À l’origine de la crise du Golfe, une simple histoire de jalousie

arabie saoudite credits tribes of the world (licence creative commons)

Si l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis continuent d’exclure le Qatar de leurs relations diplomatiques, c’est avant tout parce que les deux pays n’acceptent pas que Doha se détourne d’eux.

Par Daniel Almasi.

La crise diplomatique, dans le Golfe, a-t-elle failli se transformer en guerre ouverte ? D’après plusieurs informations diffusées ces derniers jours, les Émirats arabes unis (EAU), engagés aux côtés de l’Arabie saoudite contre le Qatar, avaient planifié d’envahir le petit émirat, ceci bien avant que n’éclate la brouille entre les pays arabes, le 5 juin dernier.

D’après le très sérieux quotidien espagnol ABC, « l’ancien Premier ministre qatari, Abdullah Ben Hamad Al-Attiyah, a révélé […] que des milliers de soldats mercenaires de la compagnie américaine Blackwater […] ont été entraînés aux EAU pour envahir le Qatar. »

Sauf que, selon lui, « les plans n’ont finalement pas été approuvés par la Maison-Blanche et abandonnés », alors qu’ils avaient été fomentés « avant même l’annonce du boycott économique [de l’émirat] par l’Arabie saoudite, l’Égypte, les EAU et le Bahreïn ».

« Renverser le monarque actuel »

Ce « Quartet » de pays reprochait au Qatar de jouer la carte de la complaisance vis-à-vis du terrorisme dans la région, ainsi que son rapprochement avec l’Iran, la bête noire du régime saoudien.

Ils avaient adressé à Doha, début juin, une liste d’exigences à satisfaire et mis en place un blocus — terrestre et aérien — autour du pays. Qui avait été obligé d’intensifier ses échanges avec la Turquie, l’Iran et le Sultanat d’Oman — resté neutre — pour s’approvisionner en vivres notamment.

Si ses réserves de gaz — les quatrièmes plus importantes au monde — et une économie plutôt stable permettent au Qatar de s’accommoder de la situation, ses dirigeants n’en ont pas moins estimé qu’il s’agissait là d’une violation du droit international.

À plusieurs reprises, d’ailleurs, les voisins de l’émirat ont, semble-t-il, mis sur pied une invasion de son territoire sans jamais passer à l’action. Ainsi, en 2011, le New York Times rapportait que des Colombiens émigraient aux EAU pour intégrer l’armée de mercenaires de Blackwater financée en grande partie par Abou Dabi.

La Quartet prêt à envahir le Qatar

En septembre dernier, des proches du président des États-Unis, Donald Trump, ont déclaré au groupe financier Bloomberg que le « Quartet » se préparait à envahir le Qatar ; une information corroborée par un récent mail de l’ambassadeur émirati à Washington, Yousef Al-Otaiba, affirmant que Riyad s’apprêtait à « conquérir » l’émirat.

Les autorités d’Abou Dabi ont déjà fait appel aux services de la compagnie américaine de sécurité pour leurs opérations dans la guerre du Yémen, dans le cadre de leur participation à l’alliance militaire dirigée par Riyad pour mettre fin à la rébellion houthie dans le pays » pointe du doigt ABC. Problème : « Cet été, les mercenaires [de Blackwater] ont subi plusieurs revers militaires au Yémen et ont dû abandonner leurs positions.

Ce qui n’a pas empêché les EAU de demander « les services [de la compagnie] pour une tâche apparemment plus simple : envahir le petit et riche émirat du Qatar pour renverser le monarque actuel. » Le but, selon le quotidien espagnol : « le remplacer par un autre membre de la famille royale plus docile aux intérêts de l’Arabie saoudite ».

« Saper notre indépendance »

Pourquoi un tel acharnement ? Depuis plusieurs années, le Qatar fait office d’exception dans le Golfe. Et force est de constater que ses voisins en prennent ombrage. Son ouverture, à la fois économique, culturelle et diplomatique fait des envieux, au premier rang desquels Riyad et Abou Dabi.

Les Saoudiens, qui dirigent officieusement le Conseil de coopération du Golfe — qui regroupe l’Arabie saoudite, le Qatar, les EAU, le Bahreïn, Oman et le Koweït —, voient d’un mauvais œil que l’un de ses membres commence à nouer des alliances avec d’autres puissances. Surtout lorsqu’il s’agit de l’Iran, avec qui ils sont engagés dans une véritable « guerre froide » pour remporter la suprématie de la région.

Au début du mois d’octobre, les EAU ont tenté de déstabiliser le Qatar en proposant de soumettre, par la voix de leur ministre des Affaires étrangères, Anwar Gargash, l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022 à « un réexamen de [sa] politique ».

Jalousie mesquine des Emiratis

Hors de question, pour le gouvernement qatari, qui a de son côté dénoncé la « jalousie mesquine » des Emiratis, ces derniers ne faisant qu’exploiter la crise du Golfe afin de ternir l’image de l’émirat.

« La Coupe du monde, comme notre souveraineté, n’est pas négociable », a ainsi affirmé le service de communication de Doha à l’Agence France Presse (AFP). « L’exigence des EAU que le Qatar abandonne [le Mondial] montre que son blocus illégal est fondé sur de la jalousie et non sur de réelles préoccupations » a-t-il ajouté.

Pour le gouvernement qatari, ces déclarations ont un seul et unique but — le même, d’ailleurs, que les planifications d’invasion de l’émirat — : « Saper notre indépendance ». « Le Qatar accueillera la première Coupe du monde au Moyen-Orient, dont les effets positifs se feront sentir au-delà du Qatar et s’étendront [à toute la région] » a affirmé Doha. Une déclaration qui ne manquera pas de faire grincer des dents certains des voisins du petit émirat.