Le langage sans fard du Président Macron

Le président de la République Emmanuel Macron ouvre la porte à une République des mots justes, la ferme à la démagogie des mots doux.

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Emmanuel Macron by EU2017EE(CC BY 2.0)

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Le langage sans fard du Président Macron

Publié le 30 octobre 2017
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Par Philippe Bilger.

Je suis tellement obsédé par le langage, la parole, leur qualité, leur délitement, les vertus qui doivent les irriguer, les pauvretés et les faiblesses auxquelles ils ont à échapper que je peux lasser ceux qui me font l’honneur de lire mes billets.

Pourtant je n’ai pas envie de m’en excuser, d’abord parce que cette préoccupation est un problème de civilisation, ce qui la sauvegarde, ce qui l’ennoblit ou la dégrade, de savoir-vivre collectif, mais, surtout, au quotidien, un enjeu politique, l’expression controversée ou non du pouvoir.

Le Président Macron en Guyane : un langage brut ou juste ?

Avec ce thème je suis naturellement porté à revenir sur les polémiques incessantes, à mon sens aberrantes, qui suivent en quelque sorte le président de la République à chacun de ses déplacements, le dernier en Guyane.

Ce n’est pas l’inconditionnalité politique qui me gouverne avec les analyses que je tente et qui se répètent mais, pour une fois, une sorte d’exaspération face à l’incompréhension souvent obtuse de ceux qui s’obstinent à plaquer sur une démarche de vérité et de sincérité la grille traditionnelle du conformisme et de l’hypocrisie.

Il me semble qu’on ne parvient pas à mesurer le saut qu’Emmanuel Macron, par ses saillies, ses provocations calculées, ses évidences brutes, fait accomplir, sur le plan du verbe et du rapport avec les citoyens, à notre démocratie.

République des mots justes contre démagogie des mots doux

Encore faudrait-il, pour pouvoir apprécier cette volte bienfaisante, ne pas tronquer ce qu’il dit. Le Président, en Guyane, a déclaré :

Je ne suis pas le père Noël parce que les Guyanais ne sont pas des enfants.

Dans la plupart des comptes rendus on a insisté sur la première partie du propos, qui au demeurant n’avait rien de scandaleux. On a occulté la seconde qui justifie cette volonté de vérité par le fait que précisément les Guyanais ne sont pas « des enfants » mais des citoyens (L’ObsSud Radio).

Loin donc de mépriser par ses mots, le Président respecte. Les Guyanais n’auraient pas été traités dignement si le chef de l’État leur avait offert autre chose que ce propos d’adulte adressé à des adultes.

Dans la même veine, Emmanuel Macron, dont le courage n’est pas la moindre qualité – le 27, il s’est rendu par exemple dans le quartier dit difficile de La Crique à Cayenne – énonce cette roide affirmation :

La République ne cède pas aux gens qui sont en cagoule.

On me rétorquera que ce n’est pas nouveau dans la bouche de nos présidents mais pourtant je maintiens mon point de vue. Ce n’est pas la même chose d’user d’un vocabulaire formellement rude mais en réalité inoffensif parce qu’il ne concerne rien d’essentiel, ou de porter, comme Emmanuel Macron, « la parole dans la plaie » sur des sujets qui affectent profondément la conception qu’on a du pouvoir, de sa relation avec ses concitoyens et de l’autorité de l’État.

La langue de bois fait trop de mal

Il me semble que la brutalité orale qu’on reproche parfois au Président n’est que le refus absolu d’une langue de bois qui a fait trop de mal à notre pays. Mon irritation face à la mauvaise interprétation répétitive de cette vigueur verbale provient du fait qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’un choix partisan mais simplement du consensus élémentaire que l’exigence d’une République se respectant et se faisant respecter devrait susciter.

Qui peut de bonne foi ne pas approuver, avec un authentique enthousiasme civique, sa semonce – refoulée depuis tant d’années par tant de présidents et de ministres insoucieux de leur allure et de celle de la France qu’ils représentaient – récusant par principe le dialogue avec « des cagoulés » ?

Cet avertissement, qui ne se rapporte pas qu’à la Guyane, n’est que la suite de quelques injonctions présidentielles qui visent à créer un nouveau mode d’emploi démocratique, dans le superficiel comme dans le grave. Cette vigueur sincère et pertinente du verbe est la manifestation d’une considération, non pas celle d’une condescendance.

Sur un plan général, ne serait-il pas temps de mettre fin à une tendance – et le gouvernement, dans certains de ses projets, n’est lui-même pas à l’abri de cette dérive – qui constitue la société comme une immense faiblesse, les citoyens pour des fétus fragilisés par le moindre mot, les journalistes pour des susceptibilités écorchées par la moindre appréciation négative, les hommes pour des prédateurs en action ou en puissance, les femmes pour des victimes forcément impuissantes, la France pour un pays dressé sur ses ergots mais soufflé au moindre vent ?

Le Président – c’est un constat, non une idolâtrie – ouvre la porte à une République des mots justes, la ferme à la démagogie des mots doux.

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  • je vais employer mes mots en parlant de ce bouffon…qui faire croire que la societe va changer…perte de mon pouvoir d’achat et hausse de taxes en tout genre ..
    incapable de reduire les dépenses publics..le champion des taxes !!! bref l’exemple même de l’élites …employant des mots pour detourner des vrai sujets pour gagner du temps…ne serait -il pas un peu beacoup du coup foireux de la taxe des dividents ….???
    pour le pouvoir vendrer son ame au diable …
    ..

  • Le parler vrai, l’abolition du double langage, l’abandon de la langue de bois accessible à ceux seuls disposant du décodeur mis à jour, voilà la bonne façon de ‘causer’.

    Les interprétations à contresens, tronquées, sorties de leurs contextes, amplifiées sans vergogne par les médias, relayées par des partis disent beaucoup sur l’état de l’opinion publique.

    Avec Macron nous ne sommes pas devant un vieux monsieur couvert de lauriers puisant dans le lexique de la caserne un qualificatif méconnu pour fustiger le désordre d’un mois de mai estudiantin chahuteur, il s’agit d’un homme jeune, qui a bousculé légalement l’ordre ronronnant des partis postulants à la gestion du pays et va de l’avant pour en résoudre les problèmes qui sont, notamment d’ordre économique.

    • Il s’agit tout bêtement d’un quadragénaire qui ne bouscule pas grand chose en créant son propre parti et en faisant de ses membres de bons petits moutons.

  • Grand merci Monsieur BILGER.

  • Les mots sont peut-être justes, quant à leur application…
    Ne nous attardons pas à une terminologie enjôleuse, un discours qui « sonne juste », mais regardons si ces mots justes se traduisent en réalisation adéquate.
    N’oublions pas la « nouveauté politique », sa « pensée complexe » : je dis une chose et « en même temps  » je fais son contraire !

  • Monsieur Bilger, les mots justes ne doivent pas s’arrêter aux frontières de la Guyane. Ni aux formulations présidentielles.
    Enfin il convient qu’ils se traduisent dans les faits, sans biais ni tabou.

    Vous citez  »La République ne cède pas aux gens qui sont en cagoule. » Vous m’en voyez désolé, car la République a déjà cédé à ceux vêtus de robes noires, parfois complétées d’hermine.
    Ce que je vous ai démontré sur votre blog sous mon nom.

    Aucun magistrat ne peut contester en droit le bien fondé juridique et les faits délictuels collectifs dénoncés en mes apports. Ou n’est parvenu à le faire quand il devait le faire. Ce qui en valide le poids.

    Il en découle au fond que le Président Macron est mis en porte-à-faux à l’égard de l’article 88-1 de la Constitution par ceux-là même dont il est l’autorité suprême. Cela pour non-respect du Traité européen dont il est le garant au nom de la France. Cela pour privation de leurs droits fondamentaux pour des milliers de citoyens. Comment alors qualifier les auteurs de tels agissements, au regard de leurs statuts ?

    Il semblerait que ses conseillers aient omis de l’informer de telles dérives. Or, Monsieur Bilger, la justice et les autorités sont tenues de devoir respecter les lois, toutes les lois. Comme le sont toutes les personnes détentrices de l’autorité publiques. Elles tenues de dénoncer sans délai tous les délits et crimes qui parviennent à leur connaissance. Vous connaissez ces textes.

    Or, il existe suffisamment de faits délictuels publics bénéficiant de l’impunité totale pour qu’il soit établi que ni l’État, ni ses serviteurs, ne se satisfont d’être soumis à la loi commune. Ce qui se nomme recel. Corruption, au sens donné par l’Union européenne. Corruption institutionnelle, puisqu’il s’agit de faits collectifs commis par les membres de diverses institutions.

    Est-ce que vous appréciez aussi le langage sans fard quand il vous apporte des vérités qui dérangent ? Fin de non-recevoir ?

  • « Res, non verba » !
    et « paroles, paroles, paroles… »

  • Oui! Vous avez le droit de le voir comme ça.
    Mais c’est pas un thème qui passionne les foules 😉 !

    Et si vous étiez ambitieux pour ce pays, c’est sur des actes et des attitudes que vous écririez.

    Ce qui fait un président ou un homme d »état, c’est plutôt sa capacité à fédérer, à mobiliser sur un projet concret.
    C’est son comportement qui est modèle, ce ne sont pas ses mots d’humeur et ses lâchés de nerfs.
    Ces prédécesseurs étaient également adeptes de mots (justes, grossiers faux…). Pas probants pour ce qui est de rassembler et agir!

    Excuser son attitude, d’accord, de toute façon ce thème n’intéresse que quelques bobos et journalistes, mais en conclure que l’habit fait le moine, non!
    Pour l’instant, on voit un médiocre hologramme, de quoi, pourquoi, et dans quelle direction, ce n’est pas net.

  • Ce billet de monsieur Bilger montre que Macron en bon Machiavel a tout compris : se faire élire grâce à la gauche bobo et se maintenir grâce à la fausse droite avec des petites phrases qui séduisent les vieux baby boomers embourgeoisés mais toujours dans le cadre de la « république » et de la sociale-démocratie : après les fainéants, voci la moraline contre la fumette en guyane….bientôt on va avoir droit à la racaille et au Kärcher. Il fait du Sarkozy à l’envers ! Cela dit mêmes si c’est une arnaque, cette stratégie « pseudo-droitarde » a au moins le mérite de démasquer l’inutilité de la fausse droite dure façon Wauquiez ou du néoFN marxiste version Marine/philippot (qui pensent tous les deux pareils malgré leur faux divorce !)Donc face à Macron, ce qui reste de la droite sincère n’a d’autre choix que d’adopter une ligne franchement libérale-conservatrice (En gros la libéralisation de la protection sociale et de l’école associé à une politique identitaire sur l’immigration entre autre) : une sorte d’a

  • suite : En gros une sorte d’alliance idéologique entre Robert Ménard et le mouvement pour la liberté de la protection sociale ! (On a le droit de rêver!)

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