Macron v. Mélenchon : LFI n’est pas LREM

Mélenchon By: Blandine Le Cain - CC BY 2.0

LREM n’est pas LFI. L’une et l’autre sont inconciliables sur le fond et la forme. Le retour de la tradition et le rêve de l’inédit.

Par Philippe Bilger.

Il y a des sigles qui sont devenus très vite familiers au citoyen.

La France insoumise (LFI) avec Jean-Luc Mélenchon, La République en Marche (LREM) avec Catherine Barbaroux et Richard Ferrand, dans le sillage du président Macron.

Pour opposer une majorité massive à une opposition minime, quantitativement parlant, le débat intellectuel et politique n’en est pas moins passionnant entre ces deux forces inégales.

Organisation et pluralisme

La vie démocratique confronte l’une et l’autre à une réflexion sur le plan de leur organisation et du respect de leur pluralisme. En gros comment faire pour que la hiérarchie n’écrase pas la base, que la liberté de celle-ci soit sauvegardée et que la bureaucratie et son appareil n’étouffent pas les promesses qui présidaient à leur création ?

Il est déjà intéressant de constater à quel point les démarches sont antagonistes.

LREM reste dans un registre classique et la fronde qui est née contre ses responsables concerne « un manque de démocratie » qui aurait dû imposer l’annulation du scrutin organisé, du 23 au 30 juillet, pour le vote des statuts.

Une trentaine d’adhérents regroupés dans le collectif « La démocratie en France » ont déposé un recours en référé à cette fin mais ils ont été déboutés par le tribunal de Créteil au motif qu’ils n’étaient pas fondés sur ce sujet à intervenir procéduralement ainsi.

En revanche ils ont obtenu gain de cause sur le délai de convocation aux membres, qui devait être d’au moins un mois et qui avait été réduit à quinze jours. De sorte que le vote électronique du 30 juillet devra être reporté à la mi-août.

Contestation interne

Cette contestation interne n’est pas négligeable mais elle relève d’un processus qui ne se rapporte pas au fond mais seulement à la forme.

Ce sont les modalités qui ont été mises en question et apparemment au sein de LREM la volonté d’associer tous les adhérents n’est pas allée jusqu’à imaginer une structure sortant de l’ordinaire, une décentralisation poussée et un partage du pouvoir.

Pour résumer schématiquement, nous sommes dans une configuration qui est redevenue traditionnelle, conservatrice, après une campagne présidentielle qui avait brillé par son originalité, son quadrillage à la fois spontané et efficace de la France et la qualité improvisée de ses réseaux.

Pensée collective pour LFI

Pour LFI, nous sommes à l’évidence dans un parti qui a pour ambition de se distinguer sur tous les plans, et d’abord celui de son organisation et de sa pensée collective.

Une approche en quelque sorte révolutionnaire dont le principal objectif est de tenter de casser les inévitables hiérarchies, la lente et fatale emprise des chefs sur les membres en élaborant un système qui laisserait le programme à l’abri de toute contestation, privilégierait les initiatives locales et individuelles et, comme l’explique Jean-Luc Mélenchon, « se soucie d’être inclusif et collectif davantage que formellement « démocratique » (Le Monde).

Frontalement, LREM et LFI manifestent à quel point leurs perspectives sont dissemblables.

« Conservatisme » et gauchisme

La première ne veut rien bouleverser et, après des espérances de renouveau, a retrouvé avec bonheur les chemins partisans usuels, y compris sur le plan parlementaire.

Les dissidences font peur et on craindrait, pour peu que surgisse une authentique et pertinente contradiction, le risque d’une débandade qui mettrait à mal le caporalisme destiné à valider à tout coup les projets de loi.

La seconde est attachée à une vision « gauchiste » et essaie de la traduire à l’Assemblée nationale par des discussions et délibérations internes, l’ostensible modestie d’un Jean-Luc Mélenchon et la mise en lumière de quelques députés qui, même célébrés, lisent leur texte quand leur chef, lui, n’en a pas besoin.

LFI, même dominée par le nombre, avec un FN effacé, est parvenue à exister face à LREM.

L’une et l’autre décidément inconciliables sur le fond et la forme. Le retour de la tradition et le rêve de l’inédit.

LREM n’est pas LFI.

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