Corriger les gènes de vos futurs enfants sera bientôt possible

DNA by eLife(CC BY 2.0)

La correction des gènes pouvant entraîner des maladies progresse et pourrait bien entraîner des changements médicaux radicaux. Quelle place sera laissée au choix de l’individu ?

Par Ronald Bailey.
Un article de Reason

Cet été, des scientifiques américains ont déclaré qu’ils avaient réussi à éliminer un gène pathogène du génome d’embryons humains.

Sous la direction de Shoukhrat Mitalipov, spécialiste de la biologie de la reproduction à l’Université de la santé et des sciences de l’Oregon, des chercheurs ont utilisé CRISPR pour corriger le génome. Ce procédé permet aux biologistes de couper et de remplacer avec précision les fragments d’ADN qui composent les gènes des microbes, des plantes et des animaux. Dans le cas présent, les chercheurs ont réparé une mutation du gène à l’origine d’une hypertrophie du cœur et entraînant souvent une mort subite en début de vie.

Contrairement aux recherches antérieures en Chine, l’équipe de l’Oregon a indiqué qu’on retrouvait les gènes réparés dans toutes les cellules de 42 des 58 embryons. Dans la plupart des cas, le processus n’a pas créé de nouvelles mutations hors cible. Depuis que le Congrès a interdit aux National Institutes of Health de financer la recherche utilisant les technologies de correction des gènes d’embryons humains, cette étude de faisabilité a été soutenue par des fondations privées et des universités.

Les embryons se sont développés pendant trois jours et n’étaient pas destinés à être implantés pour une grossesse.

Un mois plus tard, d’autres chercheurs ont contesté les résultats, suggérant qu’ils devaient être encore confirmés. Mais pour l’instant, Mitalipov reste fidèle à ses conclusions.

Richard Hynes, chercheur au Massachusetts Institute of Technology, a déclaré au New York Times :

Nous avons toujours dit par le passé que la correction de gènes ne devrait pas être faite, en particulier parce qu’elle ne pouvait pas être effectuée en toute sécurité. Maintenant, on dirait bien que cela pourra être fait en toute sécurité très bientôt.

Si la technique se révélait sans danger, on pourrait permettre à des embryons génétiquement modifiés de se développer in utero sans que soient transmises des affections génétiques familiales aux générations suivantes.

Naturellement, cette avancée déplaît à la clique des bioéthiciens anti « bébé-modèle ».

Marcy Darnovsky, qui dirige le Center for Genetics and Society de Berkeley, à déclaré à la NPR (radio publique, NdT) :

Je trouve que c’est extraordinairement troublant. C’est un mépris flagrant des appels à un large consensus sociétal dans les décisions concernant une technologie vraiment capitale qui pourrait être utilisée pour le bien, mais dans ce cas est utilisée pour préparer une application extraordinairement risquée.

Dans le même reportage de la NPR, David King, qui dirige le groupe britannique Human Genetics Alert explique :

Si les scientifiques irresponsables ne sont pas arrêtés, le monde pourrait bientôt se trouver devant le fait accompli : le premier bébé génétiquement modifié.

Il souhaite que

les gouvernements et les organisations internationales se réveillent et adoptent une interdiction mondiale immédiate de créer des gènes clonés ou génétiquement modifiés avant qu’il ne soit trop tard.

Mais en février, un groupe de 22 scientifiques et autres experts convoqués par l’Académie nationale des sciences a publié « Human Genome Editing : Science, Ethics, and Governance », dans lequel ils refusent de demander une interdiction de correction des gènes embryonnaires. Le comité a conclu :

Les essais de modification du génome germinal doivent être abordés avec prudence, mais la prudence ne signifie pas qu’ils doivent être interdits.

La lignée germinale fait référence au matériel génétique transmis de génération en génération par le sperme et l’ovule.

En août, l’American Society of Human Genetics et dix autres organisations médicales de reproduction et de génétique sont tombées d’accord sur une formulation selon laquelle il n’ y a aucune raison d’interdire la recherche sur la correction génomique embryonnaire entreprise par l’équipe de l’Oregon. Cela dit, compte tenu des questions de sécurité et d’éthique, l’énoncé soutient également qu’à l’heure actuelle, il est toujours « inapproprié d’effectuer une modification génétique germinale aboutissant à une grossesse humaine ».

Finalement, ce que les sceptiques de la correction du génome réclament, c’est quelque chose qui ressemble à l’eugénisme imposé par l’État. Les eugénistes du début du XXe siècle progressiste ont utilisé le pouvoir du gouvernement pour empêcher les parents, par des stérilisations non consensuelles, de transmettre des traits jugés délétères. Aujourd’hui, les eugénistes du XXIe siècle veulent que le gouvernement impose de transmettre des gènes que les parents jugent délétères. Dans les deux cas, l’État est habilité à décider quelle sorte de personnes peuvent naître.

Les gens qui veulent bénéficier d’une correction du génome à la pointe de la recherche cherchent à corriger les gènes qui augmentent le risque de maladie ; et peut-être voudraient-ils modifier des gènes pour augmenter les chances de leur enfant d’avoir un cerveau plus vif, un corps plus vigoureux et une plus grande résistance aux maladies. Les individus ne prennent pas toujours les bonnes décisions en matière de procréation ; mais les parents sont des gardiens du patrimoine génétique humain plus dignes de confiance que tout autre planificateur central.

Traduction par Contrepoints de It’s OK to Edit Your Kids’ Genes.