Moi libéral, je regretterai Christiane Taubira

À l’heure où Christiane Taubira sort un livre témoignage, un coup de chapeau à son action courageuse en faveur des libertés.

Par Michel Faure.

Christiane Taubira - photo Philippe Grangeaud (CC BY-NC-ND 2.0)
Christiane Taubira – photo Philippe Grangeaud (CC BY-NC-ND 2.0)

Christiane Taubira, détestée par les conservateurs, a pris quatre positions qu’il est difficile de désapprouver quand on est libéral, au cours de ses trois années au ministère de la Justice.

Elle a défendu, hélas sans succès, le retour de la spécificité de la justice pour les mineurs, ce qui semble une protection élémentaire offerte aux jeunes délinquants avec l’appréciation de leur faute élaborée par un juge des enfants et deux assesseurs spécialisés.

Elle a porté le projet de loi sur le mariage gay, adopté en avril 2013, et qui avait soulevé une opposition vive, venue des conservateurs de la droite et des milieux religieux. Cette réforme ne fut en réalité que le rétablissement bienvenu d’une règle éminemment libérale : la même loi pour tous.

Christiane Taubira est également à l’origine d’une réforme pénale qui a eu l’immense mérite de supprimer les peines plancher instaurées sous Sarkozy, qui relevaient du fondamentalisme punitif alors que la justice réclame la réflexion et non l’automatisme. L’ancienne Garde des sceaux a également réussi avec « la contrainte pénale » à imposer l’idée qu’il existe d’autres options que le « tout carcéral » pour punir les délinquants. La privation systématique de la liberté, quel que soit le délit commis, est pour un libéral le contraire de la justice. Celle-ci n’est pas censée réclamer la vengeance, mais la réparation du malheur causé. La prison est une protection sociale contre les individus violents et dangereux, mais elle est aussi l’école du crime. Ses alternatives doivent dès lors être l’apprentissage de la responsabilité et l’outil de la réhabilitation sociale des primo-délinquants et des repentis. Christiane Taubira a ouvert ce chemin.

Enfin, la ministre est partie sur ce qu’elle a qualifié de désaccord majeur avec le gouvernement : la déchéance de la nationalité pour les personnes condamnées pour actes terroristes. Il fut d’abord question des bi-nationaux et de constitutionnaliser ce tri douteux entre les Français qui le seraient vraiment et ceux qui ne le seraient qu’à moitié. Il semble que nous pencherions désormais en faveur d’une fabrique d’apatrides. L’efficacité de ce projet anti-djihadistes suicidaires est douteuse, et illisibles les intentions des auteurs de cette loi. La lutte contre le terrorisme est tout à fait légitime, mais elle a pour but ultime de défendre nos libertés, non de les restreindre.

Christiane Taubira a choisi de reprendre la sienne, et je ne peux que saluer l’action courageuse qu’elle a tenté d’entreprendre, sa résilience aux conservatismes, son panache, sa cohérence et son amour de la liberté.

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