Sécurité sociale : comment la technostructure occulte ses dérives

La dernière étude de France Stratégie évite précautionneusement d’ouvrir la boîte de Pandore qui risquerait de mettre à mal les dogmes de la technostructure sur les vertus innombrables et infaillibles de la sécurité sociale.

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Sécurité sociale : comment la technostructure occulte ses dérives

Publié le 10 juin 2017
- A +

Par Éric Verhaeghe.

France Stratégie, qui est l’ancien Commissariat au Plan, a produit une étude sur l’évolution des dépenses de santé. Elle obéit à un présupposé idéologique : le système de protection sociale est neutre sur le niveau de dépense, sauf aux États-Unis, bien entendu, où le choix d’une privatisation large est forcément coûteux.

Donc, que le système soit quasi-nationalisé comme en France ou qu’il intègre des éléments de concurrence comme en Allemagne n’a aucune importance : en bout de course, la dépense de santé est la même pour une population donnée.

Un parti pris idéologique

Cette manière obsessionnelle de ne pas traiter les sujets scientifiquement, ni avec rigueur, en fermant la porte au débat par des phrases lapidaires est agaçante. Dans le cas de l’étude de Pierre-Yves Cusset pour France Stratégie, la technique de délégitimation est manifeste.

Voici comment l’auteur explique que la seule étude qui existe sur l’impact économique et sanitaire des choix d’organisation de la protection sociale (celle du FMI de 2010) ne mérite pas d’être retenue :

y a-t-il des arrangements institutionnels plus efficaces que d’autres en matière de maîtrise des dépenses ? (page 38)

(…) La convergence des niveaux de dépenses de santé, évoquée dans la première partie, se nourrit en tout cas certainement aussi d’une certaine convergence des modes de régulation du système de soins. (page 39)

Au fond, tous les systèmes se ressemblent et nul n’est besoin d’étudier leurs différences. On en reste un peu scotché, puisque, scientifiquement, ce relativisme ne tient pas.

Quand la France dépensait une fortune pour sa santé

Pierre-Yves Cusset pourrait en effet se borner à quelques constats évidents. Le graphique produit dans l’étude méritait par exemple un commentaire un peu objectif :

Si la visualisation des données est peu lisible, le graphique en lui-même est assez connu. Il montre qu’avant l’instauration des objectifs nationaux de dépense d’assurance-maladie, créés par les ordonnances Juppé de 1995, la dépense totale de santé dans le PIB en France est l’une des plus élevées du monde industrialisé. Elle progresse par exemple beaucoup plus vite qu’en Suède, qui n’est pas réputée pour ses politiques néo-libérales.

Il serait évidemment intéressant de se demander si la dépense de santé en France est longtemps restée plus élevée que dans les autres pays industrialisés parce que notre système de Sécurité sociale remboursait à guichets ouverts toutes les dépenses ordonnées par les médecins.

Une étude du FMI systématiquement minorée

Pierre-Yves Cusset cite d’ailleurs l’étude du FMI de 2010 qui a le bon goût d’avoir examiné ce sujet : celui de l’impact négatif ou non du système de Sécurité sociale sur les dépenses de santé. Cette étude propose un tableau analytique (en anglais) qui cherche à évaluer les gains ou les économies procurés par tel ou tel choix d’organisation.

Il est donc avéré que la dépense de santé est impactée par les modes d’organisation de la protection sociale, et que tous les modes ne se valent pas. Certains rendent la santé plus coûteuse que les autres.

Mais l’étude de France Stratégie évite précautionneusement d’ouvrir cette boîte de Pandore qui risquerait de mettre à mal les dogmes de la technostructure sur les vertus innombrables et infaillibles de la sécurité sociale. Il est donc moins rigoureux scientifiquement mais plus commode dans le petit monde de la bien-pensance étatique de tordre la réalité en expliquant que tout se vaut, et en se dispensant de le prouver.

La comédie de la propagande officielle

Dans tous les cas, on prendra donc bien soin de ne pas prendre le papier de Cusset pour autre chose que ce qu’il est, à savoir un document de propagande sans rigueur scientifique, dont l’objet est d’expliquer que la santé est bien gérée en France et que la Sécurité sociale est un système d’organisation qui n’a plus à être interrogé.

Bien entendu, quand on regarde les faits, on sait que c’est faux, et il existe un discours scientifique qui permet de l’établir. Mais les bienfaits politiques de la Sécurité sociale, qui permettent de maintenir l’illusion d’une protection et qui produisent une déresponsabilisation, sont trop importants, aux yeux de la technostructure, pour être examinés librement.

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  • On pourrait s’appuyer sur la vision collectiviste de France Stratégie (au passage, il conviendrait de leur expliquer ce qu’est la stratégie, et ce qu’est une « bonne » stratégie) pour les inviter à ouvrir ce merveilleux système à la concurrence : il devrait alors montrer avec brio au monde ébahi que la mainmise étatique et syndicale sur la protection sociale est bel et bien le meilleur système possible…
    On peut rêver, hein ? Puisqu’il ne nous reste que ça…

    • @Pukuratane
      C’est clair ! Vu que notre système est le « meilleur du monde », que celui-ci nous l’envie, il ne peut craindre la concurrence, tel Obélix à un concours de lancer de menhirs !

    • Bonjour, « PukuraTane », Bonjour à toutes et à tous,
      Justement, ce « meilleur système possible » a besoin d’un monopole et de pratiquer la vente forcée pour démontrer qu’il est « le meilleur ». C’est d’ailleurs ainsi pour éviter que des concurrents potentiels ne se ruinent à essayer d’égaler sa magnificence … donc la concurrence est interdite pour le bien des concurrents, même si c’t contradictoire avec les directives européennes sur la LPS ou « Libre Prestation de Services » …
      Amitiés,
      Pierre

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