Sexe neutre : doit-on mettre les individus dans des cases ?

Doit-on vraiment se justifier auprès des autres, et de l’administration, de son changement d’identité sexuelle ? Existe-t-il une réelle utilité à ce qu’ils la connaissent ?

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Sexe neutre : doit-on mettre les individus dans des cases ?

Publié le 10 mai 2017
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Par Sacha Benhamou.

Le 4 mai 2017, la première chambre civile de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi d’un justiciable qui demandait un changement d’état civil pour y inscrire la mention « sexe neutre ». Le sexe du demandeur était inscrit comme « masculin » depuis sa naissance, par défaut, puisque médicalement il avait toujours été impossible de déterminer son sexe.

La Haute Cour relève que si rien dans la loi n’impose un choix entre masculin et féminin, tout l’édifice législatif français est basé sur cette binarité et qu’il n’y est jamais fait mention d’un troisième sexe. Dès lors, elle se déclare incompétente pour créer une troisième sexe ex nihilo.

Cette revendication n’a rien d’un caprice d’un monde qui s’ennuie, la binarité de l’identité sexuelle enferme durement des individus avec des situations biologiques parfois ambiguës dans une identité sociale qui n’est pas celle ressentie. Une circulaire de 2011 permet aux parents d’un nouveau-né dont le sexe est indéterminable de repousser l’échéance aux deux ans de l’enfant, après quoi le choix est obligatoire. L’État va jusqu’à imposer des traitements chirurgicaux et autres traitements irréversibles aux nouveaux-nés intersexes, ce qui a valu à la France plusieurs condamnations du Comité pour l’élimination des discriminations de l’ONU.

Pourtant, ce troisième sexe a toujours existé : il était appelé sḫt (« sekhet ») en ancienne Égypte, tritiya-prakrti dans le Kama Sutra, quariwarmi chez les Maya, kurgarra chez les Sumériens. Cette binarité n’a donc rien de scientifique. Comme la norme hétérosexuelle, il ne s’agit que d’une conception judéo-chrétienne qu’on peine à relativiser.

La reconnaissance du sexe neutre à l’international

Plusieurs pays permettent déjà la mention du sexe neutre ou indéterminé à l’état civil : l’Allemagne depuis 2013, mais aussi le Royaume-Uni, la Lettonie, les Pays-Bas, le Portugal, l’Australie, l’Inde, la Malaisie, le Népal, ou encore la Thaïlande.

En outre, la conception binaire de l’identité sexuelle est loin de faire l’unanimité en Droit International. En effet, elle est rejetée par divers textes émanant de l’ONU, du Conseil de l’Europe, de l’Union Européenne et par la Commission internationale de l’état civil.

Séparer l’État et l’identité sexuelle

En France, où la loi Taubira a encore du mal à passer pour certains, la reconnaissance d’un sexe neutre viendrait nourrir les partis réactionnaires, surfant sur l’idée qu’homosexualité et identités sexuelles « hétérodoxes » feraient s’effondrer la société (comme si elles avaient attendu le XXIe siècle pour exister).

Je ne pense pas que nous devions faire des compromis sur les libertés individuelles, toutefois une « solution de paix » est toujours préférable.

Et il existe une solution qui pourrait mettre tout le monde d’accord et qui garantirait le plus haut niveau de liberté individuelle : que l’État ne reconnaisse plus aucune identité sexuelle du tout.

Après tout, doit-on vraiment se justifier auprès des autres, et de l’administration, de son changement d’identité sexuelle ? Existe-t-il une réelle utilité à ce qu’ils la connaissent ? Je ne pense pas.

L’argument sécuritaire ne tient pas une seconde dans la mesure ou l’identification ne se fait jamais via le sexe mais par l’ADN, les empreintes digitales, ou le visage (interdit-on la chirurgie esthétique ?).

En réalité, il a existé une utilité à cette identification : la vérification de l’hétérosexualité d’un couple en vue d’un mariage, mais dès lors que celui-ci est ouvert aux homosexuels, il n’y a plus aucune raison de maintenir le fichage du sexe d’un individu.

Certains militants LGBTQ+ seraient tentés de rejeter cette solution parce qu’elle apparaitrait comme un moyen de mettre la poussière sous le tapis. Mais l’État doit se borner à garantir les droits individuels, et n’a pas vocation à consacrer les revendications identitaires de qui que ce soit, Facebook le fait déjà très bien.

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  • Un désaccord sur un point bien précis. Il y a bien deux sexex biologiques. C’est un fait scientifique : Chromosome Y, Mâle… Chromosome X : femelle. La première partie de l’article m’a fait avaler de travers.
    Néanmoins l’identité de genre que vous vous attribuez, personne ne devrait vous l’imposer… cela relève de votre vie privée… mais jusqu’où cela peut-il interférer avec la vie publique ?
    Par contre pour la suite de l’article je vous accorde le point. Effectivement quelle est la nécessité de l’Etat de connaître l’identité sexuelle de tous et chacun ? Elle n’a pas été inventée par un politicien ou un technocrate…. Pendant des siècles , les hommes et les femmes, selon leurs sexes, se sont vu attribués des places et des fonctions dans la société. Et l’égalité des sexes (devant la loi) est une avancée très fraîchement acquise. Cela prendra beaucoup de temps avant que cela soit unanimement accepté… Il y aura toujours des hommes et des femmes (au sens biologique), les gens s’identifieront comme ils veulent et un jour on abandonnera la nécessité de transcrire sur un document le sexe de l’enfant… parce que de toute façon on aura son ADN… donc on saura de toute manière s’il est mâle ou femelle…
    Il y a des choses immuables qui ne changeront pas comme le sexe biologique. Et il y aura des évolutions dans la société, comme l’idée qu’on se juge à qui on est et non ce qu’on est.

    • @ G.L.
      Dit comme ça, rien ne s’oppose à votre propos.
      Il existe cependant de multiples combinaisons de de chromosomes X et Y, donnant des « syndromes » décrits. Cela reste des exceptions à la règle statistiquement la plus rencontrée.

      Le problème de la France, c’est de légiférer dans des domaines aussi peu connus qu’incompris des politiciens votant!

      Ailleurs, on garde un vide juridique tant qu’une décision politique législative ne puisse réunir une majorité claire de politiciens soigneusement informés (consultations multiples de civils auditionnés) pendant la période précédente.

      Et c’est souvent le sénat (des réputés « sages ») qui propose un texte de loi, mûrement réfléchi, sous conditions claires et précises, in fine, aux consciences libres (pas de discipline de vote par les partis) des représentants du peuple.

      Ces « tolérances », couvertes par le vide juridique, astreignent les essais à une étude simultanée, éthique, approfondie, puisque toute conséquence contestée par un dépôt de plainte, pourra tomber sous le coup des lois existantes!

      C’est ainsi que ces lois « sociétales » sont décidées bien avant qu’elles n’existent en France.

      Je regrette encore qu’on parle de « mariage » homosexuel: le mariage d’amour est d’invention plutôt récente.

      Le Pacs ne posait de problèmes que par son acronyme peu plaisant, sa différence de droit avec le mariage et sa dissolution facile par rapport au mariage « producteur d’enfants ».

      Mon avis n’est évidemment pas discriminatoire (sinon je ne l’écrirais pas!). Mais on ne peut nier que les situations sont différentes.

      L’homosexualité a disparu officiellement des « perversions (=utilisation de l’organe hors finalité fonctionnelle attribuée!) sexuelles » en 1992, en France.

      Jusqu’à présent, personne ne sait scientifiquement l’origine de cette dilection: innée ou acquise?

      Le plan moral ne m’intéresse « nullement » et je n’ai pas d’avis sur la question.

      Mais il est clair qu’introduire la GPA compliquera la législation française, forçant les candidates à se rendre à l’étranger (le Thalys du lundi matin).

      Je crois donc préférable de « laisser faire » dans le pays, d’en prendre des conclusions réalistes et d’en sortir une loi intelligente et nuancée!

      Mais ce n’est que mon avis!

  • Les enfants ont besoin de repères, un zizi est différent d’une zézette et ne pas savoir leur dire pourquoi serait un retour en arrière de plusieurs dizaines de millénaires. Effacer l’identité sexuelle, serait comme ne plus nommer la lune, le soleil, la terre, le matin et le soir. La situation des personnes au sexe indéterminé est certainement difficile mais pas au point de rendre plus compliqué l’éducation des enfants qui ont besoin de ne pas appeler leur parents : parent 1 et parent 2. Pourquoi d’ailleurs le 1 avant le 2 ? Qui a le 1, qui a le 2 ? Encore une forme de sexisme petit bourgeois. Supprimons donc les mathématiques aussi, et toute la science qui s’évertue à définir, classer, recenser pour une cause plus noble que le simple fait de classer : accéder au savoir, comprendre et maîtriser notre environnement pour s’y trouver à l’aise et pas : perdu comme des australopithèque qui attendent la foudre pour un peu de feu. N’oubliez pas de réver devant la lune plutôt que vous focaliser sur le doigt qui nous la montre.

    • @ wakakou
      Joli texte! « je like »!

      Nous vivons dans une période au sexe exacerbé et à la raison méprisée!

      Des féministes critiqueront LA nuit opposée à « LE jour », comme LA lune opposée à « LE soleil »! C’est « injuste », « sexiste », « discriminatoire »!

      Bienheureux ceux qui possèdent un genre neutre en leur langue! D’où notre utilisation du « on » à la place de « nous » ou des substantifs pour éviter les adjectifs qualificatifs « genrés »!

      On distingue un Français d’un francophone non Français, par sa prononciation de « 8 » en « houitte », voire « hüite » et non en « witte »!

      Comment parler Français? Comme les habitants de France, venant des Francs, peuplade venue de Germanie? Ou comme des descendants des Gaulois, alors que César a déclaré que « de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus baves ». (ces considérations n’étant en rien superposables aux réalités officielles actuelles, évidemment!).

      Le ridicule est à nos portes si pas déjà, à l’intérieur de nous depuis toujours!

  • je ne sais pas grand chose sur le sexe neutre mais je suis en plein accord sur le fait que l’état n’a pas à connaitre votre « sexe ».. Cela conduit à l’évidence à créer une discrimination des individus sur le plan du droit

    • @ jacques lemiere

      À quand le « coming out » obligaloire vis à vis de l’administration « big brother »?

  • « La norme hétérosexuelle, une conception judeo chrétienne » ???
    Ah bon ? j’ignorais, mais si vous le dites…

    • Il y a toujours des gens pour sortir des énormités. Taper sur le Christianisme est à la mode chez les pseudo-intellectuels. Le Christ lui ne condamnait personne, au contraire il prêchait l’amour des autres!

    • Et pourquoi les civilisations antiques du bassin méditerranéen acceptait si bien l’homosexualité? Je ne prétends pas que l’héterosexualité comme norme n’a existé que par les religions judeo-chretiennes, mais mais en occident elle y trouve son origine.

    • @ Pastilleverte
      Ça ne parait pas évident, c’est clair puisque des comportements homosexuels sont observés chez d’autres mammifères et que la continuité de l’espèce est « l’objectif » (anthropomorphisme) de toute espèce (plantes, bactéries et virus, compris), par alliance hétérosexuelle des individus (si ils sont sexués), sans compter les pratiques moins avouables (d’un point de vue religieux) d’espèces hermaphrodites ou d’insectes comme les puces!

  • Ces histoires de « gender » sont le dernier avatar du totalitarisme moderne, sans terreur, mais visant, comme le communisme, à déstructurer les individus pour en faire des « hommes neutres » nouveaux qu’on pourra diriger comme le faisaient jadis les Staline ou Mao, mais sans la violence du goulag ou du laogai.

    • Non il ne s’agit nullement d’imposer la neutralité à qui que ce soit, même si j’admets que beaucoup qui se réclament des « gender studies » y viennent. Je ne suis pas un militant « gender studies », plutôt tradi à titre personnel, mais je pense que l’Etat n’a pas à imposer une identité quelconque à un individu. encore une fois il ne s’agit pas d’imposer la neutralité, mais que l’Etat traite sans discrimination ceux qui s’en réclament.

      • @ Sacha Benhamou

        La sexualité personnelle est typiquement individuelle, domaine dans lequel la loi n’a pas à intervenir, à l’exception de lois protégeant les faibles, comme le viol (bilatéral!) ou la pédophilie ou le harcèlement. Pour le reste, « entre adultes consentants », c’est du privé.

        À chacun de découvrir sa propre sexualité.

        De là, faut-il, oui ou non, admettre une certaine tentation de prosélytisme de la part de « LGBT », pas plus acceptable qu’une intervention de l’état? Une discrimination à sens unique reste paradoxale, non?

        Et qu’on ne fasse pas semblant que ça n’existe pas! Je sais que mes propos risquent d’être mal tolérés, j’en prends le risque!

  • Donc, dans les « restrooms », toilettes en français, il faudra trois panneaux ou trois images: femmes, hommes, neutres?

  • Il est facile d’avoir une position tranchée sur un tel sujet quand on n’y connait rien. S’il m’incombait de décider, j’organiserais une large consultation pour savoir quels en seraient tous les impacts.
    Par exemple, nous avons un « n° INSEE » (plus couramment dit « n° de sécurité sociale ») dont le premier caractère désigne le sexe. Aussi, le service militaire ne concernait que les hommes, il n’est que suspendu, il pourrait être rétabli rapidement.

    • Ce sont des détails. Le service militaire aujourd’hui s’il était rétabli serait nécessairement mixte.

  • Si l’information de sexe ne sert à rien à l’état, pourquoi ces personnes peuvent-elles se sentir si mal avec une fausse information inutile sur le carte d’identité??? C’est sans doute que finalement le sexe fait fondamentalement partie de notre identité. Alors pourquoi la retirer de la carte d’identité? Il vaudrait mieux rajouter un troisième sexe, voir un quatrième : neutre ou indéterminé ou je ne sais quoi encore… Vous préférez supprimer la notion de sexe à 99,9% de la population… pour régler le sentiment « possible » de discrimination de 0,1%. Pourquoi pas, mais avant de remettre la moitié de la France tradi dans la rue pour ces faux vrais sujets… et perdre 200 jours de débats parlementaires… mieux vaut s’attaquer aux vrais problèmes : le chômage, la pauvreté, la bureaucratie, la fiscalité… qui concernent quasiment tout le monde!

  • Ayant vu les effets catastrophiques des « gender studies » dans les campus Américains, j’ai l’impression que derrière le débat louable que l’Etat n’a pas à s’occuper de ça, on y retrouve le même délire de négation de toute biologie élémentaire.

    • @ Tridir

      Il est bien difficile de se faire une idée de ce qu’on n’est pas et qu’on ne comprend (avec empathie) pas vraiment: l’empathie est difficile si elle est possible.

      La tolérance reste vraiment possible même, sans comprendre. Personne ne nous doit d’expliquer ses choix! Et chacun a droit, a priori, à notre respect.

      Et légiférer dans cette sphère reste un terrain dangereux et piégeant!

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