L’école intéresse-t-elle encore les médias ?

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L’école intéresse-t-elle encore les médias ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 juillet 2017
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Par Philippe Watrelot.

L’émission Rue des écoles diffusée sur France culture permettait à des spécialistes de débattre, mais surtout à des praticiens souvent anonymes, de rendre compte de leur quotidien d’enseignants.

Vers la disparition médiatique de l’école ?

Nous voici donc face à un criant paradoxe : tandis que l’école est l’un des sujets de société les plus vivement débattus dans l’espace public, plus aucun media ne daigne lui accorder l’importance d’une émission hebdomadaire.

On nous répondra sans doute qu’il est hors de question d’abandonner le terrain scolaire mais de l’intégrer aux autres sujets de société dans des émissions plus généralistes.

Pour nous qui connaissons bien les plateaux, nous savons très bien ce que cela signifie : quelques minutes d’éclairage, un micro-débat contradictoire où l’emporte celui ou celle qui a le verbe le plus haut et la maîtrise technique de l’art du débat, des reportages de terrain réduits à quelques secondes au montage, et au final une « invisibilisation » toujours plus importante des acteurs de terrain, enseignants comme élèves.

Des débats de plus en plus hors-sol

Que l’on ne s’y trompe pas : que les enjeux de l’école fassent l’objet de controverses régulières nous semble tout à fait normal et sain dans une démocratie ; les débats sur l’école sont des débats de société et éminemment politiques. Il n’y a donc chez nous aucune volonté de nous lamenter sur les prises de paroles multiples par des non experts ; après tout, toutes et tous sont passés sur les bancs de l’école et y mettent encore leurs enfants. Il est tout à fait légitime que la société se donne un droit de regard sur le sort de sa jeunesse.

Toutefois, nous constatons aussi que les débats sur l’école sont de plus en plus hors-sol et que la mécanique médiatique participe activement de ce décrochage. Que l’on songe à la pédagogie artificiellement opposée à la transmission des savoirs ; à l’approche manichéenne des méthodes d’apprentissage de lecture : syllabiques versus globales ; ou encore à l’enseignement de l’histoire ; tous ces objets de polémiques parfois d’une extrême violence sont le plus souvent déminés par un retour sur les pratiques routinières, expérimentales ou innovantes des enseignants. Or, le plus souvent, elles indiffèrent les férus d’audimats ou les gourmands de joutes médiatiques.

Est-ce le rôle du service public de nourrir cette mécanique  ? Devons-nous nous résoudre à subir une école des marronniers où seule la rentrée scolaire, le devenir des accents circonflexes ou les perles du Bac rythmeraient la présence médiatique des enjeux scolaires ?

Il faut des débats de qualité sur l’école

Il y avait dans l’émission Rue des écoles un louable souci de coller à une actualité mais aussi de rendre compte de la temporalité lente de l’école, celle d’une année scolaire, dans ses fluctuations, ses doutes, ses tâtonnements aussi. Il y avait également la volonté de faire connaître les travaux sur l’école : recherches scientifiques, essais, ou témoignages et d’accepter de passer du temps à en débattre.

Il est dans l’ADN des radios de qualité comme France Culture ou France Inter d’accorder du temps de parole à ses invités et non de les contraindre à quelques « punch line » les yeux rivés sur la minuterie.

Quelle perte ce serait alors que de ne plus disposer de ces sas de décompression pour y parler d’un sujet aussi brûlant que l’école. Le temps de l’école n’est pas celui du politique, il n’est pas non plus celui du buzz médiatique.

C’est pourquoi Radio France devrait, avant finalisation de sa grille de rentrée,  prendre la mesure de la responsabilité qui lui incombe, comme à nous tous, de témoigner de l’intérêt qu’elle porte aux questions d’éducation et, plus généralement, du devenir de la jeunesse.

Sur le webLicence CC-BY-NC-ND 4.0

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  • Tous les débats sur l’école débouchent sur un constat d’impuissance. « On » connait le mal de A à Z, mais d’année en année, de ministre en ministre, « IL » parait incurable.
    La question: »Qui commande l’École?, en fait, négativement, en empêchant tout changement? La solution d’un éclatement du pouvoir occulte qui impose le statu quo, se heurte, apparemment, à la difficulté de l’identifier, de le « neutraliser »(comme « on » dit, maintenant). À ma connaissance, la solution de l’autonomie de l’équipe pédagogique, réitérée en toutes occasions, n’a toujours pas été essayée. À ce rythme, ça demandera un temps indéterminable.

  • La recette pour réformer l’école tout le monde la connait mais personne n’ose en parler : elle tient en 4 remèdes :
    -sélection : à la fin du collège, fin du lycée unique (rendre le brevet sélectif comme le certif d’autre fois) et à l’université.
    -Autonomie des établissements et fin de la gratuité totale de la scolarité : compensation par un « chèque scolaire »
    -recentrage des programmes sur les vrais matières : Français, Maths, histoire-géo (supprimer les faux bacs pros foireux remplacés par un apprentissage de qualité pour les « manuels »)
    -Fin de l’immigration de masse extra européenne qui empêche toute assimilation des seules immigrés courageux et entraîne un nivellement par le bas de la population d’accueil.

    • Vous allez vous faire « ultra critiquer » par tous les tenants de la pensée pédagogique uniquement correcte de leur mission sacrée. Et ils sont nombreux dans l’enseignement primaire, secondaire et on dira tertiaire.
      Quant à l’Université, n’y songez même pas. C’est une mine d’égalitaristes à tout prix, et un endroit merveilleux pour faire croire aux lendemains qui chantent sans effort.

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