Réconcilier les Français avec la finance : la solution !

Développer une véritable pédagogie de la finance au niveau national aurait sans aucun doute un effet de levier important sur la réforme de la fiscalité de l’investissement.

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Réconcilier les Français avec la finance : la solution !

Publié le 11 octobre 2017
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Par Philippe Dupuy.
Un article de The Conversation

Depuis sa prise de fonction à Bercy, Bruno Le Maire incite les Français à prendre des risques en finance : proposition de flat tax de 30 %, création d’un ISF immobilier… L’objectif est de dynamiser le financement de l’économie française. Mais sans accompagnement pédagogique supplémentaire, le gouvernement pourrait se heurter à un écueil de taille : c’est entendu, nos concitoyens ne sont pas des cracks en finance.

Les enquêtes se suivent et se ressemblent : lorsqu’il s’agit de taux d’intérêts et d’actions, les Français ne brillent pas par leur compétence. Ils le reconnaissent d’ailleurs volontiers eux-mêmes : 80 % de la population déclare mal s’y connaître dans le domaine des placements financiers. Au-delà, les Français demeurent très méfiants vis-à-vis d’un système boursier qu’ils jugent irrationnel et peu transparent.

Or, le lien entre compréhension du fonctionnement d’un système, confiance en ce système et enfin utilisation de celui-ci est clairement établi. C’est bien d’ailleurs pour cette raison que les grandes compagnies aériennes proposent des stages anti-stress aux phobiques de l’avion : dès qu’on comprend les grands principes du vol, la confiance s’installe et l’envie de voyager n’est plus entravée.

Une éducation financière attractive

Si le gouvernement souhaite que les Français prennent des risques et se tournent plus massivement vers l’investissement de long terme en actions, il ne faut pas seulement les inciter fiscalement mais aussi faciliter leur formation en rendant l’offre d’éducation financière, notamment à destination des particuliers, plus attractive. Certes, il existe déjà plusieurs moyens d’améliorer ses connaissances.

Par exemple, très récemment, la Banque de France a créé sous l’impulsion du précédent gouvernement le site mesquestionsdargent.fr qui permet de s’informer sur le système financier. Ce site renvoie notamment vers ceux de l’Autorité des Marchés financiers (AMF) et de son émanation pédagogique la finance pour tous. Mais cette démarche est-elle suffisante ? Nous pensons que non.

Mettre à disposition du matériel de formation est sans aucun doute un premier pas important mais, sans accompagnement pédagogique réel, l’initiative pourrait manquer sa cible. Pour progresser, l’apprenant doit s’engager dans une démarche cohérente. Il doit aussi être en mesure de valider ses acquis. Sa curiosité doit être stimulée par des tests réguliers voire des jeux.

Au-delà, les difficultés qu’il peut rencontrer doivent pouvoir être surmontées par un contact fréquent avec ses pairs apprenants et/ou avec un enseignant, comme dans la salle de classe. En d’autres mots, l’apprentissage doit être stimulé, relayé, challengé afin que l’apprenant reste acteur de sa démarche.

Massifier l’éducation financière grâce aux nouvelles technologies

La prise en considération par le gouvernement du besoin évident de formation des Français en finance constituerait sans aucun doute un levier important de la réforme fiscale engagée récemment en faveur de l’investissement. Le développement de la formation digitale de masse plus connue sous le terme anglo-saxon de MOOC (massive online open course) semble offrir les fonctionnalités idéales pour cet accompagnement car ils sont un mélange dynamique de lectures, de vidéos courtes, de phases d’observations relayées par des moments plus actifs comme des tests, des jeux… et de contacts fréquents avec la communauté des apprenants. Ils donnent en particulier aux participants une grande liberté dans la gestion de leur temps. Liberté d’apprendre quand ils veulent et comme ils veulent.

Les effets de l’éducation financière

C’est naturellement dans les pays où les questions de finance personnelle sont directement intégrées dans le cursus scolaire que les populations affichent les meilleurs niveaux de compréhension des notions financières. Ainsi, alors que les jeunes Français possèdent le bagage technique pour comprendre le b a ba de la finance dès la fin du collège, leurs résultats aux tests internationaux les placent en queue de peloton car ils ne sont pas réellement formés à la finance.

Paradoxalement, ce sont les Chinois qui s’en tirent le mieux en particulier parce qu’au-delà des compétences techniques, ils sont incités à comprendre les clés de la finance personnelle dès les classes du secondaire. L’OCDE fait les mêmes observations en Australie, en Nouvelle-Zélande ou plus près de chez nous en République tchèque, pays dans lesquels des efforts de formation sont réalisés.

Sans entrer dans le débat concernant la place de la finance à l’école, il est clair qu’une démarche pédagogique à l’échelle nationale, que ce soit au lycée ou en dehors, peut porter ses fruits et par là amplifier l’effet de la réforme fiscale.

Quels sujets aborder ?

Au-delà du bagage technique minimal qui voudrait que chacun sache calculer des intérêts composés (4 % d’intérêt pendant deux ans génèrent 8,16 % et non 8 % d’intérêt), c’est véritablement la compréhension des mécanismes économiques essentiels qui font défaut à bon nombre de Français les empêchant souvent d’investir en confiance ou tout simplement de décider en citoyens éclairés.

Parmi ces mécanismes, on citera le rôle de la bourse et des marchés financiers. En particulier, le lien avec l’économie réelle qui reste peu maîtrisé comme en témoigne une enquête récente de l’observatoire des actionnaires. Il est vrai que le traitement médiatique de la bourse, souvent unique contact du grand public avec celle-ci, peut prêter à confusion : en rapportant, plusieurs fois par jour, le « yoyo » des rentabilités boursières, en exposant donc le côté fondamentalement aléatoire du phénomène à l’échelle de quelques heures, on confronte le temps réel de l’entreprise et de l’investissement de long terme aux insignifiants soubresauts boursiers. Et c’est probablement aussi de cette manière que la déconnexion sphère réelle – sphère financière s’opère dans l’esprit du grand public.

The ConversationDévelopper une véritable pédagogie de la finance au niveau national aurait sans aucun doute un effet de levier important sur la réforme de la fiscalité de l’investissement. Cela permettrait de donner confiance aux Français dans le système de financement de leur économie et de leur faciliter la prise de risque. Les outils de l’économie digitale sont désormais au point pour accompagner ce projet de grande ampleur : réconcilier les Français avec la finance !

Philippe Dupuy, Professeur Associé au département Gestion, Droit et Finance, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • Il y a encore d’autres solutions : par exemple baisser (au lieu de la relever comme ont fait successivement Fillon, Hollande et Macron) la fiscalité sur l’actionnariat salariés; par exemple faire de la BPI non pas une banque de placement direct mais un organisme d’assurance caution proposant la garantie de l’Etat aux épargnants choisissant des portefeuilles de telle ou telle caractéristiques (ce qui est une façon d’orienter l’épargne sur des secteurs à dynamiser ou rénover de l’économie).

  • D’accord sur les propositions, mais l’introduction est pour le moins étrange : taxer les placements considérés, souvent à tort, comme des rentes sans risque, ça n’est une incitation à rien du tout. C’est comme de donner des claques à un enfant effrayé par l’eau tant qu’il restera au bord de la piscine en espérant que du coup il va se précipiter pour plonger du 10 mètres.

  • J’ai longtemps travaillé avec des sociétés US et la première chose que faisaient mes collègues en arrivant au bureau était de regarder les cours de bourse, car une grosse partie de leurs retraites et les comptes épargnes pour les études supérieures des enfants en dépendaient. Ils étaient tous au fait de la gestion des entreprises et pour eux les dividendes n’étaient pas du vol mais une juste rémunération de leur épargne. Voilà encore une vision étatique, faire à grand frais des formations qui seront sans effet car sans fondement. Les français dont toute l’existence est prise en charge part un état qui les materne depuis leur naissance vont naturellement rechercher des placements garantis par ce même état et éviterons d’investir dans ce monstre hideux de la finance ici on n’aime pas les risques.

  • Bonjour,
    .
    C’es vrai au fond, il n’y a pas d’alternative, alors éduquons à accepter ! 🙂
    .
    Il y a ceux qui ignorent, il y a ceux qui savent faire mais ignorent toutes les conséquences de leurs actes et ceux qui comprennent l’entièreté et rejettent.(…et proposent d’autres solutions…)
    .
    Si l’injustice, les inégalités et les destructions que provoquent finance et capitalisme réunis, par leur caractère systématique, parfois opposé à la vie, ne vous révoltent pas, je vous comprends, ne cherchons pas plus loin. Éduquons à accepter l’inacceptable, soyons pragmatique. 😉
    .
    Ce qu’il y a de bien avec l’homme, est qu’il s’habitue à presque tout, et il est libre de cela. 🙂
    .
    Bien à vous.

  • Mais, mon bon Monsieur, si vous apprenez la finance aux français, ils vont se rendre compte qu’on les enfume depuis des lustres.
    Vous n’y pensez donc pas!

    • @ Gerald555
      Ne me dites pas que vous pensez que l’Éducation Nationale va éduquer les jeunes Français à la finance honnie! Ou que l’on peut trouver un bon conseil de placement chez son banquier devenu vulgaire vendeur de produit financier qui a à coeur de satisfaire son « patron » plutôt que son client!

      Qui pense encore qu’un particulier a une chance de sortir vraiment gagnant de la Bourse: il fera partie des « pigeons » dont le grand nombre est nécessaire pour alimenter financièrement les « hyper-spécialistes » informatisés qui réagissent en nanosecondes! (La bourse est un jeu à somme nulle: les uns ne gagnent que la perte des autres!)

      Les non-hyper-spécialistes feraient mieux de « planquer » leurs économies en biens sûrs et durables comme le sont la terre, la pierre et l’or physique! Déjà le « bitcoin » demande plus d’audace et de goût du risque!

      • « La bourse est un jeu à somme nulle: les uns ne gagnent que la perte des autres! »

        Non, c’est faux. Si une action monte, tous les actionnaires s’enrichissent.

        Par contre cela est vrai pour les produits dérivés.

        • Si une action monte, tous les actionnaires s’enrichissent, et aucune autre action n’a besoin de baisser pour produire cette hausse.

  • Je pense que les banques ont un rôle important dans l’apprentissage de la finance. Plutôt que de vous conseiller de prendre telles ou telles actions , elles devraient plutôt se transformer en formateurs en assurant prenant un certain temps les risques à la place des boursicoteurs novices

    • L’apprentissage de la prise de risques calculés ne peut pas se faire par intermédiaire interposé. De plus, l’intérêt de la banque est de maximiser ses commissions, la fortune du client ne vient qu’en seconde priorité. La formation devrait plutôt être prise en charge par des fondations privées. En France ce serait difficile, mais dans le monde anglo-saxon, les dons et la reconnaissance de ceux qui auraient profité de ces formations suffiraient sans doute à les financer.

      • @ MichelO
        Je connais peu « d’enseignants » en finance, bénévoles, qui partagent leur(s) secret(s) « pour rien ». Une formation en techniques financières, ça existe: c’est souvent réservé à de petits groupes, prêts à payer cher pour partager quelque(s) secret(s) pour limiter le risque devenant ainsi « jouable »! Rien de plus! (souvent une combinaison de 2 ordres simultanés)

        Inclure cela dans l’enseignement me parait inutile: jouer à la bourse n’a rien de moral ni de civique. Les banquiers sont devenus les commerçants les plus malhonnêtes, prenant la place des vendeurs de voitures d’occasion puisqu’eux fournissent, maintenant, un véhicule passé au contrôle technique (aux « Mines ») et souvent garanti 6 mois par une assurance, alors que les vices sciemment cachés annulent la vente.

        À la Bourse, face aux professionnels, le quidam n’a aucune chance de dépasser entre 2 et 5% de gain annuel avec un risque bien réel de perdre les 3/4 du capital à un moment +/- imprévisible. (Nous y sommes, sans doute!)(et don’t forget: tant qu’on n’a pas vendu, on n’a pas perdu!)

        • Il y a deux choses bien distinctes : investir en bourse, et trader/boursicoter. Ce que vous dites s’applique aux traders, qui fonctionnent dans un jeu à somme nulle (négative, même compte-tenu des frais) et où le pigeon a toutes les chances de se faire plumer à sa deuxième opération au plus tard.
          En revanche pour investir en bourse, il y a peu de secrets — réfléchir par soi-même plutôt que suivre les conseils, se définir une stratégie et s’y tenir, ne pas oublier qu’on est propriétaire d’une petite partie des sociétés dont on achète les actions, etc. — et ce sont des secrets qu’on peut confier sans qu’ils soient utilisés contre soi. Il est plus difficile ensuite d’acquérir l’ensemble de connaissances (comment passer un ordre, comment équilibrer un portefeuille et juger de son niveau de risque, pourquoi mettre ses titres au nominatif, comment refuser les sollicitations de son banquier, etc.) qui vont permettre pratiquement d’investir à long terme son épargne en bourse. C’est de cela que je trouve qu’il manque une formation. Les stratégies types sont d’acheter régulièrement des valeurs de père de famille, et de ne revendre que quand au bout de quelques années on trouve des valeurs encore plus de père de famille. Ca permet de mettre son épargne à profiter des meilleurs chevaux de l’économie, et au bout de 20 ans d’Air Liquide, L’Oréal et Vinci, plus quelques autres, vous avez doublé, triplé ou quadruplé votre épargne simplement par la magie de la croissance de l’économie.

  • Même si vous améliorez l’enseignement des mécanismes financiers aux Français, ça ne changera rien, ils n’ont plus d’argent.
    Les banques ne sont plus là pour placer l’épargne, mais pour distribuer du crédit alimenté en masse par la BCE.
    Pourquoi épargner ? la retraite par distribution et la sécu s’occupent de tout, tout va bien se passer.
    Seules les institutions ont encore accès à la finance. Pour les particuliers, c’est soit la pauvreté soit l’exile.

  • J’ai obtenu 5 sur 5 aux tests internationaux . Ils étaient quand même très faciles , je n’ai aucun mérite . Pour celui qui n’a que 4 ou en dessous , soi c’est de l’inattention , soi , comme on dit familièrement , c’est  » mal barré  » !

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