Révolution numérique : l’État sait toujours où tu es

La confidentialité de notre position est l’un des sept droits à la vie privée et nous pouvons dire qu’à moins de contre-mesures actives, ce droit a entièrement disparu dans le passage de l’analogique au numérique.

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Révolution numérique : l’État sait toujours où tu es

Publié le 15 février 2018
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Par Rick Falkvinge.

Même les dystopies du siècle dernier (1984Le Meilleur des MondesColossus, etc.) ne sont pas parvenues à rêver une telle abomination : chaque citoyen est dorénavant porteur d’un dispositif de localisation gouvernemental. Et non content de simplement le transporter, il en a lui-même fait l’acquisition. Même Le Meilleur des Mondes n’avait pas pu imaginer cette horreur.

Cela a commencé innocemment, bien sûr. Comme c’est toujours le cas. Avec les nouveaux « téléphones portables », ce qui à l’époque signifiait « pas de fil à la patte », les autorités ont découvert que les gens continuaient à appeler les numéros d’urgence (112, 911, etc.) depuis leurs téléphones mobiles, mais qu’ils n’étaient pas toujours capables d’indiquer eux-mêmes où ils se trouvaient, tandis que le réseau téléphonique permettait désormais de le faire.

Indiquer sa position est devenu obligatoire

C’est alors que les autorités ont imposé que les réseaux téléphoniques soient techniquement capables de toujours indiquer l’emplacement d’un client, au cas où il appellerait un numéro d’urgence. Aux États-Unis, ce dispositif était connu sous le nom de loi E911.

C’était en 2005. Les choses ont rapidement mal tourné depuis. Imaginez qu’il y a seulement 12 ans, nous avions encore le droit de nous balader librement sans que les autorités puissent suivre chacun de nos pas, eh oui, cela fait à peine plus d’une dizaine d’années !

Auparavant, les gouvernements fournissaient des services permettant à chacun de connaître sa position, comme c’est la tradition depuis les phares maritimes, mais pas de façon à ce qu’ils puissent connaître cette position. Il s’agit d’une différence cruciale. Et, comme toujours, la première brèche a été celle des services fournis aux citoyens, dans ce cas des services médicaux d’urgence, et seul les plus visionnaires des dystopistes s’y seraient opposés.

Qu’est-il arrivé depuis ?

Des villes entières utilisent le suivi passif par Wi-Fi pour suivre les gens de façon individuelle, instantanée et au mètre près dans tout le centre-ville.

Les gares et les aéroports, qui étaient des havres respectant notre anonymat dans le monde analogique de nos parents, ont des panneaux qui informent que le Wi-Fi et le Bluetooth passifs sont utilisés pour suivre toute personne qui seulement s’approcherait, et que ce suivi est relié à leurs données personnelles. Correction : ces panneaux informatifs existent dans le meilleur des cas, mais le pistage est toujours présent.

La position des personnes est suivie par au moins trois… non pas moyens mais catégories de moyens différents :

Actif : vous transportez un détecteur de position (capteur GPS, récepteur GLONASS, triangulation par antenne-relais, ou même un identificateur visuel par l’appareil photo). Vous utilisez les capteurs pour connaître votre position à un moment donné ou de façon continue. Le gouvernement s’arroge le droit de lire le contenu de vos capteurs actifs.

Passif : vous ne faites rien, mais vous transmettez toujours votre position au gouvernement de façon continue via un tiers. Dans cette catégorie, on trouve la triangulation par antenne-relais ainsi que les suivis par Wi-Fi et Bluetooth passifs qui ne nécessitent pas d’autre action de l’utilisateur que d’avoir son téléphone allumé.

Hybride : le gouvernement vous localise au moment de ratissages occasionnels et au cours « de parties de pêche ». Cela inclut non seulement les méthodes reliées aux portables mais aussi la reconnaissance faciale connectée aux réseaux urbains de caméras de surveillance.

La confidentialité de notre position est l’un des sept droits à la vie privée et nous pouvons dire qu’à moins de contre-mesures actives, ce droit a entièrement disparu dans le passage de l’analogique au numérique.

Nos parents avaient le droit à la confidentialité de leur position, en particulier dans des endroits animés tels que les aéroports et les gares. Nos enfants n’auront pas de confidentialité de position d’une manière générale, ni en particulier dans des lieux tels que les aéroports et les gares qui étaient les havres sûrs de nos parents de l’ère analogique.

Aujourd’hui, comment pouvons-nous réintroduire la confidentialité de position ? Elle était tenue pour acquise il y a à peine 12 ans.

La vie privée reste de votre responsabilité.

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  • Bonjour

    La solution, éteindre son téléphone par défaut, et l’allumer si besoin.
    Après reste la reconnaissance faciale, ce sera difficile de s’y soustraire.

  • Il y a plus d’avantage à ce que l’on connaisse notre position que le contraire,par conséquent…..cela devient un droit d’avoir cette possibilité….y a vraiment des combats plus important que de sauvegarder sa vie privé surtout qu’en 2018 , si vous n’etalez pas votre vie privée sur facebook vous êtes un zéro , vous n’existez pas.

  • Quand un gouvernement, voire même plusieurs successifs ont décidé que tous les habitants sont des suspects, ils pistent leurs faits et gestes. Et leurs droits, leurs libertés ils n’en ont que faire.
    « Le Peuple n’a qu’un ennemi, sont gouvernement. » A. De Saint-Just.

  • La sécurité de l’individu comme alibi de la surveillance généralisée… En ce moment, Bruxelles nous rejoue la même farce, en imposant le système e-call dans toutes les voitures neuves. Côté pile : en cas d’accident, dès le déclenchement de l’airbag, et sans réponse de votre part, les secours seront dépêchés sur place, pour gagner de précieuses minutes dans votre sauvetage. Côté face : cette sécurité demandée par presque personne implique la présence d’un GPS (obligatoire donc) dans toutes les voitures…
    Alors bien sûr, on pourra se dire que si le tueur de Maelys avait utilisé une telle voiture, il aurait été confondu bien plus vite et le corps de la petite fille aurait pu être rendu depuis des mois à sa famille…
    Mais a-t-on besoin de surveiller 100 % de la population pour régler des incidents, accidents, délits ou crimes qui en concernent une infime partie ?
    Et puis, le GPS dans toutes les voitures – encore une fois, l’occasion fera le larron – c’est un excellent outil pour rendre les routes payantes. D’ici, mettons une vingtaine d’années, je vous fiche mon billet que vous serez taxés, au km, dès que vous déplacerez votre véhicule. On sent bien, ça et là, quand on est attentif aux discours de nos élites, la tentation d’un tel système. L’écotaxe pour tous, en quelque sorte !

    • Cette surveillance généralisée va faire le bonheur des fabricants de brouilleurs de GPS et portables ainsi que les étuis-cages de faraday isolant les portables et les documents portant des puces RFID.
      Leur vente est tout à fait légal même si l’utilisation des brouilleurs est théoriquement très réglementée en France (comme tout ce qui concerne les liberté individuelles…). On peut faire confiance à l’inventivité humaine pour développer des techniques permettant d’échapper aux griffes du contrôle étatique.

  • Les commentaires sont fermés.

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