Le fiché S avait un permis officiel de détention d’armes

Emmanuel Macron by French Embassy in the US(CC BY-NC 2.0)

L’auteur de la tentative d’attentat sur les Champs-Élysées, était fiché S et pourtant détenteur d’un permis de détention d’armes. A quoi servent les lois antiterroristes, si les policiers s’en servent pour surveiller les citoyens mais pas les terroristes ?

Par Éric Verhaeghe.

En arrivant à l’Élysée, Emmanuel Macron a voulu créer auprès de lui une « task force » qui a désormais force de loi. Dans la pratique, le nouveau Président a donc validé le principe d’une énième strate dans le mille-feuille administratif français, qui lui donne l’illusion du pouvoir et qui pourrait bien lui permettre, comme le faisait François Mitterrand, d’écouter la vie privée et les secrets d’alcôve de tous les Français directement depuis son bureau.

Et dire qu’on avait pour injonction de voter Macron afin d’empêcher le triomphe du fascisme lepénien…

Pendant ce temps, la lourdeur administrative reste

Sous ces grandes créations policières, la machine reste toujours aussi inefficace au quotidien. La tentative d’attentat de Djaziri Adam L. sur les Champs-Élysées en témoigne.

L’intéressé est fiché S. En quelques heures, les journalistes sont parvenus à savoir que les voisins s’étaient émus du comportement de l’intéressé :

On s’était plaint auprès du maire car ils organisaient tous les week-ends de grandes réunions tous volets fermés avec plusieurs dizaines de personnes. (…) Ça a duré pendant plusieurs années, mais ça s’était calmé depuis deux, trois mois, a encore confié la même voisine à l’AFP.

Malgré ces évidentes menaces, l’intéressé a pu s’inscrire dans un club de tir et obtenir un permis de détention, renouvelé par la Préfecture de l’Essonne en février 2017.

En réalité, depuis janvier 2015, c’est-à-dire depuis les attentats de Charlie Hebdo, et malgré l’état d’urgence et un fourmillement de lois antiterroristes, l’administration française continue son travail ordinaire comme si de rien n’était. Aucun fonctionnaire de la préfecture de l’Essonne ne semble vérifier que les détenteurs d’armes appartiennent ou non au fichier S. Ou, si la vérification est faite, personne n’en tire la moindre conséquence utile pour l’intérêt général.

Quelle crédibilité sur le terrorisme pour Macron dans les semaines à venir ?

On le voit, on pourra créer toutes les task force et voter toutes les lois anti-terroristes du monde, si le fonctionnaire du quotidien ne prend pas ses responsabilités, tout cela ne sert à rien. C’est ici que la crédibilité de Macron est en jeu.

Fera-t-il ce que tous les autres avant lui ont fait en cédant au réflexe : un problème, une loi ? Ou bien agira-t-il en instaurant de l’esprit de responsabilité et d’initiative dans les services publics ?

Certes la tâche n’est pas facile car, continûment depuis plus de 20 ans, le service public sélectionne ses cadres sur leur incapacité à prendre des responsabilités et des initiatives. On ne reconstruira pas l’esprit public sans brutalité ni sans difficulté.

Mais c’est sur cet enjeu-là que le Président est attendu.

Décret n° 2017-1095 du 14 juin 2017

Le Code de la défense est ainsi modifié :

1° À l’article R. * 1122-7, les mots : « coordonnateur national du renseignement » sont remplacés par les mots : « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme » ;

2° La sous-section 3 de la section unique du chapitre II du titre II du livre 1er de la 1re partie devient la sous-section 4 ;

3° Dans cette même section, il est créé une sous-section 3 « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme et centre national de contre-terrorisme » comprenant les articles R. * 1122-8 à R. * 1122-8-2 ainsi rédigés :

« Art. R. * 1122-8.-Nommé par décret en conseil des ministres, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme conseille le Président de la République dans le domaine du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.

« Il coordonne l’action des services spécialisés de renseignement désignés à l’article R. 811-1 du Code de la sécurité intérieure, et, en tant que de besoin et pour les seules finalités du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, des autres services de renseignement désignés à l’article R. 811-2 du même code. Il transmet les instructions du Président de la République aux ministres responsables de ces services et s’assure de leur mise en œuvre.

« Avec le concours du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, il rend compte de son activité devant le conseil de défense et de sécurité nationale et devant le conseil national du renseignement. Il prépare les réunions de ce dernier. Il assure le suivi de la mise en œuvre des décisions qui concernent les services de renseignement arrêtées dans ces instances.»

Sur le web