaming contre les entreprises qui ne respecteraient pas les règles en matière de travail détaché :

 La généralisation de la publication des condamnations pour travail illégal.

On durcit le ton, donc, contre les contrevenants. Mais pendant ce temps, les règles ne changent pas et ceux qui les respectent ont encore de beaux jours devant eux. Rappelons qu’en 2017, plus de 500 000 travailleurs détachés seraient intervenus en France.

De façon très symptomatique, Muriel Pénicaud a beaucoup communiqué sur le nombre de contrôles effectués… en 2016. Selon les informations révélées par Le Monde, le nombre de contrôles se serait effondré en 2017.

Tous ces eurolâtres qui détestent le libre échange

Sur le fond, le paradoxe du gouvernement est bien connu.

D’un côté, Emmanuel Macron a décroché son élection avec force déclarations europhiles voire eurolâtres. Quel bien n’a-t-il pas dit de ce projet communautaire supposé nous rendre heureux, avec ses grandes valeurs « d’ouverture » sur le monde.

D’un autre côté, le même Emmanuel Macron n’a pas tardé à expliquer que le marché unique et le libre-échange au sein de la zone euro, voire de l’Union, devait obéir à des règles… protectionnistes. La libre concurrence est une bonne chose quand elle est faite par des pays qui ont la même protection sociale ubuesque que la France. Sans quoi, il s’agit de concurrence déloyale et il faut fermer les frontières.

L’idée avait même traîné un temps d’imposer aux travailleurs détachés de payer des cotisations sociales en France le temps de leur détachement, en contradiction avec le règlement de 1975 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale. On le voit, l’imagination de la technostructure française est sans limite lorsqu’il s’agit d’exiger un alignement de tous les Européens sur notre toxique sécurité sociale.

L’inquiétante augmentation du nombre de Français… détachés en France

Selon les chiffres du gouvernement lui-même, près de 40 000 salariés français sont désormais détachés… en France. Le phénomène n’est pas étonnant : pour diminuer le coût du travail, certaines entreprises préfèrent « immatriculer » leurs salariés français dans des pays où la protection sociale est moins coûteuse.

Cette formule astucieuse permet de contourner les délirantes cotisations imposées aux entreprises pour assurer des salariés qui sont souvent peu consommateurs de soins. Le gouvernement devrait méditer longuement la portée de ce chiffre.

Car il est très probable que, dans la concurrence généralisée, mondialisée, continentalisée, à laquelle les entreprises françaises sont confrontées, les différentiels de coût, quo’n le veuille ou non, pèsent. Et, très probablement, la France a désormais atteint une frontière.

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  • Si des entreprises font effectivement un calcul lié au coût des charges sociales, pour les entreprises de bâtiment pour lesquelles je travaille, le recours au travail détaché est uniquement motivé par le manque de main d’oeuvre française, qualifiée ou non …
    Le coût du recours est identique voir supérieur à la main d’oeuvre française (il faut bien payer les intermédiaires et s’assurer de la concordance de salaires avec les salariés français en cas de contrôle).
    La barrière de la langue complique souvent le management de ces salariés détachés mais il est indéniable que leurs capacités de travail sont bien souvent supérieures à celles des autochtones.
    Comme toujours la réalité impose la nuance ….

    • je ne peux que confirmer vos propos : pour reprendre une expression datée, on manque de bras dans le bâtiment.

      • Et bien s’il manque de bras, loi de l’offre et de la demande, augmentez les salaires, financez des formations, ça donnera des vocations.
        C’est sûre ça coutera toujours moins cher d’aller cherchez la main d’oeuvre en Moldavie, en plus quand ils sont en France, la famille est loin, ils s’emmerdent le week end, ça fait des heures supp à gogo et ça fait travailler les putes. Remarque, elles aussi sont détachées. vive le travail détaché, vive les putes.

  • @Tigrou au final c’est le client qui paie. Augmenter les salaires revient à faire payer plus cher les clients, comme vous et moi… et encore faut-il que la productivité du salarié permette de compenser son coût pour l’entreprise, ce qui, avec les charges sociales en France, devient de plus en plus compliqué ! Donc non malheureusement, il n’y a pas que la loi de l’offre et de la demande qui régit le niveau de rémunération ! une entreprise n’a pas les moyens de rémunérer un ouvrier 10 ke / mois pour la réalisation d’un travail qui rapporte 3ke

    • Que les client payent le juste prix, oui, et « avec les charges sociales » : les cotisations sociales servent à payer les retraites et la santé de vos salariés. On pourrait supprimer ces cotisations et les donner aux salariés pour qu’ils prennent tout ça en charge individuellement, mais salaire ou cotisation, ces coûts resteraient des coûts, faudrait bien financer les retraites d’une manière ou d’une autre.
      Le travail détaché, ça consiste justement à payer les retraites au tarif des pays de l’est, et comme vous dîtes, vous êtes en concurrence, entrepreneur du batiment vous êtes obligé de participer à ce système pourri jusqu’à l’os.
      Et pendant que 30% des jeunes sont au chômage ici, on va chercher des travailleurs détachés à 2000km, c’est absurde.

  • Les commentaires sont fermés.

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