By D Grace of God

capitalism By: Jacob Bøtter - CC BY 2.0

Il est souvent difficile, dans le brouhaha des actualités consternantes ou délicieusement absurdes de distinguer ces petites histoires qui font le sel de la vie, mais avec l’avènement des réseaux sociaux, il se trouve que, parfois, certaines de ces tranches de vie colorées font surface et permettent d’éclairer l’humanité d’un nouveau rai de lumière. La petite histoire que je vous propose de découvrir aujourd’hui fait partie de ces tranches-là.

Tout commence il y a quelques mois sur les intertubes, lorsque Ben, un Américain moyen, (qui tient parallèlement une chaîne Youtube, Pleasant Green) reçoit un message sur Facebook d’un certain Joel, vivant au Liberia, qui lui propose non pas d’agrandir l’une des parties de son anatomie ou de l’aider à hériter de son oncle multimilliardaire, mais tout simplement de lui venir en aide financière parce que, parce que bon.

Intrigué, Ben décide de lui demander en quoi il va pouvoir l’aider. Joel lui explique alors qu’il aimerait être journaliste et qu’il donne des cours d’anglais. Ben lui propose alors de tenter de prendre des photos avec le téléphone qu’il emploie pour se connecter ainsi sur internet. En substance, si les photos sont bonnes, Ben est prêt à les payer. À la suite de quoi, Joel parviendra à prendre des photos, se faire un ami de Ben et aider les enfants de son quartier à obtenir du matériel scolaire.

Oui. Vous avez bien lu et l’histoire mérite amplement d’être expliquée en détail. Pour les plus anglophiles d’entre nous, vous pourrez vous reporter à la petite vidéo ci-dessous qui résume le cheminement étonnant de ces deux individus, l’un tentant d’aider l’autre et l’autre qui, de fil en aiguille, parvient à réaliser quelque chose d’assez incroyable compte tenu du contexte (eh oui, vivre au Liberia n’est pas tous les jours une partie de plaisir, tant la misère et la pauvreté y sont installées). Ceux qui voudront éplucher le détail pourront se reporter à l’histoire vidéo ici.

Pour les moins anglophones, on pourra résumer l’aventure ainsi : les premières photos réalisées par le Libérien sont catastrophiques, tant la qualité de l’appareil est médiocre. Ben décide alors d’envoyer par la poste à Joel une petite caméra à 20$, en lui donnant quelques rudiments de photographie et les grands principes de composition. Joel s’entraîne et rapidement, les résultats étonnent tellement Ben qu’il décide de produire un album relié avec les productions du photographe amateur.

Relayé par une astucieuse campagne marketing et présenté sur des plateformes de crowdfunding comme IndieGogo, l’album, intitulé « By D Grace Of God » (d’où le titre de ce billet), trouve rapidement son public. Le succès est largement au rendez-vous et des centaines d’exemplaires sont vendus partout dans le monde. Ben paye la part due à Joel et n’ayant pas besoin de sa propre part, lui propose de la reverser à l’une ou l’autre fondation ou oeuvre de charité que Joel connait autour de lui.

Non seulement, Joel trouvera une telle oeuvre, mais en plus ce dernier ira lui-même compléter les achats (ici : des cartables et du matériel scolaire) pour des enfants d’écoles voisines, profitant de l’occasion pour prendre quelques clichés qui iront à la fois documenter l’utilisation des fonds ainsi récoltés, et fournir quelques photos originales de ce qui se passe là-bas. En définitive, un petit message Facebook, lancé au hasard, aura complètement bouleversé la vie de plusieurs personnes, pour le meilleur.

Au passage, cette belle aventure est aussi une excellente illustration de ce que des individus sont capables de faire lorsque l’État ne s’ingénie pas à leur mettre des bâtons dans les roues.

Oh, certes, compte-tenu de l’état général du Liberia, on pourra arguer que Ben aidant Joel est une situation qui n’aurait jamais eu lieu si, dès le départ, l’État libérien n’était pas à ce point dans la panade : absence d’état de droit, insécurité galopante, corruption, tensions sociales… On part de bas et l’aide fournie par Ben ne pouvait être que bienvenue !

Mais indépendamment de cela, force est de reconnaître que cette rencontre improbable entre un Occidental de la classe moyenne et un Africain pauvre n’aurait jamais été possible sans le développement fulgurant de l’internet, sans la présence de réseaux téléphoniques cellulaires au Liberia, sans même la possibilité pour l’un des peuples les plus pauvres de disposer d’un téléphone capable de prendre des photos (aussi médiocres soient-elles).

Or, il m’apparaît indispensable de rappeler qu’aucun de ces éléments n’aurait été possible sans le capitalisme.

Eh oui : Joel le Libérien a pu contacter Ben l’Américain grâce au capitalisme qui a produit l’intelligence, le matériel et le savoir-faire nécessaires pour relier tout ce beau monde. C’est grâce au capitalisme que Ben a pu se payer un appareil photo à un prix fort modique d’un côté de l’Atlantique ; c’est grâce au capitalisme qu’il a pu l’envoyer de l’autre côté de l’Atlantique ; c’est aussi le capitalisme qui a servi de terreau aux inventions nécessaires pour numériser les photos et les transformer, à l’autre bout, en un livre dont l’impression, la diffusion et la rentabilisation auront toutes été possibles directement par l’application d’un capitalisme tout à fait standard et si ce n’est débridé, en tout cas clairement aidé par une réelle liberté d’entreprendre chacun de ces actes finalement anodins.

En outre, il sera difficile de ne pas noter que c’est finalement l’action concrète d’individus (ici Ben et Joel), mus par leurs intérêts particuliers, qui ont permis de façon complètement fortuite de faire découvrir (au travers d’un album de photos) une situation spécifique et d’apporter des bénéfices très palpables (du matériel scolaire) à des dizaines d’écoliers, montrant là encore de façon éclatante qu’en aucun cas, l’action de l’État ne fut nécessaire pour arriver à ce résultat.

Et alors que ce genre d’aventures humaines se multiplie, que, de façon extrêmement concrète, des centaines de milliers de personnes sortent chaque jour de la pauvreté, on aura à cœur de se demander combien de ces individus auraient pu sortir de la pauvreté plus vite encore si le capitalisme n’avait pas été soigneusement combattu, tant par les États lorsqu’ils saupoudrent les actions des uns et des autres de régulations, taxations et interdictions plus ou moins farfelues, que par les individus eux-mêmes lorsqu’ils s’emploient, en utilisant précisément les outils que le capitalisme leur fournit généreusement, à combattre pied-à-pied les bienfaits qu’il apporte.

Souhaitons en tout cas que cette aventure en inspire d’autres, que les Joel du Liberia ou d’ailleurs sauront faire connaître leurs besoins, au travers des technologies qui sont chaque jour plus abordables, aux Ben occidentaux qui pourront les aider dans leurs démarches constructives.

Parce que très souvent, sans l’État, ça se passe mieux.