Ordonnances Macron : le grand bond contre la liberté d’entreprendre

Les ordonnances amoindriront la liberté d’entreprendre au lieu de l’accroître. On attendait une révolution libérale. On obtient une réaction étatiste et corporatiste.

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Prison (Crédits : Matthias Müller, licence CC-BY-NC-ND 2.0)

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Ordonnances Macron : le grand bond contre la liberté d’entreprendre

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 30 juin 2017
- A +

Par Éric Verhaeghe.

Les ordonnances seront donc à la liberté d’entreprendre ce que Bayrou fut et est au libéralisme : une trahison permanente, une imposture et une menace quotidienne et même peut-être, sans doute, une farce. Tout entières dévouées au service des grandes entreprises, elles organisent en masse la prolétarisation des entrepreneurs et leur mise aux pas par les donneuses d’ordres.

Et le plus agaçant, sans doute, est d’entendre la bien-pensance nourrir le mythe de textes en rupture avec l’ordre qui se construit patiemment depuis Martine Aubry.

Le mythe de la branche régulatrice inventé par Hollande…

La loi El-Khomri avait apporté une invention socialiste baroque, en prétendant (et c’était une innovation en rupture avec la liberté d’entreprendre) que les branches professionnelles avaient un rôle sorti du chapeau : réguler la concurrence entre les entreprises.

Mais d’où venait cette idée selon laquelle la concurrence entre les acteurs d’une branche doit être « régulée » par la « branche »?

L’origine, on la connaît bien. Elle est par exemple présente à l’état pur dans la branche du bâtiment où les acteurs installés fixent des barrières à l’entrée pour les nouveaux, en déterminant des « tarifs », c’est-à-dire des niveaux de rémunération élevés (mais aussi des niveaux de qualification et autres réglementations en opportunité). C’est, pour eux, la meilleure façon de se protéger contre la concurrence.

Et probablement faut-il retenir ici une idée générale, simple à comprendre : quand on dit que la branche « régule » la concurrence, il faut en réalité comprendre qu’elle protège les « insiders » contre la concurrence des outsiders.

Autrement dit, l’essence même de la branche est de limiter la liberté d’entreprendre pour protéger les acteurs établis. D’une certaine façon, la branche est par nature un outil inventé pour lutter contre l’innovation des nouveaux entrants. Bref, tout ce qu’il faut éviter pour relever le pays de son déclin.

… renforcé par Macron !

Contre toute attente, Macron qui avait promis de moderniser le marché du travail, entend bien renforcer le rôle de la branche au lieu de le diminuer. Autrement dit, les ordonnances ouvriront sans doute des perspectives nouvelles pour les grandes entreprises installées, mais elles durciront la réglementation pour les nouveaux entrants. En ce sens, Macron ne fait rien d’autre que continuer et aggraver la politique entamée sous Hollande.

Selon le texte proposé par le gouvernement, en effet, les branches verront leur rôle renforcé dans trois domaines : la formation professionnelle, le financement syndical et la protection sociale complémentaire.

Pour beaucoup de salariés, ces sujets sont invisibles. Ils ne le sont toutefois pas pour les entreprises qui se voient mises à l’amende par des accords de branche farfelus sur lesquels elles n’ont d’ordinaire pas le pouvoir de peser. Ils le sont encore moins pour les fédérations syndicales qui vivent des contributions qu’elles imposent de façon opaque aux entreprises qu’elles chapeautent.

En Marche vers la bureaucratisation de l’économie française

On comprend bien la logique sous-jacente au projet macronien : le banquier d’affaires ne connaît pas le tissu des petites et moyennes entreprises qui font l’économie française, ils les trouve désordonnées, et son projet est de les structurer autour d’une logique pyramidale. Pour ce faire, il a besoin de constituer des branches fortes, capables d’édicter des réglementations comme le ferait une administration.

Si Emmanuel Macron n’a pas cette idée lui-même, la technostructure qu’il a nommée pour tenir les cabinets ministériels l’a conçue pour lui. On pense ici au directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, proche de la CFDT, au directeur adjoint de cabinet d’Édouard Philippe, Thomas Fatôme, qui dirigeait la Sécurité sociale, ou au conseiller social de l’Élysée, qui a rédigé la loi El-Khomri. Cette bande organisée est bien décidée à transformer la libre concurrence en secteur administré.

Forcément, l’enracinement du corporatisme qui se prépare à travers ce renforcement des branches est une catastrophe sans nom, un immense retour en arrière, l’image même de la réaction nobiliaire dont l’économie française ne peut que souffrir gravement.

Incontestablement, ces ordonnances seront une rupture profonde, dont il faudra peut-être du temps pour mesurer l’ampleur. Mais, pour les petites entreprises, ces ordonnances rimeront durablement avec renforcement d’un ordre favorable aux grandes entreprises.

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  • Macron est un étatiste…il n’a jamais promis de réduire la bureaucratie. Seulement d’en alléger (un peu) les effets avec son fameux droit à l’erreur.

  • Commencer un article par le mot donc, quand on a encore rien établi du tout, ce n’est pas sérieux. Le texte touche à un sujet important, et par là il mérite d’exister, mais il est rédigé un peu trop à la paresseuse, les informations étant remplacées par des affirmations, et le raisonnement relevant de la position péremptoire. L’auteur nous a habitué à mieux.

    • @ Volanges
      De fait! D’où sortent ces conclusions?
      Que dit le texte de l’ordonnance?
      D’où sort cette suspicion « de branches »?

      Rien n’est clairement établi et probant dans cet article, si ce n’est un préjugé anti-Macron et anti-branche, eux, très clairs!

  • celui là n’a donc pas compris que toutes les entreprises , grandes ou petites , ont leur importance en france ; même le petit auto entrepreneur à son importance ne serait ce que par le fait qu’il crée son propre emploi et paie à ce titre les charges sociales ; tout les entrepreneurs sont utiles , en tout cas surement plus que ces élus qui ont décidément la grosse tête mais qui est pleine de vide ;

  • Un gvt élu par les grandes entreprises via le systeme médiatique (entre les mains des grandes entreprises) protège ses électeurs…

  • En même temps il fallait être fou pour attendre quelque chose d’autre de Macron . Macron pour moi c ‘est le Jean Marie Messié de la politique. Messié a coulé le plus grand employeur privé du pays en un temps record. Macron va plier la France en 5 ans . Bon , ce n’était pas difficile me direz vous, le travail était déjà bien avancé.

    • @Val
      Bonjour,
      « Messié a coulé le plus grand employeur privé du pays en un temps record.  »
      J.M. Messié a coulé le plus grand employeur privé, lequel était fort rentable et sain financièrement. La France est très malade, Macron l’achèvera assez vite.

  • Merci à Eric Verhaeghe pour cette prospective.
    Il n’y a rien de libéral dans « la bureaucratisation de l’économie française ».
    Le tissu économique de la France va donc continuer à se dégrader sous le poids d’une réglementation de plus en plus contraignante avec des prélèvements étatiques qui vont s’amplifier à la fois sur les entreprises et sur les entrepreneurs.

  • Moi, je pense qu’il faut tout lui laisser faire. Ordonnances, décrets, lois et plus si possible.
    Afin que la France s’écroule d’elle même AVANT 2 ans.
    On connait tous des « joueurs » qui ayant un jeu de poker, du tonnerre, se sont retrouvé, viré de la table du Casino, par un adversaire improbable.
    Et puis, cela montrera AU MONDE ENTIER, que le socialisme ne marche pas dans les démocraties organisées et soi disant libres et riches de leurs diversités.
    Les vieux doivent voir, leurs retraites scandaleusement élevées acquises par leurs labeurs des 30 glorieuses, être « limitées » comme on va limiter les indemnités prudhommales demandées par le Medef.
    Comme cela, les jeunes ne seront pas jaloux de voir les nouveaux retraités rouler « carrosses » dès qu’ils se font virer de leur Entreprise.
    Et ces jeunes « travailleurs » seront contents d’apprendre par la presse bien pensante de gauche forcément que leurs pouvoir d’achat à eux, est supérieur à celui de ces nouveaux « quinquagénaires futurs sans dents statistiques ».
    L’égalité partout et « jusqu’au bout ».
    Et il faut aussi que « Jupiter » joue avec la chancelière allemande nos tonnes d’or entreposées dans les coffrets de la BF, pour sauver sa parole de revenir au dessous d’un déficit français de 3% dès cette année, comme promis par lui-même avant son élection.
    Être de ceux qui n’ont plus rien mais qui ne doivent plus rien, voila la nouvelle stratégie gagnante du banquier Jupitérien.
    La pauvreté partout, et surtout pour les anciens et nouveaux vieux « travailleurs riches ».
    Et ils sont 21 millions qui n’attendent qu’à se faire plumer de leur « mal gré ».
    La prochaine fois, ils iront voter pour leur révolution grise.

    • Si ça pouvait servir!
      Mais au bout de 3 ans, on nous dira que des facteurs étrangers ingérables et imprévisibles ont empêché mini- Jupiter à tenir ses objectifs…on nous parlera de terrorisme, de situation d’exception, et autres drames bancaires qu’on ne pouvait pas voir venir.
      Résultat, 15 M de crédules choisiront de lui donner une seconde chance…
      Je crains que tout cela ne finisse dans la rue au détriment de tous.

      • @Bago
        Bonjour,
        « Mais au bout de 3 ans, … on nous parlera de terrorisme, de situation d’exception, et autres drames bancaires qu’on ne pouvait pas voir venir. »
        Situation d’exception qui deviendra la norme, tout comme l’état d’urgence deviendra la norme ; malgré les verrous et la surveillance de masse ils prétendront évidemment que ce n’est pas leur faute ni celle de leur idéologie.

  • Ceux qui n’avaient pas compris les raisons pour lesquelles Emmanuel Macron drapait ce qui lui servait de « programme » dans un flou cotonneux vont maintenant comprendre … lentement … comme les supplices Chinois.

  • Un énarque président, un autre premier ministre, un troisième ministre de l’économie et des finances…. Tout est dit?

    Ah non! Ce dernier proposait de supprimer l’ENA dans une vie précédente (primaires de la Droite)… Chiche?

  • Attendons pour voir! Il y aura ceux qui vont trouver qu’enfin il y des réformes libérales mises en œuvre, il y en aura d’autres qui vont penser que ce n’est pas suffisant et il y en d’autres , probablement les plus nombreux, pour penser que le Président est un grand communicant (comme Obama) mais qu’à la sortie la montagne va accoucher d’une souris.

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