Comment mai 68 m’a rendu libertaire… et libéral !

Macron et mai 68 : la réponse à Jacques Garello d’un ancien gauchiste devenu libéral.

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Tract des syndicats de Renault (mai 1968)

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Comment mai 68 m’a rendu libertaire… et libéral !

Publié le 25 octobre 2017
- A +

Par Michel Faure.

Emmanuel Macron n’aurait pas compris Mai 68, selon un article de Jacques Garello paru le 24 octobre dans Contrepoints. Avec tout le respect que je lui porte, je dois dire à Jacques Garello qu’il démontre dans ce texte que lui non plus n’a rien compris à Mai 68.

Il fait de Mai 68 un mouvement cohérent avec pour objectif d’installer au pouvoir « la gauche la plus extrême, la plus proche de l’Union soviétique ou de Mao Tsé Toung ». Or, Mai 68 a tout été sauf un mouvement cohérent tiré vers une finalité précise.

Certes, il a fait surgir en première ligne une poignée de militants maoïstes ou trotskistes prônant une idéologie liberticide, mais derrière eux, qui n’étaient qu’une petite minorité (une « avant-garde », comme ils l’affirmaient en bombant le torse) des dizaines de milliers de jeunes gens se révoltaient eux aussi et ne les écoutaient pas.

Le désir de liberté

L’immense majorité des enfants de Mai n’avaient pas pour passion le marxisme-léninisme, mais le désir de la liberté. Ils ont, avec Mai 68, découvert le bonheur et l’efficacité d’être ensemble pour débrider la France du corset autoritaire et rigoriste de l’époque.

Cette « Chienlit » dont parle Garello en reprenant l’expression méprisante de de Gaulle à l’égard de la jeunesse en ébullition, a été pour l’immense majorité des jeunes gens de l’époque – et j’étais l’un des leurs, inorganisé et spontané – l’occasion de se libérer d’une gérontocratie politique et universitaire, d’une société pudibonde et, déjà, de tenter de réduire la puissance et les contraintes imposées par un État omnipotent et coercitif.

Avec Mai 68, la jeunesse française n’a pas découvert les joies d’une société marxiste, au grand regret des militants organisés, mais celles d’une liberté conquise, la force de pouvoir contester des autorités illégitimes, le goût d’écouter des musiques jugées « barbares » par nos ainés, le ravissement de découvrir enfin les plaisirs du sexe, aussi, ce chemin vers l’amour et la fin d’un tabou.

Un nouveau monde bienvenu

Nous avons ainsi enfreint les règles bourgeoises de l’époque, encore dominantes, et dominées elles-mêmes par un cléricalisme désolant et un conservatisme autoritaire. La droite était réactionnaire. La gauche happée par le Parti communiste français. Oui, Jacques Garello, un « nouveau monde » était le bienvenu.

Ce dernier se fait toujours attendre, mais le mouvement a eu quelques effets qui n’ont concerné ni Mao ni Moscou : le départ de de Gaulle, l’un des dirigeants français les plus étatistes que nous ayons connu, le désir de paix, le rejet du service militaire obligatoire, l’empathie avec les victimes des dictatures (les boat people du Vietnam fuyant le communisme, les réfugiés argentins et chiliens fuyant des dictatures militaires), l’émergence d’une nouvelle génération dans le monde intellectuel (les Nouveaux philosophes, notamment), une vie étudiante plus ouverte au débat et à l’esprit critique.

Le libéralisme avancé

Après Pompidou qui a opéré une transition du gaullisme à la modernité, est apparu, avant que la gauche socialo-communiste ne l’emporte en 1981, Giscard et son « libéralisme avancé » qui a offert à la jeunesse sa majorité à 18 ans et aux femmes le droit d’avorter, et donc de disposer de leur corps et d’elles-mêmes.

Mai 68 m’a rendu libertaire, rebelle aux hiérarchies verticales et aux autorités auto-proclamées. Grâce à Mai, je n’ai pas attendu longtemps pour comprendre qu’il n’y avait qu’un pas entre mes velléités libertaires d’hier et mon libéralisme d’aujourd’hui.

Les deux se sont toujours bien entendus, partageant la même passion pour la liberté et la même vigilance envers ceux, comme l’ancien président Nicolas Sarkozy qui, pour défendre l’ordre établi, l’étatisme de la caste politique et l’obsession sécuritaire, pourfendent « l’esprit de mai ». Lequel était optimiste et généreux, des qualités éminemment libérales, cher Jacques Garello.

Voir les commentaires (26)

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  • donc..LES mai 68…qui rend toute critique de mai 68 vaine, sauf peut être la désapprobation de toute révolte.

  • Empathie avec les boat-people ? Il me semble que l’empathie avec les vietcongs était largement plus répandue en ’68 que celle avec les boat-people en ’79.
    Quant au sentiment qu’un couvercle avait été soulevé et, plus, enlevé, celui-ci était bien réel et bienvenu auprès des moins de 25 ans – au-delà, c’était pour le moins variable, avec énormément de combats d’arrière-garde.

    • Vous avez raison. L’empathie allait au Vietcong et au Vietnam du nord qui comptait mettre la main sur le sud. Les boat-people ne préoccupaient que les libéraux. La gauche a complètement échoué dans son proget de s’emparer du pouvoir en mai 68 Dieu, et la Liberté, merci.

      • @ Virgile
        L’auteur a raison de ne pas confondre le mouvement (jeunes et étudiants, pas spécialement « de gauche ») primaire, spontané mais rapidement rassembleur de mai ’68 et toutes les « récupérations » qui s’en sont suivies: politique, syndicale et même Gaullienne (le Général était bien à Baden Baden, chez J.Massu, pour se rendre compte si l’armée le suivrait pour rétablir l’ordre à Paris).

  • J’ai eu tendance à penser comme vous, mais non, les gens comme vous et moi ont été des passagers clandestins dans le mouvement de mai 68 et auraient très probablement connu la même évolution intellectuelle personnelle dans un pays resté à l’écart des événements de mai à Paris.

  • Et donc vous vous revendiquez du « libéralisme de gauche » qui montre déjà une contradiction et une déformation du terme libéral.

  • «  » j’étais l’un des leurs, inorganisé et spontané «  »

    Sur la page du PLD vous apparaissez avoir 64 ans.

    Donc né en 53 ce qui vous donne 13 ans en 68.

  • Ce qui est commode avec l’invocation de Mai 68, sporadique phénomène parisien bénéficiant d’une météo favorable, c’est que ceux qui l’ont vécu en conscience sont assez âgé pour qu’on leur pardonne la fragilité de leur mémoire.

    Les plus jeunes n’évoquent que l’idée qu’il se font de Mai 68 après filtrage médiatique, manipulation idéologique et romantisme adolescent.

    Se référer à cette courte période chaotique permet d’en dire tout et n’importe quoi et est le signe de l’orphelin de père.

    Les pubertaires de gauche ont eu Edgar Faure à L’Education Nationale. Ce Faure la, comme d’autres Faure semble-t-il, prompt à girouettez dans le sens des vents, ce qui en temps de bourrasque printanière n’est bon qu’à alimenter, passagèrement des moulins à vent et à paroles.

  • Mai 68, a posteriori, n’a jamais été qu’un gros chahut, aujourd’hui réduit à la larme à l’oeil nostalgique de ses anciens combattants.
    Un rejet explosif et puéril de toute forme de contrainte.
    Contrainte d’un état envahissant à juste titre confronté mais pour quel résultat: il est encore plus écrasant aujourd’hui.
    Contraintes de la réalité, de l’effort, du risque et du mérite: remplacées par quoi?

    • C’était une fête des cigales bénéficiant d’une météo favorable.

      • Comme la prise de la Bastille: c’était la canicule et le bruit courait qu’il y avait à boire à volonté dans ses caves.
        Mais là au moins il en est resté quelque chose.

        • Il est resté qq chose dont les Autres se sont passé sans que ça leur nuise.

          Pendant que la France faisait sa révolution, en passant d’un régime à un autre, mais en restant au régime, la révolution industrielle britannique se propageait. Avec retard en France, qui ne sait faire qu’une révolution à la fois et trucidait Antoine de Lavoisier pourtant un de savants les plus déterminant que l’humanité a produite et encore reconnu pour tel avec son : Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Formule assertive indépassée mais incompatible avec ‘l’esprit’ révolutionnaire et son être suprême !

          • @ Konrad
            Non, ce n’est pas exact: 68 fut, enfin, une prise de parole née chez les plus jeunes de la société avec contagion internationale dans la même génération: en Grande Bretagne, c’était l’époque des Beatles et des Stones et des groupes de jeunes « mods » ou « rockers »: époque des « sixties », période de prospérité et de vie « facile »: l’époque des jeunes qui n’avaient pas connu la WW2 dont les ravages disparaissaient. J’avais 18 ans en mai’68 (et 68, maintenant), j’en ai gardé le besoin de s’exprimer et de dialoguer plutôt que de se battre et un anticonsumérisme vigilant de refus des « systèmes »!

            • Oui contagion venue de l’extérieur de la France.
              Oui mouvement d’origine musicale en partie.
              Mais oui aussi certains bobo sont moins bourgeois, par échec, et se disent bohème du fait de leur échec.
              L’anti-consumérisme est brandi par ceux qui ne peuvent pas consommer ! mouaaarfff

              • @ Konrad
                Non, je ne crois pas!
                Ce fut bien un temps de « Liberté » et de libération sans doute un peu « débridée »!

                Les « bobo’s » me semblent être une spécificité française qui attache une importance exagérée aux apparences, aux mots, au discours ou aux écrits plutôt qu’aux réalités, au pragmatisme et à l’action.

                Non, j’avais les moyens de bien consommer mais je ne tolérais plus d’acheter ce que d’autres voulaient surtout me vendre: une indifférence à la pub! On a encore le droit de ne pas être con?

  • Les soixantehuitarés faute d’être parvenus bourgeois sont advenus bohème et masquent leur échec en se gargarisant de phraséologie pompeuse tétée chez Althusser et affidés de la même façon qu’ils suivent servilement une mode vestimentaire, pire, comportementale, à l’antipode de Mai.

    • @ Konrad
      C’est bien la preuve qu’il s’agissait, au départ, d’un mouvement spontané « anti » mais pas « pro » (une culture politique particulière et définie, venue après): une libération individuelle plus qu’une contrainte collective! Je ne suis pas devenu « bobo », pas « raté » non plus, je n’ai le souci que de mon libre arbitre!

  • 50 ans, je ne suis pas sûr que le bilan soit si réjouissant…

  • Il est amusant de voire que quelques années après mai 68 la crise de déclanchait qui allait balayer toutes les « conquêtes » de cette pseudo révolution. A bien des égards la sociétés actuelle est bien plus oppressives que la société de l’époque.
    Il ne faut pas donner non plus trop d’importance aux « évènements », en province ça a été « business as usual » pour l’écrasante majorité.

  • Mai 68 vous intéresse ? Un ouvrage bien construit facile à lire environ 220 pages :  » Le mai de la CGT  » Georges Seguy . édit Julliard
    MORILLE Alain

  • L’article raconte une fable sans grand rapport avec la réalité. Loin d’apporter une quelconque évolution, en la matière mai 68 a enfoncé des portes ouvertes. L’évolution avait été faite avant : pour la génération née après la guerre ce fut principalement de 1963 (avec, en point de repère, les Beatles), à 1967 avec la légalisation de la pilule contraceptive.

    Les manifestants parisiens de mai 68 semblaient surtout être des suivistes qui tentaient désespérément d’exister. En province tout le monde bossait avec une énergie débordante sans attacher la moindre importance à ces mouvements d’étudiants insignifiants que personne ne prenait au sérieux.

    L’évolution dont parle l’article avait été obtenue notamment grâce aux féministes nées avant la guerre. Ce n’est pas mai 1968 qui a libéré les femmes de la peur et de la violence des grossesses subies, c’est le général de Gaulle qui a promulgué en 1967 la loi Neuwirth qui légalisait la contraception et abrogeait la loi de 1920 interdisant la contraception. Cette libération a permis toutes les autres.

    Ensuite le pays est retombé comme un soufflé dans les années 1980, et maintenant il se retrouve à l’état de crêpe aplatie par le rouleau de l’étatisme. Mais l’enthousiasme des années 1960 qui ont précédé 1968, toutes générations confondues et tous milieux confondus, reste une ressource toujours mobilisable qui pourrait encore le faire lever.

  • Belle et juste réponse à Garello ! Pas grand chose à ajouter (et puis il est tard)…

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