Idée reçue : « Le modèle allemand génère de la pauvreté »

La question de la pauvreté est immensément plus complexe qu’un simple taux. Juger un modèle économique à l’aune de cette simple statistique est donc stupide. Explications.

Par Eddie Willers.

Lorsqu’on évoque le modèle économique allemand, c’est souvent pour parler de son chômage bas et de sa balance commerciale excédentaire. Pourtant cela fait maintenant quelques mois que je vois apparaître sur les réseaux sociaux et sur les articles des fameux décodeurs l’affirmation suivante : oui, mais l’Allemagne a un taux de pauvreté plus élevé que chez nous.

Il est de 16,1% en Allemagne contre 14,1% en France. On vous l’avait bien dit, notre modèle social que la Terre entière nous envie est donc bien meilleur que votre modèle ultra-néo-libéral allemand. Oui, enfin non.

Comment se définit le taux de pauvreté ? Comme le pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, lui-même défini à 60% du revenu médian. Un premier élément saute donc aux yeux : plus le revenu médian est élevé, plus le seuil de pauvreté est élevé et donc plus les gens sont susceptibles de correspondre à ces critères.

Le salaire médian en Allemagne

Or, en Allemagne le salaire horaire médian est de 15,70€ contre 14,90€ en France. Le seuil est donc forcément plus élevé en Allemagne qu’il ne l’est en France. Or qui pousse le salaire médian à la hausse ? Ce sont les 50% les plus pauvres. Le revenu des plus pauvres, disons du premier décile, augmente peu naturellement car ce sont des personnes avec une très faible productivité qui sont bien souvent en dehors du marché de l’emploi.

Ainsi le revenu médian augmente lorsque le revenu médian de la classe moyenne augmente lui aussi. Avoir un taux de pauvreté qui augmente peut donc signifier deux choses : soit la classe moyenne s’enrichit, soit les plus pauvres deviennent encore plus pauvres. Et inversement si le taux de pauvreté baisse cela peut s’expliquer par des revenus de la classe moyenne qui s’effondrent ou des transferts sociaux plus importants vers les plus pauvres.

Biais statistique sur la pauvreté

C’est pour cette raison notamment que notre cher ex-président s’était félicité du fait que le taux de pauvreté baissait en France. Il avait augmenté les impôts des classes moyennes et accru les transferts sociaux vers les plus pauvres. Il existe donc un réel biais statistique à la mesure de la pauvreté qui peut parfois révéler des effets pervers. Est-ce qu’un matraquage fiscal des classes moyennes au nom de la lutte contre la pauvreté est légitime ? Je vous laisse y répondre.

Autre élément, le taux de pauvreté ne tient pas compte du niveau de vie. Vivre avec 935€/mois à Paris n’a absolument pas les mêmes implications que de vivre avec 935€/mois à Tulle. Il en va de même en Allemagne. Il faut alors comparer le coût de la vie en France et le coût de la vie en Allemagne. De façon relativement grossière et en utilisant le Big Mac Index de The Economist, il apparaît plus de 5% moins cher outre-Rhin. Et cela ne tient pas compte des très grandes différences de prix de l’immobilier entre les deux pays.

Disparités entre les deux Allemagnes

Il faut également signaler que les Länder de l’ex Allemagne de l’Est sont plus affectés par la pauvreté que le reste du pays. Le salaire médian y est 7% inférieur et en conséquence, ils concentrent 30% des personnes en situation de pauvreté bien qu’ils ne représentent que 20% de la population allemande (T. Ward : “European inequalities : social inclusion and income distribution in the European Union”). Ainsi les disparités entre les deux ex-Allemagne ont tendance à faire gonfler le nombre de pauvres du pays.

Enfin j’ajouterai que pour le moment nous ne nous sommes concentrés que sur l’aspect monétaire et purement économique de la pauvreté. Néanmoins la pauvreté peut revêtir d’autres formes, en particulier le manque de lien social. Disposer d’un emploi, avoir des collègues et interagir avec eux contribue à éviter que les gens ne sombrent dans la pauvreté. Plus ils ont de liens et plus ils seront en mesure de solliciter de l’aide pour s’en sortir. Un taux de chômage faible prévient donc les risques de basculer dans la pauvreté et ou d’y rester.

Une facilité intellectuelle

Ainsi conclure que le modèle allemand crée des pauvres constitue une réelle facilité intellectuelle. Comme nous l’avons vu, le taux de pauvreté est soumis à de nombreux biais statistiques. Une politique communiste comme celle appliquée en Allemagne de l’Est aura pour effet de réduire le taux de pauvreté car le salaire médian y sera bien plus faible. Pour autant, pouvons nous dire que les gens sont moins pauvres dans un régime communiste ?

La question de la pauvreté est immensément plus complexe qu’un simple taux. Juger un modèle économique à l’aune de cette simple statistique est donc stupide. Néanmoins, elle demeure malheureusement utile pour nos gouvernants qui l’utilisent afin de justifier leurs politiques collectivistes.

Sur le web