Réforme du permis de conduire : Emmanuel Macron saura-t-il approfondir sa réforme très incomplète ?

La réforme du permis de conduire d’Emmanuel Macron il y a 3 ans est une avancée, mais très largement insuffisante. Saura-t-il aller plus loin ?

Par Joseph Daigneault.

La France ne serait pas réformable. Tel est le discours ambiant depuis plusieurs décennies. Le pays s’enfonce dans la crise, paralysé, amorphe, alors que les solutions pour échapper à sa lente agonie sont bien connues. Aujourd’hui, c’est au tour du Code du travail de faire l’objet de toutes les attentions. La réforme est sur toutes les lèvres, mais il n’est pas certain que le résultat soit à la hauteur. L’expérience de la loi Macron — un peu trop oubliée depuis que ce dernier a élu domicile à l’Elysée — est là pour rappeler à tous les « promoteurs de la réforme » que même une fois passée sous les fourches caudines du Parlement, une réforme peut vite être enterrée. Celle portant sur le permis de conduire en est un exemple malheureusement probant et soulève par ailleurs bon nombre de questions quant aux compétences de notre président…

Rendre accessible le permis…

Il aura fallu attendre trois ans après le début du mandat de François Hollande pour que la grande loi sur la « croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » soit promulguée. Un laps de temps qui montre que rien n’est simple en France même sur les sujets autour desquels il existe un large consensus. C’est le cas de l’accession au permis de conduire. Un permis de plus en plus difficile à obtenir, pas tant en raison du niveau de maîtrise exigé, mais en raison du coût et d’un processus d’attribution des places d’examen biaisé.

Selon un sondage OpinionWay réalisé pour Le Parisien en juin 2017, seuls 60 % des 18-24 ans sont titulaires du permis de conduire. Une majorité — certes —, mais qui baisse assez vite puisqu’ils étaient plus de 65 % à en être détenteur en 2013. Le désamour entre les jeunes et le papier rose n’est pas nouveau et même les dispositions prises pour rendre le permis moins pénible et moins coûteux à obtenir ne sont pas encore parvenues à inverser ou même ralentir la tendance.

Les jeunes repoussent ainsi le passage du permis et les raisons sont avant tout économiques. En effet, le papier rose est devenu si onéreux à obtenir qu’il faut avoir les reins financiers solides. Une disposition qui n’est généralement pas compatible avec la vie d’étudiant. Si les prix pratiqués dans les auto-écoles traditionnelles sont en moyenne de 1000 euros, les heures de conduite supplémentaires s’accumulant, l’addition peut rapidement atteindre les 1500 voire les 2000 euros dans certains cas. Le permis à un euro par jour, introduit il y a onze ans, n’a pas été suffisant pour stopper l’hémorragie.

Le système des auto-écoles est sclérosé et une part croissante de la jeunesse préfère ne pas entrer dans un processus d’obtention qui ruine leurs maigres économies et dont le temps nécessaire augmente énormément en cas d’échec à l’épreuve de conduite.

Obtenir une place prend plus de trois mois et le délai d’attente est monté à plus de 120 jours pour un second passage à l’examen — la moitié des candidats sont recalés la première fois. La situation a donc soulevé bien des protestations de la part des étudiants qui ont eu la légitime impression d’être tombés dans une équation insoluble où les très chères heures supplémentaires viennent compléter un encadrement initial souvent défaillant. Une situation que beaucoup attribuent au comportement des auto-écoles traditionnelles : « le système actuel repose sur le monopole des auto-écoles qui rend la clientèle captive » affirme Delphine Granier, analyste au think tank Génération Libre.

… Une promesse et une loi déjà oubliées

Pour casser ce cercle vicieux et redonner aux Français le goût de la conduite, Emmanuel Macron avait promis de casser le « corporatisme » qui faisait du permis de conduire un enfer. Les différentes dispositions introduites dans la loi ont été largement décriées par les auto-écoles qui ont vu du jour au lendemain des concurrents venir sur un secteur qu’ils croyaient intouchable.

C’est ainsi que sont apparues les auto-écoles en ligne qui ont cassé les prix et révolutionné les méthodes de l’apprentissage du Code de la route. Moins chères et plus efficaces, ces auto-écoles du XXIe siècle ont été décrites comme illégitimes par les institutions ayant pignon sur rue.

Les auto-écoles en ligne ont su séduire un large public attiré par des prix moins élevés (600 euros en moyenne) et la promesse de délais moins longs. Sauf que la réforme, bien engagée dans un premier temps, a déjà atteint ses limites, comme l’a souligné l’Autorité de la concurrence dans un avis publié en mars 2016.

En effet, le système actuel fait la part belle aux auto-écoles traditionnelles et « fausse le jeu de la concurrence » puisque le nombre de places donné aux auto-écoles dépend du nombre de candidats présentés par le passé. Il y a une prime à l’ancienneté et non pas à la qualité. Les nouveaux acteurs sur le marché sont lésés et ne peuvent proposer à leurs étudiants que les miettes quand bien même ils ont plus d’apprentis conducteurs à présenter que certaines auto-écoles traditionnelles.

Consciente de cette réalité, l’Autorité de la concurrence a enjoint les différentes parties prenantes à agir. Les sages de la rue de l’Échelle ont ainsi indiqué que la méthode d’attribution des places d’examen devait « tenir compte mensuellement de la réalité des besoins : à cet égard, le principal indicateur pourrait être le nombre de candidats ayant déjà réussi l’épreuve théorique et n’ayant pas encore réussi l’examen pratique (et ce quel que soit le nombre de présentations du candidat) au sein de chaque auto-école ».

Les solutions existent. Pourtant, pour le moment, il n’en est rien… Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant que la capacité d’Emmanuel Macron à diriger le pays soit remise en cause et que ce dernier ne cesse de chuter dans les sondages… Que penser d’un président qui ne parvient pas à faire appliquer une loi qu’il a lui-même promue et qui porte son nom ?