Présidentielle : quel est le meilleur candidat pour l’école ?

Tout oppose Marine Le Pen et Emmanuel Macron, mais l’un des deux programmes est sensiblement plus intéressant pour sa réforme de l’éducation.

Par Nelly Guet.

Quel débat présidentiel que celui de 2017 ! 4 petites minutes consacrées à l’éducation ! Des remarques éparses sur le dédoublement de classes à l’école primaire dans les REP, sur la formation professionnelle, pour le candidat d’En Marche, aucune perspective chez Marine Le Pen, consacrant toute son énergie à détruire le programme de l’adversaire.

Un vrai programme pour l’éducation

Creusons un peu le sujet qu’ils ont préféré laisser de côté, tant il est risqué, à J-3, de perdre des électeurs, car dans notre douce France, si mal classée dans les expertises internationales en matière d’éducation, chaque Français compte dans sa famille au moins un ministre de l’Éducation qui s’ignore. Un véritable jeu de massacre donc si l’on esquisse une politique d’ensemble à mettre en œuvre dans les cinq années ! Mieux vaut s’en tenir à deux ou trois mesurettes, qui, avec un peu de chance, pourraient devenir le plus petit dénominateur commun !

Et pourtant ! N’était-ce pas le seul sujet prioritaire, qui décidera de l’avenir du chômage dans notre pays, de la compétitivité économique de la France, peut-être même de notre efficacité contre le terrorisme ?

J’ai publié en 2014 un livre intitulé Virage européen ou mirage républicain ? Quel avenir voulons-nous ? qui contient 5 propositions permettant de transformer notre « système pyramidal, hiérarchique, inopérant, en une gouvernance décentralisée efficiente ». Depuis trois ans, j’ai présenté ces propositions dans de nombreux pays (Chine, Finlande, Suisse…) à des publics de professionnels du monde entier. Ces cadres éducatifs seraient bien étonnés de voir comment est traité le sujet dans notre pays, en haut lieu !

Certes, Madame Vallaud-Belkacem m’a répondu à trois reprises que la réforme du collège s’inspirerait de mes préconisations, certes Monsieur Fillon a également réagi – après semble-t’il une lecture attentive… Était-ce Pénélope ? –  aux conseils que j’expose à partir d’une expérience de bientôt 20 ans aux côtés de chefs d’établissements et autres cadres éducatifs d’Europe et du monde entier. Bruno Le Maire, Arnaud Montebourg… tous trouvent intéressant de s’inspirer des pratiques que je décris !

Qu’en est-il de nos deux candidats à la présidence de la République ?

Les 5 leviers clef pour l’éducation

1er levier : la régionalisation. Sans elle, pas de progrès possible. Un préalable toutefois : revoir les contours des nouvelles Régions, lorsqu’ils ne correspondent pas aux vœux des habitants.

Emmanuel Macron semble ouvert à la demande de réunification de la Bretagne. En tout cas davantage que Bruno Retailleau.

Marine Le Pen veut supprimer les Régions ! Dont acte ! Inutile d’aller plus loin !

2ème levier : l’autonomie des établissements. Cette terminologie française floue – reprise par Emmanuel Macron et par beaucoup d’autres – permet de masquer un terme honni en France : le « leadership ». Or c’est bien de leadership, qu’il doit s’agir : fusion des Académies et des Régions en charge de gouverner. Seuls les diplômes, les objectifs généraux et l’évaluation restent du ressort de la rue de Grenelle.

Rien de tel chez Marine Le Pen – Jacobine convaincue – qui veut exercer la mainmise de l’État sur l’éducation.

3ème levier : la transformation des modalités de recrutement des enseignants et de leur formation initiale et continue. Les compétences attendues en 2017 ne sont pas celles de 1977 or les oraux de CAPES se ressemblent à s’y méprendre ! Il convient de revoir l’ensemble du dispositif, car il est non seulement indispensable de modifier le statut des nouveaux recrutés (et donc de la fonction publique), d’organiser leur formation en alternance, mais aussi de redéfinir le rôle de l’Inspection générale, des syndicats enseignants…

Sujet à peine effleuré par les deux candidats et pour cause… Danger en vue !

Emmanuel Macron prévoit 3 jours de formation obligatoires par an… c’est bien peu.

Le sujet n’est pas évoqué par Marine Le Pen.

4ème levier : l’auto-évaluation de l’établissement scolaire par les parents, les élèves, les enseignants et la direction. Cette pratique, largement ignorée en France, est pourtant le seul moyen de mettre en place ce que d’aucuns appellent pudiquement « l’autonomie ». Doit-on en déduire que 25 millions de parents souhaitent délibérément n’exercer aucune fonction à l’école ?

5ème levier : les relations École-Entreprise. L’entreprise doit devenir un partenaire à part entière de l’école. Nous avons beaucoup de retard sur ce plan.

Il est toutefois permis d’espérer, car c’est au ministère de l’Économie que l’on est le plus conscient des urgences. Christine Lagarde avait fait du CODICE une instance de concertation interministérielle qui aurait dû permettre de profondément remanier l’enseignement de l’économie au lycée mais aussi de rapprocher le monde entrepreneurial du monde de l’éducation, à tous les niveaux de la formation. J’ai participé pendant deux ans à ces travaux et je considère qu’ils n’ont pas abouti.

Si le sujet semble bien loin des préoccupations de Marine Le Pen, il est permis d’espérer qu’Emmanuel Macron, fort de son expérience à Bercy, reprenne le flambeau, car il est à l’origine de la mission confiée en août 2015 à de hauts fonctionnaires de 3 ministères (Économie, Supérieur et MEN), chargés de remettre un rapport d’étape dans les deux mois… sur l’expérience des Européens mettant l’entreprise au service des établissements scolaires en matière de STEM (Sciences, Technologies, Ingénierie, Maths). Depuis son départ de Bercy, les deux autres ministres signataires ont semblé ignorer cette mission qui aurait pu déboucher sur un engagement déterminant de la France à « rattraper » son retard.

Lors de la prochaine rencontre de la « Coalition UE en faveur des STEM », dans 10 jours, j’espère pouvoir découvrir autour de la table celle ou celui que le nouveau président aura mandaté… Si pour certains le vote de dimanche sera « un vote contre », le mien sera « un vote pour ».