La course contre la montre de la Fed

La Fed est pressée d’arriver à remonter ses taux pour pouvoir mieux les baisser en cas de récession. Si la récession arrive avant, il faudra en passer par les taux négatifs.

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La course contre la montre de la Fed

Publié le 28 septembre 2017
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Par Brian Maher.

L’heure tourne… Depuis son premier pas pour sortir du plancher des taux zéro en décembre 2015, la Fed a relevé le taux des fonds fédéraux à un niveau « satisfaisant à ce stade » de 1,25%. La ligne d’arrivée est à 3,5%. Pourquoi 3,5% ?

Pour Jim Rickards :

Historiquement, il faut 300 à 400 points de base de réduction des taux (3% à 4%) pour sortir l’économie américaine de la récession. Aujourd’hui la politique de la Fed peut être comprise comme une course désespérée pour faire arriver le taux des fonds fédéraux à 3,5% avant que ne frappe la prochaine récession. L’enjeu est toutefois de ne pas provoquer une récession dans la période de hausse.

Habituellement, la Fed remonte à chaque fois les taux de 0,25%. Cela signifie donc qu’il reste neuf hausses de taux supplémentaires avant d’arriver au résultat visé.

Au rythme actuel, la Fed franchira la ligne d’arrivée de 3,5% d’ici fin 2019.

Mais la récession n’arrivera-t-elle pas avant ?

Dans les circonstances normales, la Fed relève les taux d’intérêt pour éteindre les feux de broussailles inflationnistes. Mais l’inflation n’était que de 0,65% en décembre 2015 lorsque la Fed a entamé son cycle de remontée des taux.

Après avoir atteint 2,80% en février dernier, l’indice des prix à la consommation a de nouveau chuté à 1,73% au dernier relevé (juillet).

Après avoir enregistré un pic à 2,26% en janvier, l’indice de référence – l’IPC moins les composantes plus volatiles de nourriture et d’essence – s’est également effondré, à 1,70%.

Seul un effort suprême d’imagination – probablement celle d’un banquier central – pourrait interpréter cela comme de « l’inflation. »

Eric Basmajian, analyste financier indépendant qui auparavant travaillait chez Morgan Stanley explique :

La Fed ne cesse de répéter qu’elle cible une inflation à 2% pour augmenter les taux d’intérêt. Cependant, il est clair que l’inflation est non seulement en dessous des 2% pour l’IPC global et l’IPC de référence mais qu’elle évolue nettement dans la mauvaise direction.

Le marché obligataire n’est pas en accord avec le marché actions

Entretemps, le rendement du baromètre que constitue le bon du Trésor à 10 ans a chuté à 2,13% – son plus bas depuis le 9 novembre.

Le marché obligataire ne voit aucune inflation… et n’en entrevoit aucun signe annonciateur non plus.

Il ne voit pas non plus les bourgeons de la reprise – contrairement au marché boursier, rendu ivre par la Fed.

Jim Rickards encore :

Le rendement du bon du Trésor à 10 ans est passé de 2,4% à la mi-mai à 2,13% aujourd’hui. Une chute des rendements laisse imaginer un affaiblissement de la croissance ou une possible récession à venir…

Nous avons donc là un mélange de ralentissement de la croissance et de chute des prix… avec une économie qui risque d’entrer en récession.

Janet Yellen se retrouve donc face à un dilemme.

Resserrer encore plus les taux pourrait facilement provoquer la récession – si le dernier durcissement de la Fed ne l’a pas déjà fait.

Il ne faut pas oublier que 10 des 13 derniers cycles de hausse de taux se sont terminés en récession. L’objectif de 3,5% semble bel et bien utopique.

Mais, en cas de récession, comment la Fed pourra-t-elle appliquer sa classique politique de relance par le crédit et la baisse des taux si elle part de 1,25% ?

L’économie américaine entre dans son 99ème mois consécutif sans récession – la troisième plus longue période de l’histoire.

Comment la fortune peut-elle continuer de sourire ?

La contagion des taux négatifs

Récemment, le militant anti-cash Ken Rogoff a écrit un article pressant les banques centrales de commencer à se préparer dès à présent à la prochaine récession.

Comment ?

En creusant les fondations permettant d’instaurer des taux d’intérêt négatifs :

… Entreprendre des changements institutionnels qui ouvriront la voie d’une politique effective de taux d’intérêt négatifs est sans doute la méthode la plus propre pour restaurer l’efficacité de la politique monétaire des taux nuls…

Permettre une réelle politique de taux d’intérêt négatifs est également bien plus propre et bien plus élégant que la politique du pis-aller consistant à élever les objectifs d’inflation.

Traduction : les taux d’intérêt négatifs seront la voie royale vers la reprise. Mais leur instauration n’est pas possible tant que les gens ont encore la faculté retirer leur argent des banques.

Il faut donc commencer à retirer le cash de la circulation, du moins les gros billets (dans sa grande mansuétude, Rogoff permet l’usage de petits billets pour faciliter les petits achats).

Déjà 19 pays européens pratiquent les taux d’intérêt négatifs… tout comme le Japon.

Les États-Unis seront-ils les prochains sur la liste ?


Pour plus d’informations , c’est ici.

 

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  • Oui, supprimons le cash, dernier espace de liberté et d’intimité, et instaurons la gouvernance intégrale de nos vies par les génies des banques centrales et des gouvernements…

  • l’objectif est de n’avoir plus de numéraire. ..
    c’est le but principal ….cela fait 20 ans qu’ils l’esperent. …
    encore 10 ans maxi ou plus rapidement suivant la prochaine faillite des Banques quand on est à 130 % de dette du PIB des Banques.. .
    que tous les citoyens retirent leur cash dans les banques….c’est là faillite assurée. …

  • Cet article n’aborde pas le principal problème des taux négatifs à savoir la confiscation de l’épargne qui en résulte.

  • Prétendre que les taux négatifs permettraient de relancer la croissance est une affirmation difficile à justifier.

    Les taux négatifs peuvent se comprendre uniquement si la banque centrale rachète massivement les prêts à bon prix. A défaut, les prêteurs n’ont aucune raison de prêter leur argent qui fera défaut à l’économie, aggravant la récession. Mais une injection monétaire massive dans une économie qui entre en récession est elle aussi contreproductive. Cela revient à ajouter de la déflation à la récession par un effet de surcapacité, pas vraiment de quoi sauver les producteurs déjà en difficulté face à une demande atrophiée, d’autant plus atrophiée que les revenus subissent eux aussi la récession par manque de rendement de l’épargne. Certes, le prix des actifs flambe, mais quand la banque centrale cesse ses rachats, à qui vendre ? Cette richesse purement faciale est une fiction. Et pour ceux en situation d’acheter, c’est une perte de pouvoir d’achat et l’enfermement dans le surendettement. Ce sont autant de revenus futurs qui, puisqu’ils seront consacrés au désendettement, feront défaut pendant longtemps pour soutenir une éventuelle reprise.

    Dans tous les cas de figure, les taux négatifs sont récessifs. Non seulement ils aggravent la récession mais ils la prolongent sur la durée, sans autre espoir de sortie que l’hyperinflation, tout aussi destructrice.

    Il faut bien comprendre qu’une politique de taux négatifs n’intéresse véritablement que l’Etat. Quand une banque centrale initie cette politique, elle fait le choix conscient et objectif de sacrifier l’économie pour sauver l’Etat. Elle fait le choix d’aggraver la récession, ou à tout le moins de ralentir la croissance comme c’est le cas actuellement, tout en faisant semblant de s’en étonner.

    L’argument de la relance économique en justification des taux négatifs est un voile de mensonge destiné à dissimuler le véritable but de cette politique monétaire.

  • Les commentaires sont fermés.

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