Cette droite qui méritait de perdre

La cuisante défaite de la droite aux législatives trouve ses racines dans un renoncement idéologique ancien et dans l’absence de questionnement des pratiques.

Par Mathieu Mistret.

La droite sort défaite et affaiblie de la séquence politique des élections présidentielles et des élections législatives. Cette droite, qui a souvent été qualifiée de « plus bête du monde », n’a pas failli à sa réputation en perdant l’imperdable.

Un peu d’histoire

En 1972, l’Union de la Gauche autour d’un Programme Commun de Gouvernement, rassemble les socialistes radicaux et modérés, et place François Mitterrand aux portes du pouvoir en 1974 puis au pouvoir pour 14 ans en 1981.

Si l’efficacité électorale de cette formule fut indéniable, la cohérence idéologique n’était pas au rendez-vous : les Français le découvriront à plusieurs occasions comme lors du tournant de la rigueur, du passage à Matignon de Michel Rocard, du Congrès de Reims, de l’échec de la gauche plurielle ou encore de l’échec de la synthèse « hollandienne ».

Aujourd’hui, Emmanuel Macron semble avoir mis fin à cette union contre nature en rassemblant autour de la social-démocratie, excluant le socialisme dur des frondeurs. La droite ne sait aujourd’hui plus comment se positionner, s’étant accommodée de la situation précédente.

Les centristes changent de bord

Dans ce contexte, une importante partie de l’électorat de centre-droit votait probablement à droite par rejet des mesures socialistes les plus dures, plus que par adhésion. Comme l’électoralisme guide bien souvent l’action politique, cette social-démocratie excluant le socialisme dur s’est progressivement imposée comme un réel courant de la droite, qu’on a pu retrouver par exemple chez Alain Juppé. Emmanuel Macron a offert suffisamment de garanties de modération à cet électorat et à certains barons (NKM, Lecornu, Philippe, etc.) pour qu’ils basculent.

Législatives : la droite coupable

La droite est coupable d’avoir laissé filer, pendant tant d’années, les idées au profit de considérations purement électoralistes. Elle est coupable, sous les pressions médiatiques et politiques, de n’avoir pas assumé son positionnement. Quel manque de vision faut-il avoir pour subir encore le contrecoup des stratégies mitterrandiennes plus de 20 ans après son décès ?

Mais surtout, la droite est coupable d’avoir feint de ne pas comprendre que la défaite de l’élection présidentielle n’était pas une question programmatique mais de morale et de désunion. La droite a exprimé, par François Baroin l’ambitieux, la trop grande radicalité du programme présenté. Ses propositions pour les législatives étaient proches de celles d’Alain Juppé lors de la primaire, dont les divergences avec Emmanuel Macron sont peu nombreuses. La droite a vendu aux Français la perspective d’une cohabitation constructive. Pourquoi voter pour la copie plutôt que pour l’original ?

Par manque de courage, la droite préfère ne pas voir qu’une dynamique s’était créée autour des éléments libéraux-conservateurs du programme de François Fillon. Elle préfère utiliser de vieux ressorts, comme ergoter sur la CSG en faisant peur aux retraités. Elle préfère continuer à ne pas assumer son positionnement réel, sans innovation aucune. Elle est définitivement coupable de sa défaite. Mais trouvera-t-on quelqu’un pour mener cette analyse ?