La constitution de 1918, révélateur du léninisme

La constitution russe de 1918 n’est pas assez étudiée : elle montre pourtant de façon éclatante que le totalitarisme était déjà en gestation à ce moment de la révolution bolchévique.

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La constitution de 1918, révélateur du léninisme

Publié le 26 octobre 2017
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Par Gérard-Michel Thermeau.

On parle peu de la constitution russe de 1918. C’est bien dommage.

Elle est le témoignage du caractère totalitaire du régime soviétique dès ses premiers pas ou presque. Cette république socialiste fédérative soviétique de Russie était une pseudo-démocratie en trompe l’œil.

Un pouvoir total et exclusif

Dès le préambule, le ton est donné avec l’évocation des droits du peuple travailleur et exploité. C’est donc un texte d’exclusion. Un ton haineux parcourt les différents articles soulignant le caractère profondément idéologique de cette constitution. Il s’agit de « réprimer sans pitié les exploiteurs ». Il n’y a donc aucune place pour ceux qui ne sont pas reconnus comme « travailleurs ».

Tout le pouvoir, central et local, appartient aux Soviets des députés ouvriers, paysans et soldats proclame l’article 1. Ce pouvoir total et exclusif est censé se combiner magiquement avec une union « réellement libre et volontaire » des travailleurs.

L’article 3 officialise l’abolition de toute propriété privée : les terres sont propriétés nationales. Les eaux et forêts tout comme le sous-sol et toutes les exploitations modernes sont propriétés publiques. Les « fabriques, usines, mines, chemins de fer et autres » sont placés entre les mains de la « république socialiste ouvrière et paysanne ». Il s’agit d’assurer le pouvoir « des travailleurs sur leurs exploiteurs ». En réalité c’est le pouvoir de l’État sur la population.

Qui ne travaille pas, ne mange pas !

Toutes les dettes de l’État sont répudiées, premier pas vers la « complète victoire de la révolte du prolétariat international contre le joug du capital ». Les banques sont bien sûrs placées entre les mains de l’État pour mieux assurer « l’émancipation des travailleurs du joug capitaliste ».

L’article 3 va même plus loin affirmant la volonté « d’exterminer les éléments parasites de la société » en instaurant le « service du travail obligatoire ». Le travail forcé prend donc valeur constitutionnelle. « Qui ne travaille pas ne mange pas ! » peut-on lire dans l’article 18.

Des libertés purement formelles

L’article 9 officialise la « dictature du prolétariat ». La liberté de conscience est affirmée par l’article 13. Pourtant, l’article 65 prive de la citoyenneté les membres du clergé. Cela vide déjà cette prétendue liberté de toute crédibilité. Mais la notion toute particulière de la liberté qu’ont les bolcheviks est surtout éclairée par l’article 14.

La liberté d’expression signifie que « toutes les ressources techniques et matérielles nécessaires à la publication des journaux, livres et autres productions de presse » seront remises entre les mains de la « classe ouvrière et des paysans pauvres ». Pour ceux qui auront lu les articles précédents, cela traduit la mainmise de l’État sur toute publication.

Il n’est donc question que de « vraie liberté » de réunion (art. 15) « vraie liberté d’association » (art. 16) au sein de cette idéale dictature. Car cette vraie liberté est parfaitement définie par l’article 23 : la république « prive les individus et les groupes particuliers des droits dont ils useraient au préjudice des intérêts de la révolution socialiste ». Ainsi on est libre surtout d’adhérer avec enthousiasme au régime établi par la constitution de 1918.

Un texte de haine et d’exclusion

L’article 65 précise la liste de ceux qui ne bénéficient pas des merveilleux droits accordés par la constitution de 1918. Les exploiteurs capitalistes, les rentiers, les commerçants, les membres du clergé, les anciens fonctionnaires tsaristes sont rangés dans la même catégorie que les condamnés de droit commun et les aliénés.

L’article de wikipédia sur cette constitution de 1918 la présente avec le ton lénifiant habituel dès qu’il est question de justifier l’injustifiable pourvu qu’il soit de gauche.

À croire donc notre encyclopédie en ligne, il s’agissait d’exclure les « groupes sociaux qui s’opposent au nouveau gouvernement ou soutiennent ou ont soutenu les Armées blanches lors de la guerre civile de 1918-21 » ce qui est une façon d’absoudre les bolcheviks. Or, il n’en est rien. Le fait d’être un « bourgeois », un prêtre ou un ancien fonctionnaire fait de vous, a priori un ennemi du peuple. Ce ne sont pas les actes qui condamnent et excluent mais le fait d’être un « ennemi de classe ».

Remarquons-le. Pris au pied de la lettre et au sérieux, le texte de la Constitution excluait Lénine et les autres dirigeants bolchéviks qui n’étaient après tout ni des ouvriers ni des paysans pauvres ni des soldats. Mais mystiquement, Lénine et les autres bolcheviks se pensaient et se représentaient comme des « prolétaires ». C’est donc le Parti qui déterminait qui était ou non un prolétaire.

Ainsi peu importe les procédures électorales détaillées par le texte. Le scrutin était public, et non secret, et les divers organes (soviets) n’avaient qu’un pouvoir de façade.

Une suite de mensonges

Le caractère unitaire martelé tout au long de la constitution de 1918 est de toute façon incompatible avec le principe majoritaire « formellement » accordé et les prétendus droits et libertés. Tout est subordonné à l’État. Et derrière l’État, mentionné nulle part mais omniprésent : le Parti. Le modèle d’une société sans divisions ne peut être qu’un fantasme totalitaire.

La liste des droits (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, égalité quelle que soit la race, libertés réelles) est par conséquence une suite de mensonges. Seul un rédacteur de wikipédia peut croire aux « importantes garanties en matière d’égalité des droits » (sic) accordées aux travailleurs.

Aussi comprenons-nous mieux l’emblème de cette république : « une faucille et un marteau aux manches croisés, dirigés vers le bas, sur fond rouge baigné de rayons de soleil, encadrée d’une couronne d’épis ».

L’avenir radieux allait baigner dans une mare sanglante.

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  • Hergé avait bien compris !

  • Badiou vous l’explique pourtant, mais vous n’écoutez pas bien :  » Le communisme véritable n’a jamais existé. Il faut davantage de communisme pour qu’il réussisse. « 

  • Mise au point utile car j’ai souvent lu et entendu que « sur le papier », la Constitution soviétique de 1918 était un modèle pour la mise en oeuvre d’une véritable démocratie. Et que c’était son interprétation erronnée qui avait entrainé ce que l’on sait. En fait non, les bolchéviques ont été cohérents avec leur constitution.

  • C’était une imposture qui a marché de nombreuses années et a aussi aveuglé de nombreux intellectuels et politiciens français, il conviendrait de ne pas l’oublier. Sans compter que c’est une démarche insidieuse qui pourrait malheureusement se reproduire!

  • Merci ! C’est une très utile mise au point : il est important de démontrer, preuves à l’appui comme dans cet excellent article, à quel point le léninisme fut mortifère et contenait – en réalité ou en germe – toutes les horreurs du stalinisme et de ses multiples déclinaisons qui ont martyrisé tant de peuples. Malheureusement, ce travail de désintoxication intellectuelle est encore nécessaire un siècle après l’instauration d’un des régimes les plus despotiques qu’ait connu l’humanité, notamment parce qu’il y a encore beaucoup d’ex-idiots utiles bien placés dans les cercles  » intello-médiatiques  » qui ne veulent pas admettre qu’ils en furent les complices objectifs.

    Il faut reconnaître aux  » nouveaux philosophes  » le mérite d’avoir commencé il y a 40 ans (1977 :  » Les maîtres penseurs  » d’André Glucksmann) à déboulonner la statue de cette barbare idole auprès du  » grand public « . Mais, d’abord et avant tout, il faut rendre justice à ceux, notamment des historiens honnêtes, qui ont analysé ce phénomène et qui nous donnent des preuves objectives de son caractère monstrueux : au passage, un des plus beaux hommages qu’on puisse leur rendre est, lorsque l’on veut se documenter ou argumenter, de donner la priorité à ces sources d’informations résultant d’années, voire de décennies, d’obscures et persévérantes recherches plutôt que d’accorder foi à des personnes dont la première – voire la seule – compétence est d’occuper l’espace médiatique et, assez souvent, en pillant des travaux sérieux sans avoir l’honnêteté de citer leurs sources.

    Là comme ailleurs, le mot de Kant est un viatique indispensable :  » Ne rien accepter sans examen  » ; cela s’appelle l’esprit critique et toute personne ayant une certaine instruction qui fait l’ablation de son sens critique afin de pouvoir croire et faire croire à une utopie est impardonnable, Jean-Paul Sartre ou Roger Garaudy en représentant des archétypes.

    À ce propos, très rares sont ces  » intellectuels  » qui ont eu le courage de dire comme Marguerite Duras (entendue à la radio dans les années 1980) à ce sujet :  » Je me suis trompée ; je n’avais pas le droit de me tromper.  » Si certains s’adonnent à une certaine repentance ( » Je me suis trompé « ) sans d’ailleurs éviter de recommencer avec leur nouvelle lubie (perseverare diabolicum !), je n’ai personnellement jamais lu ni entendu d’autres personnes avoir le courage de faire un vrai examen de conscience ( » Je n’avais pas le droit de me tromper. « )

  • Par ailleurs, dans l’Archipel du Goulag, Soljenitsyne a fait remarquer que jusqu’en 1922, le régime soviétique, ne disposait pas de code pénal. Ce qui fait que pendant presque 5 ans, le régime a allègrement jugé, condamné et exécuté ses opposants, sans aucune base ou motif légal.
    Une fois ce code paru, certains ont fait ironiquement remarqué que, la publications le détaillant, avait bien précisé tous les motifs de condamnation, mais avait oublié un cas tout simple : le cas où l’accusé était acquitté…
    Voilà qui en dit long sur les bases même de ce régime…

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