Vous voulez déboulonner quelques icônes du mal ? Commencez par le Che !

Che Guevara by Antonio Amrin Segovia (CC BY-NC-ND 2.0)

Enlever tous les hommages d’État à Che Guevara ? Cela suscite une vive polémique.

Par Federico N. Fernández, depuis Rosario, Argentine.

Rosario est la deuxième ville la plus ancienne d’Argentine. Située sur les rives du fleuve Paraná, berceau des travailleurs, elle dispose d’un port très fréquenté et peut s’enorgueillir d’abriter le Monument national au drapeau ainsi que deux clubs de foot, le Rosario Central et le Newell’s Old Boys, dont l’âpre rivalité est légendaire dans le pays.

C’est aussi la ville de naissance d’Ernesto Che Guevara.

Parallèlement à la montée du populisme de gauche en Argentine et dans tout le reste de l’Amérique du Sud, ces quinze dernières années ont vu fleurir des hommages à la figure du Che, tous étant d’une manière ou d’une autre financés par l’État. Le plus imposant est une statue de 4 mètres de haut installée sur une place publique.

La Fondation Bases (Fundación Bases), dont le siège est situé à Rosario, s’est associée à la Naumann Foundation afin de lancer une campagne pour demander la suppression de tous les hommages d’État à Che Guevara. Nous savions qu’une telle action susciterait la controverse, mais honnêtement, nous étions loin de nous attendre au niveau de réaction qui s’est manifesté.

À propos de l’homme Che Guevara

Qui était donc ce Che Guevara ? Ernesto Guevara de la Selva (1928-1967), mondialement connu comme le Che, est issu d’une famille aristocratique désargentée. Il a poursuivi des études de médecine, mais alors qu’il était sur le point de les achever, il entreprit un voyage initiatique dans toute l’Amérique latine. En nombre de lieux où il passa, il fut témoin de dures réalités humaines et même de situations d’exploitation. Cette partie de sa vie a été portée à l’écran dans le film Carnets de voyage, son rôle étant joué par la star latino-américaine du moment, Gael García Bernal.

Mais à cette époque, il n’était pas encore communiste. Ainsi que l’explique Juan José Sebreli, il ressemblait plus à un aventurier en quête d’une cause à défendre, peu importait laquelle. En fait, il prévoyait d’aller en Europe, quand il rencontra les frères Castro au Mexique en 1955. Il se rallia à leurs projets et se transforma en révolutionnaire pour la « libération » de Cuba.

Sous le commandement de Fidel Castro, le Che obtint son unique victoire militaire. Toutes ses autres aventures révolutionnaires furent des désastres où il finit par trouver la mort. Cependant, pendant toute la prise de pouvoir à Cuba, il devint rapidement connu pour son insensibilité et sa violence. Il procéda à de nombreuses exécutions, tant avant qu’après l’accession des révolutionnaires au pouvoir, et c’est toujours avec la plus extrême précision qu’il racontait comment il avait fait sauter la cervelle de tel ou tel pauvre type. À l’Assemblée générale des Nations unies, il alla jusqu’à reconnaître que son gouvernement avait fusillé en nombre et qu’il continuerait à le faire tant que ce serait « nécessaire ».

Il était aussi à l’origine de l’ouverture du premier camp de concentration cubain – où les homosexuels et les chrétiens étaient torturés et rééduqués.

Cerise sur le gâteau, il pensait que la haine était la force la plus importante en ce monde et il vouait une grande admiration à Joseph Staline.

Sur le plan gouvernemental, il fut Président de la Banque centrale de Cuba et ministre de l’Industrie, deux fonctions dans lesquelles il échoua lamentablement. En tant que banquier central, il parvint ni plus ni moins à détruire la monnaie cubaine – qui avait été à parité avec le dollar pendant des décennies. En tant que stratège industriel, son administration était si chaotique qu’un pays des Caraïbes comme Cuba en vint à acheter des chasse-neige !

Le régime auquel le Che a prêté main-forte pour s’installer à Cuba est l’un des plus autoritaires du monde. Depuis le triomphe de la révolution en 1959, 10 000 personnes ont été exécutées, 80 000 sont mortes en tentant de quitter l’île, et 1,5 million ont été forcées de s’exiler.

Pour la suppression de tous les hommages au Che

C’est avec tous ces éléments en tête que la Fondation Bases a lancé sa campagne « Pour la suppression de tous les hommages à Che Guevara ». Nous demandons au conseil municipal de Rosario de procéder à la suppression de la pléthore de mémoriaux en tout genre qui ont proliféré en ville depuis une quinzaine d’années.

Nous savons qu’il sera difficile d’aboutir, car les politiciens qui ont entamé ce « Che business » sont encore au pouvoir. Mais nous savons aussi que nous lançons une discussion ainsi qu’un débat nécessaire.

Nous voulons que les jeunes qui portent des T-Shirts du Che sachent qu’il n’est pas un article de mode mais une froide machine à tuer. Porter un T-shirt à son effigie revient à en porter un avec le visage de Staline, Mao ou Hitler.

De plus, nous voulons expliquer aux habitants de Rosario que ce culte du Che est une falsification de l’Histoire. Les autorités locales qui l’ont élevé au niveau d’un saint laïc négligent de mentionner ses crimes pourtant bien documentés, mais aussi qu’il n’a rien fait pour l’Argentine. En réalité, il n’a vécu à Rosario que jusqu’à l’âge d’un an.

La Fondation Bases défend le libéralisme classique. Or le libéralisme classique, c’est l’anti-Che. Nous croyons à la coopération entre les individus et les nations, au libre-échange et à la paix. Pour reprendre les termes de notre Directeur général Franco López dans un entretien avec des médias colombiens, « nous sommes pour les droits de l’homme pour tous ; les opinions politiques de chacun n’ont pas à entrer en ligne de compte. »

Beaucoup d’amis et quelques ennemis

Dès son lancement, notre campagne a attiré l’attention des médias locaux. Et en juillet, Jack Aldwinckle a écrit un article d’une demi-page dans The Economist.

Suite à cela, l’attention des médias est montée en flèche. Depuis, nous pouvons dire que tous les journaux, toutes les radios et toutes les télévisions d’importance du pays ont couvert l’événement. Par exemple, dans La Nación – quotidien national argentin de référence – notre article a été le plus lu du jour.

Et ce n’est pas tout. Nous avons aussi capté l’attention de médias internationaux tels que La Razón (Espagne), El Mercurio (Chili), El Comercio (Pérou) et Radio Marti (Miami), pour en mentionner quelques-uns.

L’aide que nous avons reçue d’institutions et de personnes proches de nos idées libérales a été incontestablement l’un des grands moments de cette campagne. Citons des personnes formidables comme Bob Murphy, Gustavo Lazzari, Javier Milei, Steve Horwitz, Roberto Cachanosky et Marcelo Duclos ; et des think tanks comme Libertad y Progreso, Atlas NetworkAustrian Economics Center, Independent Institute, Relial, Mises Hispano, Instituto Juan de Mariana, etc.

La réaction de l’opinion publique générale a également été spectaculaire. Nos publications sur les réseaux sociaux sont abondamment partagées et retweetées. Dans l’ensemble, environ 65% des commentaires sont en accord avec notre campagne. Qui plus est, notre pétition en ligne a reçu des milliers de signatures.

Bien évidemment, il aurait été miraculeux d’échapper à des réactions hystériques en provenance de la gauche. Nous avons été traités de tous les noms infamants possibles, depuis « néolibéraux » jusqu’à « néonazis ». Nous avons reçu des menaces de mort et on nous a souhaité les pires sévices. Sur Facebook, par exemple, un commentateur a appelé de ses vœux l’arrivée d’une dictature communiste qui nous ferait tous disparaître.

Du Che Guevara dans le texte, en somme.

Cet article a été publié une première fois en septembre 2017.

Traduction par Nathalie MP pour Contrepoints de Removing Statues of Violent Bigots ? Start with Che.