Sommes-nous entrés dans l’ère du « post-politique ? »

Retour sur un ouvrage de Mathieu Laine, en 2009, qui posait la question de l’agonie de la politique. Et si les surprises des élections et référendums de ces deux ou trois dernières années étaient des signes de cette entrée dans l’ère du post-politique ?

Par Johan Rivalland.

Après avoir présenté trois livres parus dans la collection hélas interrompue « Idées fausses – vraies réponses », place à un ancien ouvrage de celui qui la dirigea. Avec pour thème la question de la mort de la politique telle qu’on la pratique depuis plusieurs décennies.

L’impuissance du politique

Dans cet essai, au sujet duquel je fus surpris et dubitatif qu’il ait été récompensé du prix de littérature politique Edgar-Faure, par un jury composé de plusieurs politiques, dont pas des moindres interventionnistes, Mathieu Laine dénonce l’impuissance du politique et justement les excès et dérives de l’interventionnisme.

Une véritable remise en cause de Keynes, célébré, à l’heure des faillites de l’interventionnisme (Mathieu Laine revient sur les origines de la crise des subprimes, montrant comme le faisait par exemple Charles Gave dans son Libéral mais non coupable que celles-ci sont à chercher du côté des décisions politiques, contrairement à ce que l’on tend habituellement à nous faire croire).

Pire, il met en garde à l’avance (ce qui a hélas largement été validé par les faits depuis), contre l’excès d’endettement des États et la nette aggravation de celui-ci avec les plans de relance démesurés, qui risquent d’entraîner une crise encore plus grave.

Ainsi, pour reprendre un passage qui résume bien l’esprit de l’ouvrage (pp.210-211), Mathieu Laine nous dit :

La crise de l’État providence a déchiré le voile d’ignorance subtilement posé, pendant des décennies, sur la toute-puissance du pouvoir et sur sa supposée capacité à améliorer concrètement nos vies. Elle s’accompagne, naturellement, de peurs et de mauvaises rumeurs sur l’avenir, mais ouvre, simultanément, des horizons d’inventivité insoupçonnés en matière d’organisation humaine. La nouvelle génération a, devant elle, un chantier passionnant : réinventer l’interventionnisme, optimiser réellement l’équilibre entre le public et le privé, définir une société dans laquelle l’action de chaque participant pourra permettre de faire réellement progresser la destinée de chacun. Le politique, qui était au coeur de toutes les formes de pouvoir et vers lequel on ne cesse de se retourner, voit aujourd’hui son pouvoir terriblement concurrencé et ses moyens d’action de plus en plus limités.

La tyrannie du pragmatisme

Et, de même que Myriam Revault d’Allonnes dans son Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie, Mathieu Laine va dans le sens de Friedrich Von Hayek, lorsque celui-ci oppose les constructivistes aux libéraux :

les premiers croyant possible de construire une société idéale, sur la base de plans échafaudés en amont par leurs cerveaux visionnaires, et les seconds estimant qu’une société se construit d’elle-même, de manière imprévisible, par l’effet d’une multitude d’actions, de réactions, d’erreurs, de corrections (l’explosion d’une bulle en étant une), de processus de coordination interindividuels, de création et de circulation perpétuelle d’informations, l’ensemble de ces mécanismes risquant bien plus à subir une interférence extérieure qu’à se développer librement.

Mathieu Laine dénonce ainsi, tour à tour, la « tyrannie du pragmatisme » (on appréciera, au passage, des clins d’œil tels que ce sous-titre en forme d’ironie, en référence à une célèbre phrase voisine de Keynes : « À court terme, nous serons tous myopes ») et les sources de « l’hypercrise« , avant de revenir sur les « mythes fondateurs » qui nous ont mené vers ces conceptions de la politique, pour proposer de « réinventer l’interventionnisme« .

Cependant, je n’adhère pas trop au titre de l’ouvrage, qui ne me semble pas vraiment caractériser correctement celui-ci. Ce qui est proposé par l’auteur, en fin de compte, est une adhésion aux sources mêmes du libéralisme ; d’où ma surprise au sujet de la récompense obtenue, que j’évoque en préambule.

Faire évoluer les mentalités

Un ouvrage à la fois de réflexion et de vulgarisation, qui permet de rendre accessible des raisonnements et théories pas forcément si communs, dans l’espoir de contribuer à faire évoluer les mentalités.

S’il n’y pas grand espoir de réellement bousculer rapidement les pratiques politiques telles qu’on les connaît (on le voit assez bien, me semble-t-il, actuellement encore), on peut toutefois constater que les mentalités des peuples évoluent ; et on peut donc espérer une montée en puissance lente mais certaine de la société civile.

Mathieu Laine, Post politique, éd. J.C Lattès, janvier 2009, 286 pages.