100 jours pour rien ?

100 jours sont passés pour Macron à la tête de l'Etat. Quels constats peut-on faire en essayant de rester optimiste ?
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100 jours pour rien ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 23 août 2017
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Voilà, c’est fait : cela fait 100 jours qu’Emmanuel Macron, probablement plus surpris qu’on ne le pense par sa propre performance, est parvenu et exerce à la plus haute marche du podium étatique. Si cette période est un peu courte pour tirer un bilan définitif de son quinquennat (il faudra encore plus de 1700 autres jours pour cela), au moins peut-on déjà dresser quelques constats et analyser la tendance générale.

Et ces constats s’imposent d’autant plus qu’un nombre important de Français a placé dans ce nouveau président beaucoup d’espoirs : espoir d’un renouveau en politique, espoir d’une meilleure gestion des relations internationales, espoir de réformes structurelles essentielles dans le pays, espoir d’une meilleure communication entre l’État et le peuple. Quant au reste des Français, ceux qui votèrent pour lui par défaut plus que par envie, et ceux qui ne votèrent pas pour lui voire contre lui, eux aussi sont à l’affût des marques de différences avec les précédents quinquennats.

Il faut dire qu’on revient de loin.

Le quinquennat Chirac fut désastreux d’immobilisme en matière de réformes profondes. La France, sur ce sujet, sera véritablement placée en mode « pause », pendant que sur d’autres thèmes, environnementaux par exemple, la pédale d’accélérateur sera copieusement écrasée. Le principe de précaution, introduit en 2005 dans la Constitution, continue de faire des ravages encore aujourd’hui.

Sarkozy fait un peu la grimaceLe suivant, fébrilement secoué par Sarkozy, fut l’occasion pour le pays de voter pour un président qui entendait faire des réformes au pas de charge et aller chercher la croissance avec les dents, et qui concrétisera cette vibrante volonté électorale par une enfilade de bricolages millimétriques, des moulinets de bras et des mouvements de menton frénétiques, ainsi qu’une avalanche de taxes particulièrement puissante (rappelons au passage que cette avalanche est toujours choisie plutôt que l’explosion des impôts, car une explosion laisse des victimes qui couinent très fort là où l’avalanche ensevelit tout le monde dans un silence sépulcral).

Le quinquennat suivant aura été savamment abruti à coups de pantoufles chaudes par un Hollande aussi onctueux qu’inutile en termes de réformes. Préférant utiliser son temps présidentiel pour enfiler les déclarations consternantes, ridiculiser le pays à l’international et distribuer l’argent des autres en continuant les pluies de taxes et d’impôts que Sarkozy avait démarrées, le pédalomane blagueur ne trouvera jamais la force d’une quelconque remise à plat des épaisses couches législatives et, par paresse intellectuelle, laissera s’en ajouter de nouvelles.

Trois quinquennats pour rien ; quinze années pendant lesquelles les taxes, les impôts et la dette française auront grossi dans des proportions inimaginables. Seules les Trente Glorieuses, en propulsant la France dans l’opulence, lui auront permis d’éviter un effondrement complet à la vénézuélienne. Mais la trajectoire ne fait aucun doute.

Dans ce contexte, l’arrivée aussi inopinée qu’artificiellement médiatique de Macron laissait une lueur d’espoir : tout allait changer, évidemment.

Cent jours plus tard, on peut cependant rester dubitatif.

L’espoir d’un renouveau en politique commence à s’étioler

En fait de renouveau, on assiste à un simple renouvellement des têtes mais pas vraiment des pratiques. Au sein du nouveau parti, beaucoup d’adhérents et de militants reprochent déjà l’organisation très pyramidale et l’autoritarisme permanent de la structure mise en place pour propulser Macron à la tête de l’État et lui fournir une ribambelle de députés tout frais. Ces défauts sont suffisamment présents pour qu’un nombre croissant d’adhérents quittent le parti. Quand aux députés novices, ils ont accumulé les bourdes pendant ces trois mois.

Bref : en termes de renouveau politique, on a essentiellement renouvelé le flacon et changé son étiquette. Son contenu, en revanche, ressemble à s’y méprendre à ce qu’on trouvait dans la mignonnette « Modem », la gourde « Les Républicains » et le cubitainer « Parti Socialiste » à la précédente législature.

L’espoir d’une meilleure gestion des relations internationales est mal engagé

Si, fort heureusement, notre nouveau président n’a pas enquillé les maladresses et les approximations coûteuses comme jadis Hollande ou Sarkozy, il n’en a pas pour autant fait des étincelles mirobolantes. Rappelant un peu l’arrogance crâneuse de Sarkozy lorsqu’il déboulait dans les Sommets européens en prétendant piloter les discussions et diriger l’Union d’une main ferme, Macron a plusieurs fois tenté de faire croire qu’il pourrait imposer son agenda et les préoccupations franco-françaises à l’ordre du jour européen.

Las. La situation économique piteuse de la France ne lui a guère permis de concrétiser quoi que ce soit dans le domaine. Pour le moment, la Chancelière allemande aura poliment mais fermement rappelé le jeune politicien à l’ordre et les institutions européennes auront continué leur petite marche guillerette sans tenir compte le moins du monde des petits caprices du jeune premier.

Bien sûr, cent jours, c’est trop peu pour déceler une tendance en ce domaine mais la stature internationale de Macron, tout en marketing et en communication, et très légère en matière de leviers politiques, ressemble beaucoup à celles d’autres leaders attachants de naïveté (Justin Trudeau vient à l’esprit, mais pas seulement). En somme, on retiendra sa poignée de main virile avec Trump, mais pas pourquoi l’un et l’autre se la serraient. Un peu court.

L’espoir d’une meilleure communication entre l’État et le peuple s’évanouit petit à petit

Une nouvelle (bonne) peut en cacher une autre (nettement moins) : en choisissant de trier très sélectivement (comme les déchets) les journalistes qui auraient accès à ses petites aventures, Macron montrait avoir compris que la presse ne serait pas forcément une alliée sur le long terme. C’était plutôt rassurant en ce que cela pouvait annoncer de grandes manœuvres (par exemple : des réformes !) généralement aussi peu populaires qu’elles sont nécessaires et pour lesquelles cette presse se serait empressée de brocarder le président. Du reste, le résultat global est satisfaisant notamment par contraposée avec ses prédécesseurs : Macron semble tenir sa stature. Hélas, la communication qui fut minutieusement choisie n’aura pas empêché que soit écornée son image par ses propres bévues, maladresses et autres boulettes pendant ces cent jours.

On pourra citer rapidement la gestion présidentielle des efforts budgétaires demandés à l’Armée, qui aura sérieusement amoché toute bonne entente qui aurait pu régner entre le président et ses soldats. On pourra rappeler la communication désastreuse (pour ne pas dire foutraque) de la baisse rikiki des APL et le brouhaha incompréhensible qui s’en suivra entre le président, son gouvernement et ses députés avant un rétropédalage pitoyable.

Ce qui se traduit inévitablement par une véritable dégringolade de sa popularité dépassée seulement par Jacques Chirac lors de son deuxième mandat, alors qu’il était déjà passablement émoussé par sept années d’exercice du pouvoir : Macron ne réunit maintenant plus que 36% d’opinions favorables.

Bref : espérons que ces ratés magistraux ne soient dus qu’à un apprentissage encore en cours sans néanmoins oublier qu’en matière de communication, ces 100 jours ont été décisifs pour les trois précédents quinquennats…

Enfin et surtout, l’espoir de réformes structurelles essentielles dans le pays est tout sauf conforté

On passera rapidement sur les réformes fiscales : rapidement rejetées aux calendes grecques, de vraies et solides baisses d’impôts ne verront jamais le jour. N’en parlons plus.

Oui, certes, youpi, une loi de moralisation de la vie politique est en place. Mais entre ce qu’elle aurait dû être et ce qu’elle est, l’écart est monstrueux. Apparemment, réclamer un casier judiciaire vierge à nos parlementaires comme pour tout le reste de la fonction publique semble chose impossible…

Alors, oui, youpi, des choses semblent enclenchées avec ces ordonnances concernant le Code du travail, depuis trop longtemps obèse. Mais à l’évident écart entre ce qu’on aurait souhaité (des simplifications massives du Code, par exemple) et ce qu’on obtient (un peu de cosmétique sur les Prudhommes, des modifications finalement timides dans les définitions des contrats de travail, et quelques autres mesures certes pratiques mais finalement assez difficilement qualifiables de fondamentales), on sait déjà qu’un nettoyage vraiment impactant n’est pas à l’ordre du jour.

D’autant qu’il y a loin de la coupe aux lèvres : ces modifications diverses (et notamment le changement, modeste, de rapport de force entre les accords de branches et ceux d’entreprise) seront toutes critiquées et âprement combattues par les syndicats avec, à la clef, d’inévitables sessions de grillades de merguez et barbecues citoyens dans les rues de Paris.

Macron tiendra-t-il bon ou, comme pour les APL, mettra-t-il La République En marche Arrière et dos au mur ?

Cent jours se sont écoulés. Au contraire des précédents quinquennats, reconnaissons que ce ne sont pas trois mois de perdus : des discussions ont eu lieu, de la communication aura été fournie, des projets ont été lancés. Mais l’analyse de ces discussions, de ces communications et de ces projets montre encore une timidité maladive et un manque de courage particulièrement flagrant du Président et de son gouvernement.

Les réformes essentielles (et maintenant vitales) ne pourront se faire sans affronter la frange la plus radicale, immobiliste et passéiste du pays. Beaucoup trop peu d’éléments montrent que nos dirigeants ont pris conscience de cette réalité.

Ce n’est pas rassurant du tout.

optimisme
—-
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  • N’est pas Napoléon qui veut, en plus cela c’est mal fini :-).

  • petit changement concernant la CSG : la baisse des cotisations salariales se fera en deux temps ; 1er phase prévu le 1er janvier 2018 , 2em phase en automne 2018….donc les salariés subiront durant 8 mois la hausse de la CSG avant de bénéficier à l’automne de la baisse des cotisations…..ha ben vouiche , on distibue de l’argent à tout va mais les caisses se vident elles aussi à tout va….macron bon président plus tard , point ne sait , mais piètre calculateur pour quelqu’un qui a travaillé dans la finance , ça c’est certain ;

  • Les camps se sont bien installés cet été. La bataille va pouvoir commencée, juste après la désignation de Paris aux JO, et les parisiens vont pleurer. Plus de voitures dans Paris grâce à sa mairesse, mais elles vont être remplacées par un spectacle lacrymogène, par procuration aux manifestants donnée par tous les mécontents de tant de mesures concentrées en peu de temps sur autant de classes sociales. En septembre à vos écrans, ne sortez pas de chez vous, Paris brulera-t-il ? Peut-être pas.

  • Quand on élit un socialiste, même soft, à la tête du pays faut pas attendre des réformes sur l’obésité de l’état!
    Ce pays est foutu!

  • Cette habitude des 100 jours est toujours aussi inutile car correspondant à la mis en place d’un gouvernement et d’une chambre, se faisant en outre durant la période des congés habituels en France. De plus, aucune chance que le moindre indicateur soit le reflet d’une activité de 3 mois, du moins pour des grandes tendances type commerce extérieur, chômage, gestion des biens publics ou quelques recadrages diplomatiques.
    Cependant, pour éponger les 40 dernières années et les 15 les plus récentes et les plus pourries, vu que le personnel politique s’appuie sur une pléthore d’administrations qui « suggèrent » les choix et « s’activent » ou non à redescendre les directives jusqu’au point d’accueil où le français moyen est réellement en contact avec ce mammouth, il devrait être nécessaire de faire le ménage. Tous les directeurs d’administration, tous les conseillers ou chargés de mission ( y compris les recasés d’avant qui reviendraient) et tous les cadres sup devraient être à minima mis en dispo, si ce n’est évacués, ceci avant analyse approfondie de leur action passée. Outre le fait que l’on aurait une visibilité sur la réalisation probable ou non des grandes lignes annoncées, cela serait un avertissement sans frais pour le reste de cette grande pyramide, qui en théorie est neutre et à notre service mais qui en réalité fait à peu près (et mal) ce qu’elle veut. Et là, au vu des prémices de notre Césarion, c’est pas vraiment gagné…

  • Il y a une proximité idéologique entre Macron et Blair ou Schröder, sauf que Blaire a bénéficié des réformes profondes de Thatcher, et que Schröder avait un mandat clair de son électorat pour réformer l’état providence.
    Ce ne sera pas le cas pour Macron, qui s’est déjà condamné à l’immobilisme, sauf pour la réforme du code du travail, mais ce sera insuffisant.
    Maintenant que va-t-il se passer en 2022 avec un chômage en hausse, une croissance proche de 0%, la fin du QE de la BCE, une dette record, aucune marge de manœuvre budgétaire ? Qui va sortir de urnes ?

  • rien ne change ….le déficit du PIB augmentera…
    le budget de l’état a 0% déficit. ..un rêve !!!

  • Juste une petite erreur de calcul : Chirac c’est (hélas) 12 ans, Sarkozy et Hollande 5 ans chacun. Le total de ces erreurs de casting, c’est pour les français 22 ans de leur vie.
    Vous auriez pu ajouter 7 ans de Giscard et 14 ans de Mitterand qui aura tout fait : nationaliser et privatiser, augmenter les impôts et les baisser avec la première cohabitation.
    Avec ces deux irresponsables que les médias glorifient, c’est 43 ans de la vie des français saccagés.
    Cela explique pourquoi le pays est maintenant à l’agonie, et que les français ont élu comme Président un jeune homme qui a été abusé par un de ses professeurs alors qu’il n’était qu’adolescent.
    Pathétique.

  • Les commentaires sont fermés.

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