Qui achète des obligations à taux négatifs ?

Veolia a emprunté 500 millions d’euros sur le marché obligataire, en novembre 2017, à taux… négatif. Pourquoi ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Véolia by Pierre-Alain Dorange(CC BY-SA 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Qui achète des obligations à taux négatifs ?

Publié le 28 janvier 2018
- A +

Par Guillaume Nicoulaud.

En novembre dernier, Veolia a emprunté pour 500 millions d’euros sur les marchés via l’émission d’une obligation qui arrivera à maturité le 23 novembre 2020 (dans 3 ans).

Jusqu’ici, rien d’extraordinaire : avec un endettement financier de l’ordre de 8.5 milliards d’euros, Veolia est un intervenant régulier sur le marché du crédit et les notes des agences — BBB selon Standard & Poor’s et Baa1 selon Moody’s — si elles ne témoignent pas d’une qualité de crédit exceptionnelle, place tout de même le groupe dans la catégorie des émetteurs dits investment grade.

Un taux d’intérêt à 0%

Ce que cette émission a d’extraordinaire, c’est que le taux coupon proposé par Veolia à ses créanciers Le taux d’intérêt que le groupe se propose de payer sur lesdits 500 millions d’euros était d’exactement 0% !— c’est-à-dire le taux d’intérêt que le groupe se propose de payer sur lesdits 500 millions d’euros — était d’exactement zéro pourcent (0%) ! Mieux encore : cette proposition a eu un tel succès (Veolia a reçu 4 fois plus d’offres qu’initialement demandé) qu’elle s’est finalement vendue à 100.0781 ce qui se traduit par un taux d’intérêt de -0.026%.

Concrètement, cela signifie que les investisseurs ont payé 100 078 euros pour une obligation qui ne leur versera pas le moindre intérêt et sera remboursée 100 000 euros dans 3 ans. On est naturellement en droit de se demander qui, avec de telles conditions, irait prêter à Veolia.

Une explication possible consiste à supposer que les investisseurs anticipent une importante déflation ; c’est-à-dire qu’ils pensent qu’un euro dans quelques années aura plus de valeur (de pouvoir d’achat) qu’un euro actuel de tel sorte que le taux réel, ajusté de la déflation à venir, serait en réalité positif. C’est une façon intéressante de voir les choses mais elle souffre néanmoins d’une faille importante. Si tel est le cas, si les investisseurs anticipaient effectivement une importante déflation, ils avaient une solution à la fois simple et plus rémunératrice : ne pas investir du tout.

Pourquoi l’obligation Veolia a du succès

Il y a, en réalité, deux facteurs qui expliquent le succès de l’obligation Veolia.

Le premier, est de nature réglementaire : il se trouve que la réglementation impose aux gérants de fonds (les OPCVM en droit français) de ne pas détenir plus de 10% de liquidités. En d’autres termes, quelles que soient les conditions du marché, nous sommes légalement tenus d’investir au minimum 90% des actifs qui nous sont confiés.

Or, dans un environnement où les taux des obligations d’État sont très largement en territoire négatif (à l’heure où j’écris ces lignes, les obligations d’État françaises à 3 ans affichent un taux d’environ -0.25%), l’obligation Veolia est une des moins mauvaises options disponibles.

Deuxième élément d’explication : quand la Banque Centrale Européenne pratique des taux d’intérêts négatifs sur les avoirs que les banques détiennent auprès d’elle, ces dernières font la même chose avec nous.

Concrètement, si le compte bancaire en euro d’un fonds est créditeur, il se verra appliquer un taux égal à celui du taux de dépôt au jour le jour de la BCE (la Overnight Deposit Facility) soit, actuellement, -0.40%. C’est-à-dire que, même si nous pouvions ne pas investir, nos liquidités subiraient un taux nettement plus négatif que celui de l’obligation Veolia.

Sur le web

  1. Note technique : le prix d’une obligation est toujours exprimé en pourcentage du pair lequel est, pour faire simple, le capital qui sera remboursé à maturité. Dans le cas qui nous intéresse, par exemple, c’est 100.078% de 100 000 euros soit 100 078 euros.
Voir les commentaires (6)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • Amusant … Et que trouve t on à la base ce cette hérésie ? La finance sauvage mondialisée devenue folle ? Que nenni : une réglementation délirante et ces petits messieurs de la BCE. C’est consternant.

  • vol organisé par les copains pour ruiner les classes moyennes

  • Pas plus étonnant que des gens plaçant leur économies sur un livret de caisse d’épargne, ils recherchent la sécurité plus que des gains. La sécurité a un coût d’ailleurs vous payez aussi pour enfermer votre argent dans une banque !
    Donc une obligation à coupon négatif n’est pas un investissement mais un stockage financier dans l’attente de jours meilleurs.

  • Très bon article. Il y a longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi clair à propos des taux d’intérêt négatifs.
    Chrématistique, professeur d’économie

  • la réglementation est une fois de plus contraire aux libertés !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Franky Bee.

Il y a quatre mois, nous alertions sur une fièvre spéculative incontrôlée qui s’emparait des marchés financiers, avec des achats en meute massifs sur des actions comme GameStop ou AMC, ainsi que sur la discrète complicité des différents régulateurs, et notamment les banques centrales.

Force est de constater que rien, ou presque, n’a changé. Certains investisseurs ont été une nouvelle fois pris de bouffées délirantes, et l’action AMC a de nouveau atteint en l’espace de quelques jours des niveaux record, totalement... Poursuivre la lecture

Par Patrick Aulnas.

Les États ayant une forte propension à s’endetter, ils n’apprécient pas le prêt à intérêt. Lorsque les dettes s’accumulent, les intérêts à payer augmentent fortement et constituent une charge importante.

Aussi, les gouvernants, aidés par la technocratie publique, ont-ils depuis toujours cherché à réduire les intérêts à verser, voire à les supprimer. La situation présente, avec des taux d’intérêt négatifs pour certains États, dont l’Allemagne et la France, n’est qu’un épisode supplémentaire dans une saga histo... Poursuivre la lecture

Par Fabien Giuliani.

Quel avenir pour Suez ? La proposition de Veolia d’acquérir les participations que détient Engie dans Suez (30 % du capital) relance le mythe de la création d’un champion national de l’eau-environnement. Celle-ci a fait l’objet d’un rejet unanime par le conseil d’administration de Suez à la fin du mois d’août.

La volonté d’Engie de se retirer du capital de Suez inquiète d’autant que les repreneurs français ne se pressent pas, et que les dernières opérations de fusion-acquisition tra... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles