Cette droite qui méritait de perdre

La cuisante défaite de la droite aux législatives trouve ses racines dans un renoncement idéologique ancien et dans l’absence de questionnement des pratiques.

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Cette droite qui méritait de perdre

Publié le 19 juin 2017
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Par Mathieu Mistret.

La droite sort défaite et affaiblie de la séquence politique des élections présidentielles et des élections législatives. Cette droite, qui a souvent été qualifiée de « plus bête du monde », n’a pas failli à sa réputation en perdant l’imperdable.

Un peu d’histoire

En 1972, l’Union de la Gauche autour d’un Programme Commun de Gouvernement, rassemble les socialistes radicaux et modérés, et place François Mitterrand aux portes du pouvoir en 1974 puis au pouvoir pour 14 ans en 1981.

Si l’efficacité électorale de cette formule fut indéniable, la cohérence idéologique n’était pas au rendez-vous : les Français le découvriront à plusieurs occasions comme lors du tournant de la rigueur, du passage à Matignon de Michel Rocard, du Congrès de Reims, de l’échec de la gauche plurielle ou encore de l’échec de la synthèse « hollandienne ».

Aujourd’hui, Emmanuel Macron semble avoir mis fin à cette union contre nature en rassemblant autour de la social-démocratie, excluant le socialisme dur des frondeurs. La droite ne sait aujourd’hui plus comment se positionner, s’étant accommodée de la situation précédente.

Les centristes changent de bord

Dans ce contexte, une importante partie de l’électorat de centre-droit votait probablement à droite par rejet des mesures socialistes les plus dures, plus que par adhésion. Comme l’électoralisme guide bien souvent l’action politique, cette social-démocratie excluant le socialisme dur s’est progressivement imposée comme un réel courant de la droite, qu’on a pu retrouver par exemple chez Alain Juppé. Emmanuel Macron a offert suffisamment de garanties de modération à cet électorat et à certains barons (NKM, Lecornu, Philippe, etc.) pour qu’ils basculent.

Législatives : la droite coupable

La droite est coupable d’avoir laissé filer, pendant tant d’années, les idées au profit de considérations purement électoralistes. Elle est coupable, sous les pressions médiatiques et politiques, de n’avoir pas assumé son positionnement. Quel manque de vision faut-il avoir pour subir encore le contrecoup des stratégies mitterrandiennes plus de 20 ans après son décès ?

Mais surtout, la droite est coupable d’avoir feint de ne pas comprendre que la défaite de l’élection présidentielle n’était pas une question programmatique mais de morale et de désunion. La droite a exprimé, par François Baroin l’ambitieux, la trop grande radicalité du programme présenté. Ses propositions pour les législatives étaient proches de celles d’Alain Juppé lors de la primaire, dont les divergences avec Emmanuel Macron sont peu nombreuses. La droite a vendu aux Français la perspective d’une cohabitation constructive. Pourquoi voter pour la copie plutôt que pour l’original ?

Par manque de courage, la droite préfère ne pas voir qu’une dynamique s’était créée autour des éléments libéraux-conservateurs du programme de François Fillon. Elle préfère utiliser de vieux ressorts, comme ergoter sur la CSG en faisant peur aux retraités. Elle préfère continuer à ne pas assumer son positionnement réel, sans innovation aucune. Elle est définitivement coupable de sa défaite. Mais trouvera-t-on quelqu’un pour mener cette analyse ?

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Créer un compte Tous les commentaires (14)
  • Je souscris totalement à cette analyse. Les libéraux conservateurs sont les laissés pour compte de la politique française. Ils ne sont pas représentés . Il y a un boulevard pour un jeune politicien de cette tendance.

    • N’a t’on déjà pas quelques conservateurs bien ancrés dans le jeu politique ? De droite comme de gauche d’ailleurs… A gauche, ceux qui s’opposent à tout changement, toute réforme (conserver tous les avantages) et à droite les gardiens des « valeurs » de la société française… Je crois qu’un libéral de droite -c’est important de le préciser- progressiste sur des idées d’écologie, de mariage pour tous, de justice sociale, de refus de l’assistanat et de promotion de l’esprit entrepreneurial saura faire recette

      • « Je crois qu’un libéral de droite… »

        Un libéral est libéral, point barre, Il n’est pas nécessaire de rajouter un adjectif ou un quelconque complément du nom.

        Le libéral s’en fout de ce qui se passe dans le slip des autres.

  • Avec 4 millions de voix et 113 députés, la défaite s’avère moins terrible que prévue.
    Les nécessaires remises en cause que vous appelez de vos vœux risquent d’attendre encore une mandature…

    • Possible. Mais quand on a perdu une election imperdable, on devrait se remettre en question au lieu d esperer que Macron se plante et qu on tirera les marrons du feu. C est pas Fillon qui a ete elu apres l echec de Hollande et si Macron se plante, ca sera probablement pas Baroin (probablement le FN s ils reussisent a presenter un programme un peu plus credible (exit la sortie de l euro))

      • cdg: Mais quand on a perdu une élection imperdable

        Ce n’est pas parce que ceux d’en face sont détestés que vous avez forcément un boulevard. Les Français en ont marre des deux partis et de leurs élus, il a suffi d’une « petite » poussée judiciaire sur Fillon bien matraquée pour que ça bascule et encore…

        Le grand vainqueur de l’élection c’est surtout le dégoût et après un « état de grâce » pour Macron je ne suis pas sûr que ça va s’améliorer parce que l’énorme appareil cancero-bureaucratique et son aristocratie sont toujours en place et ils ont faim.

  • 7 millions de voix pour le programme de Fillon même après la cabale , orchestrée par des égaux démesurés au sein du parti, et ne sont plus que 4 millions qui ont voté ce dimanche. De droite, je suis resté chez moi.

  • Mouais, bof.

    D’abord, il n’y a pas « une droite », seulement des gens aux opinions variées et ce qu’ils « disent » et ce qu’entend d’eux l’opinion dépend entièrement des médias, majoritairement de gauche, majoritairement étatiste comme le démontrait une étude de l’hebdomadaire Marianne déjà en 2001:

    « Les journalistes sont, à une écrasante majorité, de gauche »
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Journalisme_en_France#Critiques_sur_la_repr.C3.A9sentativit.C3.A9_politique_:_une_large_surepr.C3.A9sentation_de_la_gauche

    Déjà là, ça coince, parce qu’un politique qui ne « plaît » pas à l’aristocratie médiatique, n’aura aucun relais, aucune popularité, il sera totalement invisible, inaudible ou au contraire se fera « assassiner ». Même traitement pour les idées, les « sujets importants » ou les ordres du jour.

    Ensuite le discrédit de la classe politique et des partis en particulier est général et (fort heureusement) total. Les gens en ont totalement marre de cette idée (que vous véhiculez très bien) de « force politique », homogène, bien rangée, comme des armées en campagne avec un « plan », une « vision » qu’ils exécuteraient pour « le bien de la France » une fois le pouvoir « conquis ».

    En fait la France crève de ces gosplans ineptes, ce dirigisme vertical, idéologique, monobloc, quasi monarchique. Leur incessant interventionnisme fiscal et législatif et leur fringale de dépense et d’ajouts bureaucratique « pour redresser la France » ou « régler les problèmes » sont autant de coups de pelle dans la nuque de la société civile.

    Le problème c’est eux et cette manière de faire de la politique, gauche et droite confondue, les gens l’ont bien compris. La droite n’a pas « perdu » devant un « centre » qui aurait « gagné » en étant meilleur, les gens ont juste été un peu moins dégoûtés par ce « centre » et ces nouveaux visages qui ne traînent pas autant de casseroles que les autres.

  • Je souscrit à 100% à cette analyse : en gros la fausse droite sociale démocrate Juppéo-Chiraco-Barouinesque a perdu non seulement les deux élections mais également le statut d’opposition crédible car elle a renié Fillon qui lui même avait renié son programme au lendemain de la primaire, avant même le pénélope gate. Il n’y a pas de droite en France depuis 1945, tous se couchent devants les dogmes de la gauche : laïcité (anti chrétienne) donc fausse assimilation, république, monopole de la sécurité sociale, service publics, éducation nationale etc…. au lieu de prôner les valeurs de droite : libéralisme économique , responsabilité, racines, famille. Tout est à revoir. Mais pour ça il faut avoir du courage et n’avoir rien à perdre à court terme devant les journalistes.

  • Mouais, de quelle droite parle-t-on? Au gré des décennies, il y a eu l’UDF puis le MODEM, passé chez Macron, et l’UDI qui se tâte toujours pour faire bande à part ou pas. Il y a eu aussi des radicaux valoisiens et du CNPT ou du MPF. On a le groupe à Sarkozy et le groupe à Juppé dont on voit assez bien leur faible convergence. On a actuellement dans le 1er gouvernement Philippe, de gros ministres ex LR (vaguement anciens RPR aussi) qui se sont vite ralliés dès qu’ils ont perçu se prendre une veste. Et dans les élus LR qui viennent de sortir de ce second tour, on peut parier qu’une bonne moitié va lentement se déplacer vers LREM (finalement ils pensent comme nous…) au gré de l’absence de poste dans le parti (c’est plus riche sur la carte de visite que simplement député d’un groupe minoritaire à l’AN) ou de visibilité de perte de pouvoir en région ou mairie. Alors bon…

  • Les journalistes et les politiques semblent complètement anesthésiés par Macron, “le joueur de flute” d’Hamelin.
    “Le lavage de cerveau” est à l’oeuvre dans tous les médias, les journaux, on se croirait dans l’ex URSS ou dans un pays totalitaire soft. Et les partis politiques se laissent abusés pour ne pas dire manipulés, ils ne savent plus qui ils sont et ce qu’ils défendaient avant l’ère Macron.

    La plupart des députés LREM sont d’anciens attachés parlementaires socialistes et d’anciens députés PS qui ont juste changé d’étiquette au profit de LREM. J’ai vu l’interview de deux députés LREM, le président des jeunes LREM, et Aurore Bergé. Ce sont d’odieux personnages, complètement sûrs de leur importance, narcissiques, orgueilleux, complètement voués à Macron, à qui ils doivent leur élection. Finalement des personnages inintéressants et inquiétants. On est loin d’un François Xavier Bellamy ou de Madeleine de Jessey!!!

    Il y a une hallucination collective chez ceux qui pensent qu’on vient de vivre une alternance et que Macron est ni droite ni gauche
    Macron est un social démocrate ouvert à certaines personnes de droite mais ce n’est en rien un centriste
    Sur la réduction de la dépense publique , sur les sujets fiscaux ( hausse massive de la CSG) , sur les sujets régaliens , la lutte contre le communautarisme et le terrorisme, la Droite et le mouvement de gauche de Macron n’ont pas la même vision.

    Par ailleurs , Tout les amendements de la droite et du centre proposés sous le quinquennat précédent ont été systématiquement rejeté !
    Et ce sont les mêmes qui demandent à l’opposition d’être constructifs !
    On verra quel sera le comportement du gouvernement et si ils acceptent de modifier ses projets de loi ou pas et de retenir les amendements de l’opposition.
    Ceux qui, chez LR, veulent s’inscrire dans la majorité n’ont pas obtenu le changement de la moindre virgule du projet de Macron
    Avec ce remaniement tous les poste importants sont entre les mains de gens de gauche, sauf l’Economie et les Finances, dont le Ministre est maintenant fliqué par un adjoint socialo et proche de Macron. Quant à Philippe, c’est un homme de paille. Et de toute façon les ministres « de droite » sont des juppéistes, donc en fait ils sont de gauche.

    5 ans de Hollande, et pas d’alternance… juste un changement de style, mais toujours dans la communication !

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