Comment mai 68 m’a rendu libertaire… et libéral !

Tract des syndicats de Renault (mai 1968)

Macron et mai 68 : la réponse à Jacques Garello d’un ancien gauchiste devenu libéral.

Par Michel Faure.

Emmanuel Macron n’aurait pas compris Mai 68, selon un article de Jacques Garello paru le 24 octobre dans Contrepoints. Avec tout le respect que je lui porte, je dois dire à Jacques Garello qu’il démontre dans ce texte que lui non plus n’a rien compris à Mai 68.

Il fait de Mai 68 un mouvement cohérent avec pour objectif d’installer au pouvoir « la gauche la plus extrême, la plus proche de l’Union soviétique ou de Mao Tsé Toung ». Or, Mai 68 a tout été sauf un mouvement cohérent tiré vers une finalité précise.

Certes, il a fait surgir en première ligne une poignée de militants maoïstes ou trotskistes prônant une idéologie liberticide, mais derrière eux, qui n’étaient qu’une petite minorité (une « avant-garde », comme ils l’affirmaient en bombant le torse) des dizaines de milliers de jeunes gens se révoltaient eux aussi et ne les écoutaient pas.

Le désir de liberté

L’immense majorité des enfants de Mai n’avaient pas pour passion le marxisme-léninisme, mais le désir de la liberté. Ils ont, avec Mai 68, découvert le bonheur et l’efficacité d’être ensemble pour débrider la France du corset autoritaire et rigoriste de l’époque.

Cette « Chienlit » dont parle Garello en reprenant l’expression méprisante de de Gaulle à l’égard de la jeunesse en ébullition, a été pour l’immense majorité des jeunes gens de l’époque – et j’étais l’un des leurs, inorganisé et spontané – l’occasion de se libérer d’une gérontocratie politique et universitaire, d’une société pudibonde et, déjà, de tenter de réduire la puissance et les contraintes imposées par un État omnipotent et coercitif.

Avec Mai 68, la jeunesse française n’a pas découvert les joies d’une société marxiste, au grand regret des militants organisés, mais celles d’une liberté conquise, la force de pouvoir contester des autorités illégitimes, le goût d’écouter des musiques jugées « barbares » par nos ainés, le ravissement de découvrir enfin les plaisirs du sexe, aussi, ce chemin vers l’amour et la fin d’un tabou.

Un nouveau monde bienvenu

Nous avons ainsi enfreint les règles bourgeoises de l’époque, encore dominantes, et dominées elles-mêmes par un cléricalisme désolant et un conservatisme autoritaire. La droite était réactionnaire. La gauche happée par le Parti communiste français. Oui, Jacques Garello, un « nouveau monde » était le bienvenu.

Ce dernier se fait toujours attendre, mais le mouvement a eu quelques effets qui n’ont concerné ni Mao ni Moscou : le départ de de Gaulle, l’un des dirigeants français les plus étatistes que nous ayons connu, le désir de paix, le rejet du service militaire obligatoire, l’empathie avec les victimes des dictatures (les boat people du Vietnam fuyant le communisme, les réfugiés argentins et chiliens fuyant des dictatures militaires), l’émergence d’une nouvelle génération dans le monde intellectuel (les Nouveaux philosophes, notamment), une vie étudiante plus ouverte au débat et à l’esprit critique.

Le libéralisme avancé

Après Pompidou qui a opéré une transition du gaullisme à la modernité, est apparu, avant que la gauche socialo-communiste ne l’emporte en 1981, Giscard et son « libéralisme avancé » qui a offert à la jeunesse sa majorité à 18 ans et aux femmes le droit d’avorter, et donc de disposer de leur corps et d’elles-mêmes.

Mai 68 m’a rendu libertaire, rebelle aux hiérarchies verticales et aux autorités auto-proclamées. Grâce à Mai, je n’ai pas attendu longtemps pour comprendre qu’il n’y avait qu’un pas entre mes velléités libertaires d’hier et mon libéralisme d’aujourd’hui.

Les deux se sont toujours bien entendus, partageant la même passion pour la liberté et la même vigilance envers ceux, comme l’ancien président Nicolas Sarkozy qui, pour défendre l’ordre établi, l’étatisme de la caste politique et l’obsession sécuritaire, pourfendent « l’esprit de mai ». Lequel était optimiste et généreux, des qualités éminemment libérales, cher Jacques Garello.