Prières de rue, code de la route. Courage, fuyons.

Il aura fallu huit ans pour qu'une loi soit appliquée en République Française laïque et pointilleuse. On se demande bien pourquoi.
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Minaret d'une mosquée en Tunisie (Crédits Kouks licence Creative Commons)

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Prières de rue, code de la route. Courage, fuyons.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 17 novembre 2017
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La France est laïque, ce qui ne l’empêche pas de croire religieusement dans la puissance de la Loi. Et pour se protéger de toutes les avanies, tous les problèmes, toutes les méchancetés, là où d’autres peuples ont une Foi, une Tradition ou, plus pragmatiquement, un Leader et une grosse Armée bien dotée en artillerie, la France a d’abord choisi d’avoir un Code pour tout. Et si elle n’a pas (encore ?) un Code de la Religion, elle a fort pratiquement un Code de la Route. Dont elle ne se sert pas toujours.

Comment ça, vous ne voyez pas le lien ?

C’est pourtant simple et l’actualité récente nous permet d’illustrer ceci avec efficacité.

Tout commence il y a quelques jours… ou plutôt quelques années, selon le point de vue : des pratiquants musulmans se retrouvent régulièrement le vendredi pour prier, et à Clichy, cela se termine systématiquement sur la chaussée.

Or, il y a quelques jours, le vendredi 10 novembre, quelques élus de Clichy décident qu’il ne peut plus en être ainsi et déboulent au milieu de la prière, bousculant immédiatement les petites habitudes qui s’étaient tranquillement installées depuis plusieurs mois. Car on l’apprend par quelques articles un peu roboratifs, l’histoire dure depuis au moins huit mois, période pendant laquelle la mairie et les associations cultuelles locales se sont chamaillées pour savoir si une mosquée serait disponible ou si on la transformerait plutôt en médiathèque sympatoche, et qu’on n’irait pas déplacer la mosquée tant promise aux élections 1,5 km plus loin.

On le comprend : la récente exposition du problème de Clichy ne doit son apparition dans les médias que par la présence des élus au milieu de ces prières de rue et des images qui ont suivi. Même si la situation dure, elle ne semble prendre corps qu’avec ces derniers éclats de voix auxquels ont répondu, comme il se doit, toute une ribambelle de belles-âmes de tous les côtés de l’échiquier politique, qui pour dénoncer une situation ubuesque qui dure depuis des lustres, qui pour dénoncer un acte immhoôonde à la fois anti-musulman et tout à fait digne des heures les plus sombre de notre Histoire, qui pour dénoncer le double discours du maire qui avait promis une mosquée mais n’en aurait pas fourni l’ombre d’une, ou pas comme il faut, ou pas assez bien, etc.

Magie de cette mauvaise publicité passée au travers d’une presse extrêmement prompte à s’enflammer : ce qui a traîné pendant huit longs mois est en passe de trouver une résolution. Ici, peu importe sa nature puisqu’il n’est besoin que de savoir que le ministre de l’Intérieur lui-même s’est directement occupé du problème. Enfin, « directement », on se comprend puisqu’en pratique, notre ministre a essentiellement délégué la gestion du foutoir au préfet local en y ajoutant un ordre de mission tout à fait macronesque dans l’esprit :

Il ne peut pas y avoir de prière de rue, mais en même temps il convient que les musulmans de Clichy-la-Garenne puissent avoir un lieu de culte décent.

Ouf, le problème est résolu, la situation claire, la rue apaisée, la ville calmée, la France garde la tête haute et la République sa splendeur.

Ou presque.

Presque parce qu’en somme, plusieurs questions n’ont pas été posées.

Bien sûr, il y a celle, évidente, du temps mis pour agir : un problème de lieu de culte survient dans une ville et paf, immédiatement, comme un félin sous tranxène sautant sur une proie en carton et le tout en moins de huit mois, l’État apporte une non-solution macronesque dans laquelle on n’ira plus bloquer une artère routière et en même temps on aura un lieu de culte décent voili voilà.

Avouons que huit mois pour s’organiser n’est pas une performance digne d’une République en bonne santé : ni du côté de l’État, qui dans l’histoire semble se mouvoir comme un éléphant dans une 2CV, ni du côté des associations cultuelles concernées qui, pendant cette période de temps et avec le nombre de fidèles qu’elles représentent, auraient probablement pu trouver les locaux et les fonds pour ne plus se répandre sur la rue.

Mais au-delà de ces constatations évidentes, on ne peut s’empêcher de se demander à quoi sert la palanquée de Codes divers dont l’État se gargarise et que le Législateur nous pond à chaque occasion.

En effet, s’il existe une loi qui autorise le blocage inopiné d’une rue par une masse de personnes à l’arrêt, n’est-il pas temps de la mettre à jour pour tenir compte d’un droit, apparemment fondamental puisque dans la déclaration des Droits de l’Homme, catégorie Liberté de circulation ? Mais inversement, s’il n’existe pas de telle loi, comment expliquer que des élus et les forces de l’Ordre aient, pendant si longtemps, permis qu’il en soit autrement et qu’en définitive, la liberté de circulation soit proprement bafouée ? Ne serait-il pas temps, dans ce cas, d’appliquer simplement les lois existantes ?

Par ailleurs, et pour revenir sur ces problèmes de mosquées inadéquates, si ces fameux Codes empêchent les fidèles de construire leurs lieux de cultes comme bon leur semble (en appliquant les mêmes normes que pour tous les autres lieux de culte, et tous les autres bâtiments du territoire français), ne serait-il pas temps de revoir ces lois et ces codes ? Au passage, on devrait aussi s’interroger sur la pertinence d’utiliser des fonds publics pour construire des « centres culturels » qui perdent rapidement un R pour devenir des centres cultuels : il semble assez paradoxal qu’une République se gargarise de laïcisme (pour ne pas dire de laïcardisme) pour la voir malgré tout distribuer l’argent du contribuable dans l’élaboration de lieux de cultes à des fins électorales.

Pire : on ne peut que s’étonner que l’État républicain, laïc (et de plus en plus incohérent) en soit réduit à bricoler ce genre d’arrangements, alors que ces solutions sont envisagées pour circonvenir des blocages que personne d’autre que l’État lui-même (bardé de ses douzaines de Codes de lois) n’a mis en place.

L’efficacité de tout ceci laisse pantois.

Encore une fois, on se rend compte que ce ne sont pas les lois qui manquent dans ce pays (en attestent ces brouettées de Codes), mais bien le courage d’appliquer au moins les plus importantes, sans fléchir et de façon réellement égalitaire, pour les petits comme pour les grands.

—-
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  • Encore une fois l’article tape où ça fait mal – loin des indignations pseudo-morales des uns et des autres.
    Dans une situation saine, il ne serait pas si difficile pour des fidèles de se construire un lieu de culte, personne ne demanderait à l’Etat de les financer et les extrémistes religieux n’aurait pas d’excuse valable pour occuper l’espace public.
    Mais comme la réglementation du foncier est ubuesque, il y a peu de lieux de cultes, donc on appelle l’Etat à l’aide, puis on se plaint soit parce qu’il ne vient pas (les fidèles), soit parce qu’il vient (les défenseurs de la laïcité). Puis on s’insulte parce que personne ne voit l’origine du problème, et des excités hurlant à l’islamophobie ou au grand remplacement récupèrent les mécontents. Quel pays fantastique!

    • bon commentaire

    • l’article tape où ça fait mal…pour des gens comme vous ou moi..mais pour la majorité..la conclusion c’est encore plus de complexité et d’incohérences, d’empilement de mesures,autrement dit un rêve de bureaucrate. Le résultat est qu’on appelle les élus au secours..et tant pis si c’est « eux « qui sont à l’origine du problème.
      Changeons les règles vont il crier. Rarement mais pourquoi diable ces foutues règles?

  • Bah , quand une loi est contraire à l’intérêt politique du jour soit elle est adaptée soit ignorée par notre belle justice indépendante …de toute morale…et cela ne date pas d’aujourd’hui ou d’hier….

  • Effectivement, où sont les ministres et présidents qui se déplacent sur place habituellement pour résoudre le problème sous le feu des médias?

  • h16 comme toujours ouvre subtilement et avec beaucoup d’humour un débat qu’il ne peut lui même porter jusqu’à sa dimension pleine et entière, s’il veut continuer à être publié…

    La réalité est que la France n’applique plus ni son code civil, ni le pénal, ni la loi de 1905, ni la loi sur les sectes, ni celle sur l’édition, ni même le droit fiscal, et ne parlons pas même du code de la route, à certaines catégories de personnes et sur certaines parties de son territoire.

    Ce « vide » implique que nous sommes de toute évidence en phase de transition législative vers un nouveau système normatif qui s’imposera dans un avenir relativement proche à chacun d’entre nous.

    C’est un choix fait démocratiquement par la majorité des français, constamment renouvelé à chaque élection, et brillamment inspiré et accompagné par une classe politique parfaitement à la hauteur de cette mission crépusculaire .

    Les historiens du futur étudieront sans nul doute avec beaucoup d’intérêt cette transition, en exhortant leurs contemporains à ne jamais oublier les leçons du passé…

    • Votre analyse est bonne mais le découragement que vous exprimez est aussi une des causes de cette évolution crépusculaire. Le fait est que lutter contre cette régression est d’autant plus épuisant que la stratégie de l’ennemi est de nous avoir à l’usure. La question pour nous est de savoir comment ne pas céder au découragement.

  • Incohérent oui et non. 8 mois de dérogation non écrite d’ occupation de rue mais dérogation à la loi laique d’ abattage animal . Joli Résultat :
    -Des estomacs convertis qui le savent
    -ceux qui ne le savent pas et , encore plus fortiche
    -les autres qui font semblants de ne pas le savoir .
    Evidemment il y a ma sous catégorie des végétariens

  • pour une crèche. .le conseil d’État l’interdit suite à une plainte mais pour les musulmans fêtant la fin du ramadan à l’hôtel de ville de PARIS. là personne ne porte plainte…???

  • Indépendamment du sujet développé dans cet article concernant la couardise des élus à appliquer les lois républicaines existantes dés lors qu’on touche à une question sociétale, une autre question mériterait d’être posé concernant les lieux de culte: pourquoi ne pas héberger ces cultes au sein du même local ? Les communes françaises, particulièrement les trés petites, se heurtent aujourd’hui à un grave problème de financement de l’entretien des églises catholiques (et des temples protestants) par ailleurs de moins en moins occupées par les croyants.
    La mutualisation d’un lieu de culte, d’autant plus aisée que ceux-ci s’exercent généralement à des dates différentes de la semaine et de l’année, présenterait de nombreux avantages en terme budgétaire, mais également de tempérance car on imagine bien que chacun devrait « neutraliser » la place aprés son passage, n’y laissant que les objets à caractère artististique et universel. Les communes pourraient d’ailleurs évacuer vers les musées toutes les oeuvres, même d’inspiration religieuse, oeuvres d’ailleurs de plus en plus convoitées et mal protégées ni entretenues (budget…).

    • @gaston79
      Merci pour la formulation de votre proposition de lieux de cultes mutualisés que chaque groupe de pratiquants devrait « neutraliser » après son passage afin de permettre le passage du suivant.

      • mais totalement infaisable. faire 2 déménagements par semaine pour mettre en place et enlever tout le bazar pour une heure de messe…

  • « Le fait, en vue d’entraver ou de gêner la circulation, de placer ou de tenter de placer, sur une voie ouverte à la circulation publique, un objet faisant obstacle au passage des véhicules ou d’employer, ou de tenter d’employer un moyen quelconque pour y mettre obstacle, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 4 500 euros d’amende. »
    ……. en vue d’entraver, ou de gêner la circulation…

    C’est le cas lorsque vous bloquez le périph pour emmerder les édiles de Paris, obnubilés par leur politique autophobe. Ce n’est pas le cas lorsque des gens prient dans la rue : ils ne le font pas pour bloquer la rue, mais pour se rendre visibles…
    Ne pas confondre causalité et dommages collatéraux.

  • Quelle serait la réaction de nos « amis » d’Arabie ces « pacifistes » « tolérants » « démocrates » s’il nous venait à l’idée de faire une messe sur la voie publique à Riad ?????

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