« Pourquoi je n’ai pas voté »

Un témoignage très personnel sur ce qu’est devenue la démocratie en France aujourd’hui.

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« Pourquoi je n’ai pas voté »

Publié le 20 juin 2017
- A +

Par Fanny-Gaëlle Gentet.

Attention, ce qui suit n’est pas un témoignage agacé contre le système qui dit « tous pareil », « voter ne sert à rien » ou « je m’en bats les reins ». Je n’ai pas voté ce dimanche, c’est vrai, mais ce n’était pas par rébellion, pas par haine, pas par dépit.

Je n’ai pas voté alors que pourtant je suis très politisée, je suis la première à exhorter les foules pour aller voter, justement, je suis la première à seriner en boucle à l’approche des élections que l’on s’est battu pour ce droit, que certains se battent encore pour cela ailleurs par-delà des frontières, par-delà les systèmes politiques, je répète à qui veut bien l’entendre que, oui, c’est dur d’y croire mais que, si, ça sert encore, que l’on peut avoir un impact, petit, certes mais tout de même.

J’ai voté aux présidentielles, évidemment, et au premier tour des législatives, la semaine dernière.

Je vote et j’en suis fière

Parfois j’ai voté blanc, parfois j’ai voté par dépit, parfois par conviction, mais l’important est que je vote et que j’en suis fière !

N’étant pas en France ce mois-ci, j’ai pris le temps de faire comme à chaque fois, une procuration pour ma mère. Je n’ai d’ailleurs pas fait la procuration seulement pour ce second tour mais pour toute la période de mon séjour pour – je me cite – « si jamais ils nous foutent un référendum ». Il est ancré en moi que le droit de vote fait partie intégrante de mon existence et de mon devoir.

Ma mère a repoussé un week-end chez sa cousine pour pouvoir exercer ce devoir. Elle s’était préparée, on avait lu ensemble et consciencieusement les prospectus reçus, on s’était mis d’accord sur le petit papier à mettre dans l’urne sous mon nom. Bref, les choses étaient en place.

Alors pourquoi je n’ai pas voté ? Eh bien pour quelque chose d’encore plus grave que le dégoût de la politique ou la simple abstention nonchalante.

En marche dès le premier tour

Dans ma circonscription il n’y a pas eu de second tour.

Eh oui, le candidat En Marche est passé au premier tour dimanche dernier, avec plus de 50% de voix.

Je ne sais pas comment vous expliquer ce que j’ai ressenti, ce matin, quand ma mère m’a écrit pour me raconter ça : qu’elle était passée devant le bureau de vote en rentrant de la gym et qu’elle avait entendu une dame au téléphone dire « non, j’irais pas voter, il est passé au premier tour », me raconter qu’elle était remontée à la maison vérifier sur internet et m’envoyer la capture d’écran de la preuve irréfutable que quelque chose de bien pire venait de se produire.

Malgré ma conscience politique, malgré les efforts que je fais face aux médias, en face de mes amis, de mes voisins et surtout en face de moi-même pour donner de l’importance au droit de vote, j’ai échoué.

Le droit de vote en mode automatique

J’ai échoué parce que dans cette atmosphère de désordre politique où aucune option n’est une bonne option, le droit de vote est devenu pour moi un devoir aveugle, un réflexe, un geste automatique que je fais sans m’en rendre compte.

Je ne suis pas la seule, ma mère, cette dame au téléphone, elles aussi « voulaient » voter mais n’ont pas pu parce qu’Il était passé au premier tour.

N’est-ce pas terrible ? Que même ceux pour qui le droit de vote est important, même ceux pour qui la politique n’est pas qu’effets de manche, même ceux qui se sentent concernés soient déconnectés ?

N’est-ce pas terrible d’avoir lu les programmes, écouté les émissions, cherché sur internet les informations sur la loi travail, la hausse de la CSG, les implications et répercussions de telles ou telles mesures, d’avoir fait tout ça mais d’avoir oublié le principal (ou cela ne oubliant le principal) ?

La France d’aujourd’hui

N’est-ce pas terriblement symptomatique de ce qui se passe en ce moment en France ou ailleurs ?

Un peu comme se brosser les dents. Tous les soirs et tous les matins.

Je ne m’interroge pas vraiment sur pourquoi je le fais, je ne sais pas bien ce qui se passerait si je ne le faisais pas mais je le fais parce que « c’est comme ça ».

Jusqu’au jour où je me pointe devant mon lavabo et que je n’ai plus de dentifrice. Je soupire un coup et je reprends le fil de ma matinée, comme ça, sans me laver les dents mais je ne me sens pas si bien, je n’arrête pas de me passer la langue sur mes dents et y a truc me dérange. Je ne sais pas bien quoi mais c’est désagréable.

J’irai, dans l’après-midi, racheter du dentifrice et le soir je me brosserai les dents à nouveau, mais je le ferai différemment, je le ferai avec un peu plus de conscience, en m’appliquant un peu plus, je le ferai pour une raison, je le ferai en y pensant vraiment et pas juste pour le faire.

J’espère que cette rupture de dentifrice m’aura servi à quelque chose.

C’est quand les Européennes ?

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  • Et sinon, vous prenez quoi au petit déjeuner ?

  • Bravo pour ce billet aussi drôle que sérieux : moi aussi je considère que voter est autant un devoir civique qu’un droit civique.
    Malheureusement j’ai presque toujours voté « contre » quelqu’un ou quelque chose ( la régionalisation du Général ou le traité de Maastricht…)
    Enfin, cette année j’ai pu voter pour ce que je considère comme un espoir pour mon pays : maintenant il leur reste à réussir, avec notre soutien attentif.

  • « j’ai été voter »

    :(.

  • Attention il y a des dentifrices qui tuent, alors que le tube de certains utilisateurs s’usent vite … tellement ils ont les dents longues.

    Quoiq’il en soit, qu’on ait ou non entendu parler des théorèmes de Condorcet, Arrow et Gibbard-Satterthwaite, c’est plus ou moins manquer de sens critique élémentaire que de considérer comme rationnel et louable notre culte de ce qu’il est abusivement convenu d’appeler « la démocratie », le concept en lui-même – dont l’historicité est très mal connue – déjà et a fortiori son application quotidienne dans les « meilleurs » états considérés comme « démocratiques ».

    Nos médias sont pourtant quotidiennement emplis des tristes , voire horribles conséquences de ce culte grégaire.

    On aura beau dire, on aura beau faire « Dès que nous disons le mot « démocratie » pour nommer notre mode de gouvernement qu’il soit américain, allemand ou français, nous mentons. La démocratie ne peut jamais être qu’une idée régulatrice, une belle idée dont nous baptisons promptement des pratiques très diverses. Nous en sommes loin, mais encore faut-il le savoir et le dire »(A.E)  

    Je le sais, je le dis ici et ailleurs. Et vous ?

    • @ SPRIKRITIK
      On connait les critiques habituelles de la « démocratie représentative » qui est une appellation excessive dans la mesure ou « démocratique » est un « idéal ».
      Néanmoins, un vote « démocratique » est forcément faussé, spécialement cette fois-ci, par l’abstention et les bulletins blancs, auto-exclus, sans compter les jeunes de moins de 18 ans et les nombreux résidents qui ne peuvent pas participer aux présidentielles et aux législatives.
      Donc « la démocratie représentative » est « le pire des systèmes à l’exclusuion de tous les autres, comme l’a bien dit et EXPLIQUÉ W.Churchill à la Chambres de commune le 11/11/1947.
      http://www.slate.fr/story/117949/churchill-democratie-valls

  • On s’est battu pour avoir le droit de vote………..j’aimerai connaître ce « on » !
    En fait les aristocrates ont permis au peuple de choisir l’un des leurs pour éviter de s’entre tuer comme ils le faisaient auparavant .

  • C’est dommage. Vous aviez presque réussi à vous éveiller mais finalement vous n’avez pas compris l’exactitude de ce désagrément. Peut-être la prochaine fois, comprendrez-vous que vous cautionnez ce fonctionnement de notre république, que vous permettez aux mêmes profils de tenir les rênes, que vous participez au statu quo d’une situation stérile qui ne profitent qu’à eux.

    Petite citation qui ne date pas d’hier prouvant par là que le problème perdure depuis longtemps :

    « La naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si l’on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l’enfant croit au Père Noël. L’adulte non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote. » Pierre Desproges

    Cela fait sourire beaucoup de monde, mais combien en comprenne le sens ?

    Les élections sont passées et l’état d’urgence, cette aberration de fonctionnaire, est en passe d’être intégrée dans la Constitution. A quel moment y-a t-il eu un débat sur son intégration dans la Constitution pendant les campagnes électorales ?

    L’âne, la carotte, et le cavalier.

    • Un autre exemple :

      Avez-vous voté le 29 mai 2005 concernant la question européenne? Avez-vous vraiment bien pris « conscience » du traitement de ce référendum ? Ou alors comme le gouvernement a été dans votre sens par la suite, peut-être n’avez-vous pas trouvé d’intérêts à y prêter conscience ?

      J’avais voté oui ce jour là, mais je n’ai pas du tout apprécié qu’on passe outre le « non » national.

      • Un pays endetté ne reconnait que la loi de son usurier. Le peuple a dit non à l’usurier alors qu’il aurait dû dire non à la dette..mais on ne lui a pas posé la question !

      • @ David J
        N.Sarkozi aurait dû avoir la correction de faire un referendum sur le traité de Lisbonne … mais il n’a pas été désavoué par vos « représentants » pour autant!

  • Quelle niaiserie ce billet

  • De toute façon, un jour ou l’autre, les élections seront « supprimées ».
    Parce qu’ils ont les noms de ceux qui ne « votent » pas.
    Alors, attendez vous, à ce qu’un jour, un petit malin, se dise tout bas, puisqu’ils ne votent pas depuis XX années, enlevons leurs ce droit ou ce devoir diront certains, puisqu’ils ne l’exercent pas.
    Et l’émargement à chaque élection nationale, sur la liste électorale de la commune, viendra confirmer ce fait.
    Sans compter que la secrétaire de Mairie, doit faire un rapport aux Autorités Préfectorales sur les bulletins blancs, nuls ou « farfelus ».
    Ce qui retarde encore l’annonce des résultats de l’élection sur la commune.
    Quant à moi, petit assesseur en repos jusqu’en 2019, je supprimerai la procuration, parce qu’elle fait perdre du temps au processus de la votation elle-même, et parce qu’elle a longtemps été utilisée par certains partis politiques comme arme de votation massive pour leur réélection. Et que l’on peut « détourner » de son choix personnel comme d’autre ce sont drogué de leur plein gré.
    Qu’on se souvienne du vote de monsieur Chirac frappé par un AVC et dont le vote par procuration par son épouse avait fait l’objet de supputations journalistiques à ce moment là.
    Et toujours en tant que petit conseilleur, je supprimerai carrément les élections des français de l’étranger. Parce qu’on n’a pas la même vision des choses quand on habite une banlieue « friquée » de Londres ou de New York, avec celle d’un français de base en France métropolitaine.
    Et puis, si vous saviez tout le gaspillage de papiers qui se produit lors de ces élections. Alors, quand monsieur l’écologiste national suprême, verra sur son bureau, le rapport des mesures immédiates et visibles que le mouvement pourrait proposer au monde entier pour lutter contre le réchauffement climatique, gageons que l’économie des lettres, bulletins et autres professions de foi des candidats, feront l’objet d’une drastique économie papétivore nationale.
    Peut-être qu’avec notre président « numériquement » majoritaire, verront nous la venue du vote « électronique » qui sauvegardera nos sous bois et autres zones de boisages de ce gaspillage quinquennal de papiers et permettre de « récupérer » les millions, les dizaines de millions d’électeurs n’ayant pas votés, accrocs qu’ils sont de leurs cannes à pèche ou de leurs tablettes. Et favoriser le temps bénévoles des assesseurs dans les petites communes.

    • Pourquoi supprimer le vote quand la majeure partie s’auto-exclut ! De toute façon, tant que les français voteront pour la bonne tête du candidat plutôt que sur un programme. Les « vrais débats » sont absents des campagnes et de toute façon le français moyen n’y comprendrait rien. On peut ainsi continuer à faire de bonnes petites affaires entre copains…

  • @Fanny-Gaëlle Gentet
    Bonjour,
    Votre député élu au premier tour avec 50% des voix est en fait du pipeau. Il a eu 50% des suffrages exprimé, il n’a fait que 25% des électeurs inscrits.
    Avant de regarder les programmes des joueurs, vous devriez regarder les règles du jeu. Vous vous rendriez compte qu’elles sont truquées.

    Le droit de vote n’est rien d’autre qu’un droit, et non un devoir, ni même une obligation. Votre devoir, puisque vous en parlez, est de vous tenir informer et de voter pour celui qui vous représente le plus, pas contre un autre, ce qui revient au final à voter « pour » un autre.

    « Le Peuple n’a qu’un seul ennemi dangereux, son gourvernement. » Antoine de Saint-Just.
     » Quand le Peuple craint son gouvernement, il y a tyrannie. Quand le gouvernement craint le Peuple, il y a liberté. » Thomas Jefferson.

    • STF: Saint-Just a particulièrement bien illustré son propos pendant la Terreur…

      • au moins il était « honnête » et avait prévenu son monde…

      • Tout à fait, et il en a perdu la tête.
        Le merdier qui a suivi la Révolution a aussi bien montré que losrqu’on ignore, méprise ou oulie les Droits de l’Homme, cela cause la corruption des gouvernements et le malheur du Peuple lequel se retrouve avec des tyrans.

  • les élections sont une mascarades, une show pour les gogos qui s’imagine pendant un court instant détenir un quelconque pouvoir. Le seul pouvoir qu’ils détiennent c’est celui de désigner leur tyrans, beau pouvoir que celui ci! Un faut choix d’un seconde suivi par 5 années de servitude volontaire ou l’on vous fera avaler toutes les couleuvres de la terre sous prétexte que vous avez eu « le choix ». La démocratie n’est que le moyen le pervers que les tyrans ai trouvé pour conserver le pouvoir que l’usage de la force brut ne permettait plus. JAMAIS je ne m’abaisserais à aller voter, c’est une question de dignité.

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