Le fiché S avait un permis officiel de détention d’armes

L’auteur de la tentative d’attentat sur les Champs-Élysées, était fiché S et pourtant détenteur d’un permis de détention d’armes. A quoi servent les lois antiterroristes, si les policiers s’en servent pour surveiller les citoyens mais pas les terroristes ?

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Emmanuel Macron by French Embassy in the US(CC BY-NC 2.0)

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Le fiché S avait un permis officiel de détention d’armes

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 21 juin 2017
- A +

Par Éric Verhaeghe.

En arrivant à l’Élysée, Emmanuel Macron a voulu créer auprès de lui une « task force » qui a désormais force de loi. Dans la pratique, le nouveau Président a donc validé le principe d’une énième strate dans le mille-feuille administratif français, qui lui donne l’illusion du pouvoir et qui pourrait bien lui permettre, comme le faisait François Mitterrand, d’écouter la vie privée et les secrets d’alcôve de tous les Français directement depuis son bureau.

Et dire qu’on avait pour injonction de voter Macron afin d’empêcher le triomphe du fascisme lepénien…

Pendant ce temps, la lourdeur administrative reste

Sous ces grandes créations policières, la machine reste toujours aussi inefficace au quotidien. La tentative d’attentat de Djaziri Adam L. sur les Champs-Élysées en témoigne.

L’intéressé est fiché S. En quelques heures, les journalistes sont parvenus à savoir que les voisins s’étaient émus du comportement de l’intéressé :

On s’était plaint auprès du maire car ils organisaient tous les week-ends de grandes réunions tous volets fermés avec plusieurs dizaines de personnes. (…) Ça a duré pendant plusieurs années, mais ça s’était calmé depuis deux, trois mois, a encore confié la même voisine à l’AFP.

Malgré ces évidentes menaces, l’intéressé a pu s’inscrire dans un club de tir et obtenir un permis de détention, renouvelé par la Préfecture de l’Essonne en février 2017.

En réalité, depuis janvier 2015, c’est-à-dire depuis les attentats de Charlie Hebdo, et malgré l’état d’urgence et un fourmillement de lois antiterroristes, l’administration française continue son travail ordinaire comme si de rien n’était. Aucun fonctionnaire de la préfecture de l’Essonne ne semble vérifier que les détenteurs d’armes appartiennent ou non au fichier S. Ou, si la vérification est faite, personne n’en tire la moindre conséquence utile pour l’intérêt général.

Quelle crédibilité sur le terrorisme pour Macron dans les semaines à venir ?

On le voit, on pourra créer toutes les task force et voter toutes les lois anti-terroristes du monde, si le fonctionnaire du quotidien ne prend pas ses responsabilités, tout cela ne sert à rien. C’est ici que la crédibilité de Macron est en jeu.

Fera-t-il ce que tous les autres avant lui ont fait en cédant au réflexe : un problème, une loi ? Ou bien agira-t-il en instaurant de l’esprit de responsabilité et d’initiative dans les services publics ?

Certes la tâche n’est pas facile car, continûment depuis plus de 20 ans, le service public sélectionne ses cadres sur leur incapacité à prendre des responsabilités et des initiatives. On ne reconstruira pas l’esprit public sans brutalité ni sans difficulté.

Mais c’est sur cet enjeu-là que le Président est attendu.

Décret n° 2017-1095 du 14 juin 2017

Le Code de la défense est ainsi modifié :

1° À l’article R. * 1122-7, les mots : « coordonnateur national du renseignement » sont remplacés par les mots : « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme » ;

2° La sous-section 3 de la section unique du chapitre II du titre II du livre 1er de la 1re partie devient la sous-section 4 ;

3° Dans cette même section, il est créé une sous-section 3 « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme et centre national de contre-terrorisme » comprenant les articles R. * 1122-8 à R. * 1122-8-2 ainsi rédigés :

« Art. R. * 1122-8.-Nommé par décret en conseil des ministres, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme conseille le Président de la République dans le domaine du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.

« Il coordonne l’action des services spécialisés de renseignement désignés à l’article R. 811-1 du Code de la sécurité intérieure, et, en tant que de besoin et pour les seules finalités du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, des autres services de renseignement désignés à l’article R. 811-2 du même code. Il transmet les instructions du Président de la République aux ministres responsables de ces services et s’assure de leur mise en œuvre.

« Avec le concours du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, il rend compte de son activité devant le conseil de défense et de sécurité nationale et devant le conseil national du renseignement. Il prépare les réunions de ce dernier. Il assure le suivi de la mise en œuvre des décisions qui concernent les services de renseignement arrêtées dans ces instances.»

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  • c’est à croire qu’aux yeux de l’état , ce sont les citoyens qui sont des térroristes ; je me pose quand même des questions ; d’ou cet individu fiché S tirait il son argent pour payer tout son arsenal ? travaillait il ? touchait il le RSA ? sont ce les citoyens qui vont devoir faire le travail des policiers en surveillant tel ou tel individu dont le comportement est suspect ? et quand bien même , sera t’il tenu compte de leurs observations et de leurs doutes ? ce laxisme de l’état envers les dangers du terrorisme va t’il donc continuer ?

    • @véra

      Encore faudrait-il que la race des journalistes n’ait pas disparu pour poser ces questions.

    • @ véra
      En fait, les citoyens ont bien sûr un rôle à jouer en dénonçant des propos ou comportements très suspects, surpris un peu par hasard. Si la France se dit « en guerre », il ne s’agit pas de délation mais de civisme.

      Mais ces dénonciations (très nombreuses) doivent être crédibles, recoupées et suffisantes puis vérifiées pour déterminer le risque de dangerosité de l’individu qui ne sera interpelé qu’après ces vérifications de sa personne et de son réseau potentiel: c’est un travail énorme pour des résultats maigres!

      J’ai lu qu’en France, suivre un suspect continument demande la collaboration de 25 personnes (?): c’est évidemment impayable à grande échelle!

      L’arsenal (si large?) peut bien provenir de complices ou de sympathisants de la « mouvance »!

      Donc oui, les terroristes discrets, jamais soupçonnés par personne (même par leurs parents), pourront encore agir: raison pour ne pas baisser la garde!

  • Attention au titre choc et ne pas confondre détention d arme et port d arme, c’est TOUT à fait différent ?

  • « Si le fonctionnaire du quotidien ne prend pas ses responsabilités, tout cela ne sert à rien. » D’accord, mais s’il les prend, on le traitera de raciste…

    • @orldiabolo

      Que de chemin parcouru, depuis qu’à l’origine, le fonctionnaire était au service de la nation…

  • Il est temps de prendre conscience que le problème ce ne sont la les lois il y en a plus que de raison, c’est la façon dont notre service public veille à leur application, ce n’est pas le nombre de fonctionnaires nous en avons plus en proportion que nos voisins c’est leur temps de présence au travail et sur le terrain, ce n’est pas les syndicats qui font ce qu’ils pensent être leur travail mais notre incapacité à faire bouger le mammouth en le rendant autonome et RESPONSABLE ce qui signifie récompense et châtiment. Et si le taux horaire et la flexibilité n’était qu’une partie de notre manque de compétitivité du secteur privé, l’état d’esprit du secteur public aurait il commencé à gangrener le privé?

  • Pauvres fonctionnaires,on leurs reproche de n’appliquer que la loi rien que la loi….et il n’y a pas de lois pour empêcher quelqu’un de pratiquer un sport…mais , il faut sans doute interdire ce sport…parceque parfois , un fois , un terroriste l’a pratiqué !

    • La loi exige que les permis de détention d’armes soient attribués avec parcimonie et pas à n’importe qui.

    • non, il semble que cette histoire de « fiché S » soit lié à un fichier, quelque part. Ce que dit l’article, ce n’est certainement pas qu’il faut interdire les clubs de tir, mais plutôt que si une personne est fichée S pour cause de risque terroriste il faudrait peut-être se poser 2 ou 3 questions en préfecture avant de lui accorder un permis de port d’arme.
      Enfin, ça, c’est ce qui se passerait dans un pays ayant un minimum de cohérence.

      • @Anagrys
        Bonjour,
        Le « S » dudit fichier signifie : « Sécurité nationale ». C’est pour cela qu’il y a beaucoup de noms sur ce fichier.

  • Les fichés S ne le savent pas. Toute l’efficacité du fichage c’est d’identifier des personnes à risque à suivre…en toute discrétion.
    Retirer un permis de port d’armes sans pouvoir le justifier clairement risque de mettre la puce à l’oreille dudit S et lui faire prendre encore plus de précaution pour se dissimuler.
    Se procurer une arme est d’ailleurs très facile et pas cher sur le dark web. Les radicalisés n’attendent pas d’obtenir une autorisation administrative de port d’arme pour s’en servir.
    Bref, les idées trop simples ne résistent pas à l’analyse…

    En revanche la task force conçue pour briser les cloisonnements entre DGSI et DGSE est essentielle. Et elle ne suffira sans doute pas à surmonter les réticences et les rivalités entre services….

    • D’ailleurs il va sans dire qu’Action Directe, l’ETA et tous les organismes terroristes qui ont fait florès dans les années 70/80 faisaient un usage intensif du dark web pour constituer leur arsenal.
      Au passage, il vaut mieux que ça ne soit pas cher, il faut rappeler que même au marché noir un paiement de plus de 1000€ ne doit pas être fait en liquide – la loi s’applique pour tous, sapristi !
      Par rapport à l’autorisation, est-ce que le permis de port d’arme pour les membres d’un club de tir autorise à se ballader dans la rue avec un AK-47 chargé…?

      • Il n’est pas question de « port » d’arme, qui est interdit tout simplement, mais soumis à privilèges. Il est question d’autorisation/de permis de détention. Les rares personnes, hors police/armée et convoyeurs de fonds, a avoir le permis de port d’arme, ne sont autorisées qu’à porter une arme de poing et 50 cartouches.
        Si jamais le port d’arme était rendu, vous promener avec un AK-47 chargé, serait autorisé puisque légal.

  • D’accord avec Frédéric.
    Cependant, n’oublions pas non plus ce que sont les Fiches S… »La fiche S (pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ») n’est en réalité qu’une des nombreuses catégories d’un fichier vieux de plus de quarante ans : le fichier des personnes recherchées (FPR). Créé en 1969, il comporterait plus de 400 000 noms, qu’il s’agisse de mineurs en fugue, d’évadés de prison, de membres du grand banditisme, de personnes interdites par la justice de quitter le territoire, mais aussi de militants politiques ou écologistes (antinucléaires, anarchistes, etc.). »
    Bref, ce n’est certainement pas parce qu’untel est, ou non, fiché S que cela va changer grand chose. Pour moi, cela revient surtout à essayer de marquer telle ou telle personne, plus visible, parmi des dizaines de milliers d’autres, en repoussant toujours plus loin les décisions qui doivent être prises sur le fond, à savoir, notamment, la rencontre entre délinquance, chômage, inculture, et islam politique.

  • « A quoi servent les lois antiterroristes, si les policiers s’en servent pour surveiller les citoyens mais pas les terroristes ? »
    C’est ça ! Le « terrorisme » est le prétexte, mais la cible est les citoyens.
    Le « fichier S » et le « Fichier TES » ne servent qu’à surveiller et ficher les citoyens.

    • S’il ne faut pas attirer l’attention des terroristes, alors il est essentiel que les contrôles et les interdictions visent d’abord les citoyens innocents…

      • @MichelO
        Bonsoir,
        oui et tout un chacun sait que ces contrôles et interdictions affectent grandement les terroristes, et autres criminels. 🙂

  • Pas de problème. La momie de l’Intérieur (Collomb) vient de se lancer à sortir une fiche R (pour radicalisés). Etant donné que l’on remonte dans l’alphabet pour faire plus sérieux, la prochaine fiche va être intéressante…

  • je ne suis aps certain q’il faille voir un plan diabolique pour surveiller les gens, juste de la connerie banale et de la confusion sur ce qu’est la liberté..

  • À vrai dire une fiche S c’est juste un indicateur de suivi d’une personne libre, mais sur laquelle la police a des doutes.
    Sauf à abandonner toute notion d’Etat de droit on voit mal comment cette personne pourrait se voir interdire d’adhérer à un club de tir.
    Et aucun des commentateurs n’est à même d’affirmer que la police ne le savait pas…

    • en fait si…par ce que donner u permis de détention d’arme signe le fait que l’etat vous voit comme un bon citoyen…

      • je veux dire nous sommes en france et les libéertés ne vont pas de soi…donc…etre fiché s devrait conduire à votre interdicition d’obtenir ce permis comme tout autre raison loufoque ou non…c’est l’zetat qui sait..tout/

      • Selon Le Monde les gendarmes qui ont enquêté sur Adam Djaziri, le responsable de l’attentat raté des Champs-Elysées, lors de sa demande de renouvellement de permis, en novembre 2016, ont bien consulté le Fichier des personnes recherchées (FPR), dans lequel se trouvent les fichés S. Et lorsqu’ils se sont aperçus qu’il était fiché, ils ont contacté l’antenne locale de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui a préféré que le permis soit renouvelé, pour ne pas éveiller les soupçons de l’intéressé.

  • En l’espèce, je pense comme certains ci dessus qu’il n’y avait pas de raison claire et publique de lui enlever ce permis de port d’armes.
    Beaucoup de bruit pour rien, et à nouveau un manque de recul et d’analyse qui, pour le coup, font froid dans le dos. Cpef…

    • @cabrio356
      Bonsoir,
      « … de lui enlever ce permis de port d’armes. »
      Il n’est pas question de port d’arme, mais de permis/autorisation de détention, ce qui n’est pas pareil. Le port d’arme est interdit depuis 1938, la détention d’armes automatiques depuis 1939, et sous l’Occupation, il était interdit de posséder armes et explosifs, sous peine de mort.

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