Pods et plate-forme : le nouveau format d’entreprise

Partenariat - Entreprise - Personnel (image libre de droits)

L’important n’est plus d’être dans ou en-dehors d’une « entreprise » fermée, mais de créer les assemblages, et les interdépendances, dans lesquels toutes les unités vont s’épanouir, et apporter une valeur différenciante aux clients.

Par Gilles Martin.

L’idée est simple, c’est une remarque de Lou Gerstner, ex CEO d’IBM :  » Les grandes entreprises sont inévitablement lentes et lourdes ; les petites entreprises sont rapides et réactives. Alors, cassons les grandes entreprises en autant de petites unités que possible ».

C’est sur cette idée que Dave Gray, dans son livre The connected company imagine la forme de l’entreprise du XXIème siècle. Le livre est agrémenté de petits dessins qui permettent d’illustrer tous les concepts.

Dans cette entreprise, les hiérarchies disparaissent et sont remplacées par des petites unités interdépendantes les unes des autres, chacune ayant son autonomie, et échangeant avec les autres, dans une relation de client à fournisseur ou de fournisseur à client. Il appelle cela une organisation podulaire, chaque entité étant un pod. Dans cette organisation podulaire le travail est découpé en « businesses à l’intérieur du business ». Ainsi chaque pod a la liberté de délivrer de la valeur à ses clients, et de décider de façon plus dynamique.

Les managers à la manœuvre

Traditionnellement, ce sont les managers qui ont le job de coordonner les activités entre les divisions ou lignes de services. Cette « coordination » (qui est aussi un « contrôle ») est nécessaire quand les process sont complexes et interdépendants. Et dans ces situations, apporter un changement dans une partie du process peut résoudre le problème pour une entité, mais créer un autre problème dans une autre entité. Désigner une organisation podulaire, c’est réduire l’interdépendance entre les unités, en permettant à des équipes autonomes de se concentrer sur des « outcomes » clairs qui délivrent de la valeur à leurs clients.

Pour cela il faut sortir de la vision des process comme une « chaîne », une série d’étapes qui se succèdent pour produire un résultat.

Les process ne dépendent pas de l’intelligence ou de la créativité de ceux qui les exécutent. On attend d’eux qu’il soient capables d’exécuter les tâches spécifiques qui leur sont assignées. Celui qui est responsable de l’intelligence du système, c’est le manager.

Un process est comme une recette de cuisine

Les recettes sont  parfaites tant que l’on cherche à atteindre le même résultat à chaque fois. Mais les recettes sont aussi très inflexibles quand il va s’agir de changement et d’innovation. Quand vous êtes responsables d’un morceau d’un process complexe, il est difficile d’essayer quelque chose de nouveau.

L’inconvénient d’un process est aussi que sa force maximale est celle de son maillon faible, c’est bien connu. Si celui-ci casse, c’est toute la chaîne qui ne marche plus.

C’est tout l’inverse dans un système de pods : la créativité et l’intelligence des personnes est dans chaque pod. Dans un pod, on se concentre sur la résolution des problèmes et la création de valeur plutôt que sur l’exécution de tâches pré-définies. Quand les pods sont autonomes, ils peuvent essayer de nouvelles choses, sans se préoccuper de répercussions négatives sur d’autres activités.

Utiliser des pods

Ils peuvent adopter de nouvelles pratiques, essayer de nouveaux outils, très vite, sans avoir à demander la permission. Grâce à cette flexibilité, ils peuvent choisir de répondre aux demandes des clients, chaque pod étant ainsi libre d’innover, d’essayer des choses nouvelles, d’ajuster leur fonctionnement, etc.

Dans un tel système, grâce aux redondances mises en place, un pod peut échouer dans une initiative, d’autres pods peuvent réagir et lancer d’autres initiatives.

Autre avantage, les pods peuvent être facilement renforcés quand la demande augmente. Ainsi quand le service devient plus important pour un pod de sept personnes, il est facile de le dédoubler en deux pods. C’est ainsi que le système croît facilement. Ainsi, les personnes membres des pods apportent plus d’intelligence, de créativité et d’expertise à l’ensemble.

Pourquoi les entreprises ne s’y mettent pas

Mais alors, si c’est si simple, pourquoi toutes les entreprises et organisations ne s’y mettent-elles pas ?

C’est que pour que cela marche, il ne suffit pas de créer des pods dans tous les sens, mais de mettre en place un nouveau système qui soit capable de supporter ces pods : c’est ce système que l’on appelle une plate-forme.

La définition de la plate-forme est simple : c’est la structure de support qui permet d’augmenter l’efficacité d’une communauté. Certaines plate-formes sont publiques, comme celle d’Amazon, qui permet de faire se rencontrer vendeurs et acheteurs de produits divers (j’ai déjà parlé ICI de ce genre de plate-formes).

Mais l’on trouve aussi des plate-formes réservées à l’usage de l’entreprise. La plate-forme est ce qui permet de créer les liens entre les unités. Elle fournit le moyen de coordonner les activités des pods entre eux, dans un système de pair-à-pair, sans chef ou coordinateur-contrôleur. La plate-forme fournit des règles communes qui sont acceptées par tous pour vivre ensemble.

Comment fonctionne la plate-forme

Pour que la plate-forme fonctionne, il faut qu’elle soit attirante pour les unités qui vont en faire partie. Elle doit offrir des supports et services utiles, sans obliger à trop de contraintes. C’est cet équilibre subtil qui fait une bonne plate-forme : trop de contraintes, et l’attractivité diminue ; pas assez, et c’est le chaos.

Dans cette vision, si une plate-forme n’attire plus , un pod peut s’échapper, et créer une nouvelle plate-forme, qui attirera alors d’autres pods et fera émerger un nouvel écosystème.

Finalement cette image de plate-forme est aussi utile pour chacun en tant qu’individu : chacun appartient à la plate-forme qu’il choisit de rejoindre, ou bien crée la plate-forme pour attirer et faire émerger un ensemble créateur de valeur.

L’important n’est plus d’être dans ou en-dehors d’une « entreprise » fermée, mais de créer les assemblages, et les interdépendances, dans lesquels toutes les unités vont s’épanouir, et apporter une valeur différenciante aux clients. Cela concerne les pods internes de l’entreprise, mais aussi les partenaires, les associés, les consultants, qui interagissent avec l’écosystème, et supportés par les même règles de régulation de la plate-forme.

Alors, chacun peut se poser cette question : dans quelle plate-forme est ce que je veux me développer ? Ou/Et  quelle est la plate-forme que je veux créer pour fédérer les pods avec lesquels je veux construire et apporter du sens ?

De quoi rêver d’un autre monde…

Sur le web