Corriger l’Histoire-Géo au Bac

Petit témoignage d’un enseignant plongé dans la correction de copies du bac…

Par Gérard-Michel Thermeau.

Je me suis livré cette semaine à un exercice que j’ai eu l’occasion de pratiquer à de nombreuses reprises dans ma carrière : la correction des copies d’Histoire-Géographie de la série S.

Quand je dis correction, je m’exprime sans doute mal. En fait, nous ne corrigeons pas les copies du Bac, nous les évaluons. Corriger supposerait de souligner les problèmes, les erreurs et les confusions et d’indiquer en marge ce qui ne va pas. Travail que nous accomplissons avec nos élèves tout au long de l’année.

Un exercice encadré

Au Bac, il n’est pas du tout question de cela. À une époque aussi procédurière que la nôtre, il est devenu hors de question d’écrire quoi que ce soit sur les copies pouvant prêter à contestation.

Nous nous contentons de les lire puis de rédiger dans l’en-tête une appréciation, ou plus exactement deux, l’une pour l’histoire, l’autre pour la géographie. La note globale doit être cohérente avec les appréciations. L’inspection nous invite à user de toute l’échelle de la notation, mais néanmoins sans mettre de zéro, sauf en cas de copie blanche.

La correction, quoiqu’en disent les collègues, il faut bien se plaindre, peut donc être faite rapidement, en tout cas beaucoup plus rapidement que pendant l’année scolaire. Le principal inconvénient en cette période pour les professeurs de lycée réside surtout dans les déplacements imposés par le souci de ne pas noter ses propres élèves.

De Lyon à Saint-Étienne

Dans l’académie de Lyon, les Stéphanois découvrent les charmes de la circulation lyonnaise et les Lyonnais les agréments imprévus de Saint-Étienne. Cela fait beaucoup de déplacements plus ou moins utiles, beaucoup de pollution atmosphérique sans parler d’émissions de méchants CO2. Mais le Bac, c’est le Bac, n’est-ce pas.

La lecture des 74 copies dont j’avais la charge m’a un peu rassuré. D’abord sur le niveau qui, pour les uns, baisse depuis la nuit des temps et qui, pour les autres, monte jusqu’au ciel. Disons-le, les élèves que j’ai évalués ont, dans leur grande majorité, rédigé des copies relativement correctes.

L’orthographe était ce qu’elle était, aussi mauvaise que dans nombre de quotidiens de référence. La syntaxe n’était pas toujours exemplaire, et parfois rigolote. Les perles agrémentaient parfois la lecture un peu répétitive du traitement de mêmes sujets.

Quelques surprises

Mais globalement, nos têtes blondes ou brunes étaient capables de présenter de façon claire et précise la place de la Chine dans le monde depuis 1949.

Et là, surprise, que lisait-on ? Eh bien que la période maoïste a été particulièrement désastreuse, avec un régime totalitaire, une terrible famine provoquée par le bond en avant et une désastreuse révolution culturelle.

Ensuite que la libéralisation de l’économie chinoise a fait reculer la pauvreté. Mais cependant, la nature toujours autoritaire du régime chinois était soulignée avec des références souvent précises à l’écrasement du « printemps de Pékin ».

N’est-ce pas rassurant ?

L’autre sujet de composition sur « Gouverner la France» a été moins réussi. Comment en 1h30 à 2 h, un candidat peut-il traiter un sujet aussi vaste, ambitieux et mal conçu d’ailleurs ? La faute en est au programme plus qu’aux candidats. Aussi ce sujet fut peu choisi.

L’analyse de documents sur l’insertion de l’Afrique dans la mondialisation était dans l’ensemble correctement traitée. Certes, les candidats ne comprenaient pas nécessairement la différence entre un texte évoquant des flux d’IDE et une carte représentant des stocks d’IDE.

Mais la plupart des correcteurs ne faisant pas davantage la différence, cela n’avait pas une grande importance. Dans l’ensemble, les candidats s’efforçaient de montrer en quoi l’insertion dans la mondialisation était une bonne chose. Mais aussi les handicaps du continent africain, avec l’analphabétisme, la corruption des dirigeants et l’instabilité politique.

Et finalement, en lisant ces copies, parfois maladroites, je me posais une question : comment des jeunes gens qui rédigeaient des choses sensées sur les méfaits du communisme, les bienfaits de la liberté en économie et le rôle positif joué par les IDE dans le développement des pays pauvres pouvaient-ils ensuite voter Le Pen ou Mélenchon ?